DEMANDE DE DISTINCTION HONORIFIQUE
'Officier' dans L'Ordre national de la Légion d'honneur
concernant : Monsieur Léon LANDINI
Né le 9 avril 1926 au Muy (Var)
Demeurant : 8, rue du Clos Lapaume 92220 Bagneux
Distinctions et titres obtenus :
Chevalier de la Légion d'honneur (décoré par le Président de la République, le 8 mai 1983 à l'Arc de Triomphe).
Médaille de la Résistance.
Croix du Combattant Volontaire 1939-1945 (C.C.V.).
Caffi n° 8774 - B.R.F.F.C.I. - S.P. - cas du 25.04.1953.
Combattant Volontaire de la Résistance (C.V.R.) carte ni 038148 du 3 mars 1954.
Carte de Combattant ne 51044 du 5 décembre 1961.
Carte d'interné résistant ni 121314347 du 3 juin 1947.
Blessé, Grand Invalide de Guerre à 100 %.
Décoré par l'U.R.S.S. sur décision du Soviet suprême.
Léon LANDINI est issu d'une famille de résistants. (Son père et son frère arrêtés, furent effroyablement torturés par l'OVRA - police italienne - ses 2 sœurs possèdent toutes les deux la carte de Combattant Volontaire de la Résistance (C.V.R.).
À l'âge de 14 ans, il commence à saboter la propagande vichyssoise et allemande dans la région de Saint-Raphaël (Var), où il réside avec sa famille. (Lacérage des affiches, distribution de tracts, collage de prospectus, inscription à la peinture).
Le 10 novembre 1942 il participe à une importante distribution de tracts (en compagnie de son ami et camarade, Jean CARRARA, tué le 28 mars 1944 par les allemands lors d'un combat au-dessus de Digne), appelant la population à manifester au monument aux morts afin de commémorer l'Armistice et la Victoire du 11Novembre 1918.
Le 11 novembre 1942, plus de 600 personnes défilèrent dans les rues de Saint-Raphaël.
La manifestation étant interdite, avec son frère Roger (dont une rue de Saint-Raphaël porte le nom) et Jean CARRARA (dont une rue de Fréjus porte le nom), ils assurent la protection de cette cérémonie, armés chacun d'un revolver. Ce devait être pour ces trois résistants, la première opération armée, qui devait être suivie par une très longue série d'autres actions militaires.
Le 12 novembre 1942, les troupes italiennes envahissent la Côte d'Azur. Le groupe de F.T.P.-M.O.I. s'engage alors dans des sabotages et des attaques directes contre les troupes d'occupation.
Il convient toutefois de rappeler qu'avant cette date, ces résistants s'en étaient déjà pris à l'ennemi.
En effet, dès fin 1940, RogerLANDINI et Nicolas COMINOTTO font dérailler 8 wagons de denrées alimentaires, destinés à l'Allemagne en gare de triage de Fréjus-plage. (Ce déraillement fut un des tout premiers, sinon le premier déraillement effectué par la Résistance Française).
En octobre 1942, Alix MACCARIO de Cogolin (Var), Jean CARRARA et Léon LANDINI font dérailler un train de marchandises du côté d'Agay (Var).
Après l'invasion de la zone-sud les attaques contre l'ennemi s'accélèrent et prirent de l'importance.
Au début, ce furent les lignes téléphoniques installées par l'armée italienne qui furent sectionnées quasi journellement, mais rapidement les attaques se firent conséquentes.
Le 26 février 1943, Oscar MARUCCI, Jean CARRARA et Léon LANDINI, sabotent la mine de Bauxite 'Le pélican' à Brignoles (Var). À la suite de ce sabotage, la mine qui produisait du minerai d'aluminium pour l'industrie allemande dû cesser toute production pendant plusieurs jours.
Le 4 mars 1943, l'ensemble du groupe F.T.P.-M.O.I. fait sauter un baraquement de l'armée italienne à Fréjus-plage faisant plusieurs blessés. Cette action directe, une toute première de la région, fit régner la crainte et la peur chez l'occupant en lui faisant comprendre que la Résistance passait à l'offensive.
Le 15 mars, Léon LANDINI, Jean CARRARA, José GARCIA et Elfio GIANARDI, déposent une bombe de forte puissance à l'Hôtel 'Bellevue' à Saint-Raphaël, ou festoient 195 ''chemises-noires'' (troupes d'élite de l'armée fasciste). Cette bombe, de fabrication artisanale n'explosa pas, mais elle eut tout de même un grand effet moral sur l'armée italienne, qui allait vivre avec la peur au ventre.
À la mi-mars 1943, le maquis des Maures est créé (premier maquis de toute la région). Le commandement en est confié à Jean-François ROSSI 'Popaul'. ROSSI, condamné à mort, avait sa tête mise à prix par les nazis de la région parisienne. ('Popaul' s'est caché pendant plusieurs mois dans la famille LANDINI, partageant la chambre de Léon).
À la mi-mars 1943, les caravaniers italiens, agrès avoir arrêté deux F.T.P.-M.O.I., Oscar MARUCCI et Joseph ZURRU se présentent chez Léon LANDINI pour l'appréhender (Léon n'a pas encore 17 ans). Le commandant des F.T.P.-M.O.I. décide alors de l'éloigner et le mute dans le département de la Creuse, où il rejoint un maquis commandé par Jean-Baptiste VIRVIALLE.
Son père et son frère, restés à Saint-Raphaël, sont arrêtés par les caravaniers italiens le 12 mai 1943. lls subirent tous les deux d'effroyables tortures. Roger resta 6 heures sans connaissance, ses bourreaux le crurent mort. Lorsqu'il reprit ses sens, il simula la folie, cette comédie dura 4 mois, c'est-à-dire jusqu'à la capitulation de l'Italie.
Au mois de novembre 1943, les allemands les déportèrent en Allemagne. En cours de route, les LANDINI firent une tentative d'évasion. Après 800 mètres de course, ils furent repris, mais ils étaient bien décidés à retenter leur chance dès qu'une occasion se présenterait. Celle-ci se présenta en effet en gare de Dijon. Grâce à l'aide des cheminots Résistants, ils réussirent après 6 jours et 6 nuits de voyage à rejoindre la Creuse.
En janvier 1944, après deux mois de repos, Roger reçu comme consigne de se rendre à Lyon, car il était affecté au bataillon F.T.P.-M.O.I. Carmagnole.
Début mai 1944, son frère Léon le rejoignit. C'est dans cette ville que les deux frères se couvrirent de gloire.
Les opérations auxquelles ils ont participé se comptent par dizaines.
Léon participa à de nombreuses attaques, dont certaines défrayèrent la chronique et furent citées par radio Londres. Notamment :
- l'attaque d'un convoi de parachutistes allemands le juin 1944, faisant une trentaine de morts ou de blessés en plein jour et en plein centre de la ville de Lyon,
- un communiqué de la gestapo, repris par la presse locale, annonçant qu'une prime d'un million serait offerte à la personne qui permettrait l'arrestation des auteurs de cet attentat.
Le 16 juin 1944, attaque dégazage Eclair, 70 Quai Perrache à Lyon à 12.30 h. Une trentaine de camions allemands détruits.
Le 25 juin 1944. Destruction de la gare de Lozanne-Rhône. Toute circulation ferroviaire fut interdite pendant plusieurs semaines.
Les états de service de Léon LANDINI furent tels, que Charles TILLON, commandant en chef de tous les F.T.P. les publia dans son livre les ''F.T.P.'', page 684. Il a été un des rares combattants survivants à bénéficier d'un tel honneur.
Il est vrai que rares sont ceux qui peuvent se prévaloir d'un tel palmarès : une quarantaine d'ennemis abattus, plus de 300 véhicules. sabotés, participation à une quarantaine de déraillements, plusieurs centaines de wagons détruits, etc...
Arrêté par la milice, le 25 juillet 1944, il est torturé. Comme il refuse de parler, il est transféré à la Gestapo, Place Bellecour à Lyon. Torturé à nouveau, il subit une fracture du crâne. Les vertèbres cervicales, le nez et les testicules écrasés. Malgré ses souffrances, il ne lâche pas une seule parole susceptible de mettre en danger ses camarades de combat.
Interné au Fort Montluc, ses amis le croient mort et organisent au maquis une cérémonie et prononcent une oraison funèbre, après avoir mis le drapeau en berne.
Le 24 août 1944, il enfonce la porte de sa cellule et s'évade de sa prison. Il s'empresse de rejoindre ses camarades qui se battent dans les rues de Lyon.
Malgré un état de santé déficient, il est nommé sous-lieutenant et on lui confie le commandement de la 4e Compagnie du bataillon Carmagnole. 180 hommes. Il a 18 ans.
Le 25 septembre 1944, il est envoyé en convalescence. Il sera démobilisé en février 1946, et partira rejoindre sa famille à Saint-Raphaël. Il est grand mutilé de guerre : à 100 %, À 51 ans, il doit cesser toute activité professionnelles car son état de santé s'est aggravé. Il est hospitalisé. il souffre d'épouvantables vertiges qui lui troublent la vue.
Malgré son état et ses souffrances, il n'en continue pas moins à se battre afin de préserver et de pérenniser la ''Mémoire de la Résistance'.
En 1977, il est nommé Président National de l'Amicale des Anciens de Carmagnole Liberté ;
Depuis cette date, il lutte avec force et détermination. Les manifestations qu'il organise sont toutes de grandes réussites, qui force l'admiration et le respect de ses amis et de ses camarades.
Avant même d'être Président, il organise en 1967 de grandioses cérémonies commémorant le 25e anniversaire de la création du bataillon Carmagnole. Pour la première fois depuis la libération les survivants de cette unité furent reçu fastueusement dans divers hôtels de ville : Paris, Lyon, Grenoble, Villeurbanne, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Echirolles, Fontaine, St Martin d'Hères.
En 1977, pour le 35ème anniversaire de Carmagnole, il prépare et réussit de grandioses manifestations, qui comme la précédente connurent un immense succès.
En 1982, à l'invalidité, il organise et réalise la commémoration du 40e anniversaire du bataillon Carmagnole. Cette manifestation atteignit un lustre et un éclat rarement égalés en région Rhône-Alpes (ci-joint programme des cérémonies et des inaugurations qui eurent lieu à cette occasion). Une plaquette qui eut un grand écho fut éditée à son initiative. Aujourd'hui, 13 ans plus tard, on trouve ce document en tous lieux où s'étudie l'histoire de la Résistance.
En septembre 1984, la ville de Villeurbanne accueille une exposition préparée par LANDINI. Elle est composée d'une centaine de très beaux panneaux, rappelant : 'La participation des 'Étrangers' aux combats pour la libération de la France'.
Le vernissage eut lieu en présence de Monsieur le Ministre de la Défense et sous le parrainage du Ministère des anciens combattants. Y assistèrent plus de 600 personnes.
Quinze ambassades qui avaient eu des ressortissants ayant combattu dans les rangs de 'Carmagnole-Liberté' étaient représentées à la cérémonie. Des délégations d'anciens résistants venues des quatre coins de France et d'Europe honorèrent de leur présence ce vernissage.
Rarement la région lyonnaise n'avait assisté à un aussi important rassemblement de personnalités.
La presse, la radio et la télévision nationale rendirent compte de cet événement.
Le 9 mai 1987, une nouvelle exposition est présentée à Grenoble, la salle mise à la disposition par la Mairie, contenant environ 300 places. s'est avérée beaucoup trop petite, le succès obtenu a surpris les autorités locales, aussi bien que toutes les associations d'anciens Résistants. L'allocution prononcée par LANDINI à l'occasion du vernissage a ému la totalité des participants et nombreux étaient ceux qui ne cachaient pas leurs larmes.
Dix classes, accompagnées par leur professeur ont visité l'exposition et ont bénéficié, par LANDINI, d'un exposé qui ne pouvait que développer l'esprit civique de ces jeunes élèves.
La presse locale réserva une belle surface à cet événement.
Le 18 novembre 1988, toujours organisées par LANDINI, de prestigieuses manifestations eurent lieu en région lyonnaise.
Un gala exceptionnel fut présenté par le chanteur Jean-Jacques GOLDMAN, en hommage et au bénéfice de l'amicale Carmagnole-Liberté. Monsieur COLLOMB, Maire de Lyon, mit gracieusement la plus grande salle de la ville à la disposition de cette amicale.
Ce même jour, un square portant le nom de Léon PFEFFER (un des cinq fusillés de la Place Bellecour à Lyon) combattant de Carmagnole, fut inauguré en présence d'une foule considérable et devant les plus hautes autorités.
Un déjeuner regroupant environ 400 personnes fut offert. Une remise de décoration à des anciens de Carmagnole eut lieu. Une foule estimée à 700 personnes assistait à la cérémonie. Une fanfare militaire et 80 soldats en armes, rendaient les honneurs aux combattants de cette unité.
Des bas-reliefs en bronze, véritables chefs-d'oeuvre, furent apposés sur la façade du Musée de la Résistance de Vénissieux. Ces bas-reliefs portaient le nom de 94 combattants de Carmagnole-Liberté, morts pour la France.
Au cours d'une allocution, LANDINI et le Colonel ROL-TANGUY rendirent hommage à tous ceux et toutes celles qui avaient lutté contre le fascisme et le nazisme. Toutes les personnalités présentent avaient été reçues à l'Hôtel 'Mercure' et des véhicules mis a leur disposition par l'amicale Carmagnole-Liberté.
Seize Ambassades étaient représentées. Le document ci-joint désignant nominativement les personnalités qui ont assisté à ces cérémonies vous permettra de mesurer l'importance de ces manifestations.
Il est utile de rappeler que les médias français mais également italiens, allemands, hongrois et soviétiques rendirent compte de cet événement.
À cette occasion, Carmagnole-Liberté fit frapper une médaille commémorative gui fut offerte à de nombreuses personnalités, dont Messieurs les Ministres de la défense et des Anciens Combattants.
Après deux ans de préparation et de travail, un film-vidéo réalisé en coproduction par l'Amicale Carmagnole-Liberté, l'Université de Toulouse-Le Mirail et l'I.N.A. fut présenté devant 350 personnalités, le 28 octobre 1992, dans les salons de l'Assemblée Nationale. Ce document diffusé en France s'intitule 'Mémoires de Résistance'
À l'occasion du 50ème anniversaire de la Libération de la France, l'Amicale Carmagnole-Liberté a édité une luxueuse brochure qui rappelle les combats et les sacrifices que consentirent les F.T.P.-M.O.I.
Cette revue est actuellement diffusée dans les 1.600 collèges et lycées qui participent au concours national de la Résistance. Par ailleurs elle est adressée gracieusement en tous lieux où s'étudie l'histoire contemporaine (Musées de la Résistance, Bibliothèques, Archives municipales, départementales et nationales, etc.).
Il convient également de rappeler que Monsieur LANDINI intervient régulièrement dans les colloques, conférences, etc. Il participa avec brio le 3 mars 1994 à un colloque-débat sur la Résistance dans les locaux et devant le personnel du Ministère des Anciens Combattants. Son intervention fut très appréciée et Monsieur BARCELLINI, Inspecteur Général, le remercia chaleureusement.
Le 15 mai 1995, afin de célébrer le 50e anniversaire de la Victoire il a organisé une conférence-débat dans les salons de l'Assemblée Nationale, à laquelle ont participé de nombreux historiens spécialistes de l'histoire contemporaine ainsi que 350 personnes.
Le même soir, un dîner a réuni plus de 200 personnalités parmi lesquelles 9 Ambassadeurs et 12 représentants d'Ambassade. Cette journée fut placée tous le parrainage de MM.
Philippe SÉGUIN, Président de l'Assemblée Nationale,
François LÉOTARD, Ministre d'Etat et de la Défense,
Philippe MESTRE, Ministre des Anciens Combattants,
Jean de BODMAN, Directeur des Fonds d'Action Sociale.
Ce très bref curriculum-vit|e devrait vous permettre d'apprécier le travail exceptionnel accompli par le Président de cette Amicale.
Le grade d'Officier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur serait à nos yeux amplement mérité, tout particulièrement en cette année du 50e anniversaire de la Victoire.
Monsieur LANDINI est également une personnalité locale. Il est :
Président de l'U.F.A.C. de Bagneux,
Président de l'ANACR de Bagneux,
membre du Comité directeur de l'ANACR des Hauts-de-Seine,
membre du Conseil d'Administration du Musée de la Résistance Nationale de Champigny (ce qui lui permet d'accueillir régulièrement les délégations ou les classes qui viennent visiter ce musée).
REMISE DE LA ROSETTE DE LA LÉGION D'HONNEUR
Discours de Georges SÉGUY
"Lorsqu'on félicite Léon pour avoir dès l'âge de 14 ans 1/2, commencé à participer à la Résistance, il répond en riant qu'il lui est arrivé comme à Obélix, il est tombé dans la marmite quand il était tout petit.
Pour comprendre cette réponse, il convient de relater brièvement bien sûr la saga de cette famille d'antifascistes italiens, de résistants français et de laquelle Charles TILLON, commandant en chef des F.T.P. a écrit :
'L'admirable Eusebio FERRARI, ne maintenait-il pas pour son temps avec des familles héroïques Comme les GALISSI, les FONTANO, les NEROME, les LANDINI et tant d'autres, l'héritage glorieux des GARIBALDI'.
Le Père Aristide et son épouse Violette sont tous les deux nés en Italie, à Roccastrada, petit bourg situé en Toscane à une trentaine de km de Sienne.
Au début des années 1920, cette région était considérée comme très rouge. Le Père LANDINI, secrétaire de la section communiste était adjoint au Maire.
Malgré de nombreuses tentatives, les fascistes n'avaient jamais pu prendre pied dans cette cité.
Déterminés à briser cette résistante, les fascistes décidèrent d'accomplir une opération de terreur contre cette population qui ne demandait qu'à vivre tranquille.
Le dimanche 24 juillet 1921 à 4.30 h du matin, alors que tout le monde dormait encore, une soixantaine de fascistes venus par camions de la Préfecture de Grosseto, font irruption dans les rues en tirant des coups de feu. Les carabiniers, au lieu d'intervenir, leur servent de guide, leur désignant la demeure des édiles et des personnalités politiques locales.
Ce fut un véritable massacre ; onze personnes tuées, dix-neuf maisons incendiées, près de 70 personnes blessées, seuls quelques-uns réussirent à s'échapper.
La presse portait comme titre "Tragédie à Roccastrada".
Parmi ceux qui avaient réussi à s'enfuir, il y avait Aristide LANDINI.
Mécontents d'avoir laissé des survivants, les fascistes revinrent deux fois donner la chasse à ceux qui avaient eu la chance de se sauver.
Poursuivi à plusieurs reprises à coups de fusils et de revolvers, Aristide décide de quitter provisoirement l'Italie, convaincu qu'il pourrait bientôt retourner dans son pays. Malheureusement pour lui, il ne put retrouver son village que 24 ans plus tard.
Le choix du pays qui pourrait l'accueillir fut vite fait. La France de la révolution, pays des droits de l'homme, seule nation au mondé où le fronton des bâtiments publics porte ces trois mots prestigieux : Liberté - Égalité - Fraternité - apparaît alors comme le seul refuge possible pour tous les persécutés.
Début 1922, après avoir franchi clandestinement la frontière, il va rejoindre des compatriotes qui l'avaient précédé en Lorraine.
À peine arrivé, il est embauché comme mineur de fond. Très rapidement, il se rend compte que les travaux les plus pénibles, les plus dangereux et les plus mal rétribués sont réservés aux étrangers.
En acceptant ces conditions de travail sans protester, ils portent préjudice aux ouvriers français qui supportent mal de voir ces étrangers travailler au rabais dans des conditions souvent inadmissibles pour eux.
Homme averti, Aristide prend rapidement conscience de ces problèmes.
Il s'engage syndicalement, il devient un militant actif, autant syndical que politique.
Il engage les mineurs italiens à participer aux luttes revendicatives aux côtés des ouvriers français. Rapidement, un climat fraternel s'établit et des manifestations conjointes sont organisées.
En 1924, son épouse, son fils Roger âgé de 10 ans et sa fille Lina âgée de 4 ans viennent le rejoindre, mais son activité militante est remarquée et la police menace de le reconduire à la frontière s'il ne réduit pas son militantisme.
Devant cette menace, il préfère mettre une certaine distance entre lui et ceux qui risquent de le remettre entre les mains des fascistes.
Ayant appris qu'au Muy, petit village du Var, s'y trouvait une colonie d'italiens originaires de sa province natale, il décide de les rejoindre.
Sur la Côte d'Azur, il est embauché comme ouvrier bûcheron. Mais là comme en Lorraine, les travaux les plus durs, les plus mal payés sont réservés aux "Macaroni".
En 1926, Léon vient au monde, suivit en 1927 par Mimi. Bien qu'il ait 6 bouches à nourrir, le Père LANDINI continue son activité militante et il est un des responsables régionaux de la M.O.E. (Main d'Œuvre Étrangère).
En 1930, Roger, alors âgé de 16 ans, adhère aux jeunesses communistes. Il se fait remarquer par ses qualités d'organisateur et par son ardeur revendicative dans l'entreprise où il travaille et c'est à son tour d'être menacé d'expulsion.
Devant ce danger, la sagesse recommande de quitter cette région et voilà toute la famille partie à Waziers dans le Nord où se trouve déjà un cousin d'Aristide.
Le Père et le fils sont tous deux embauchés comme mineur de fond.
Au début des années 30, la situation économique est très difficile. Les grèves succèdent au manifestations. Les gardes mobiles à cheval chargent les manifestants. Des heurts violents faisant plusieurs blessés ont lieu.
Parmi les jeunes qui se battent courageusement, les policiers ont repéré Roger. Ce dernier apprend qu'un mandat d'expulsion à son encontre est en préparation dans les locaux de la Préfecture.
Dès le lendemain, il prend le premier train qui le ramène au Muy. Le temps de ramasser leurs quatre hardes et voici à nouveau toute la famille en route pour le Var.
En 1936, les LANDINI prennent en gérance une épicerie. Si ce n'est pas la richesse, il y a toujours de quoi manger et cela leur permet d'accueillir de nombreux clandestins.
Parmi ceux qui cherchèrent refuge dans cette famille, il y eut Palmiro TOGLIATTI, ainsi que de nombreux volontaires pour les brigades internationales qui faisaient une halte dans le Var avant de partir en Espagne.
Léon et Mimi apprennent très jeunes les rudiments de la clandestinité. Ils savent qu'ils ne doivent parler à personne des hommes qui se cachent chez eux.
En 1939, après la défaite de l'armée républicaine en Espagne, des familles entières, fuyant les armées fascistes, cherchent asile sur le sol de notre pays.
Un millier d'hommes, de femmes et d'enfants est parqué par les autorités françaises dans un camp situé à quelques km du Muy. Les conditions d'hébergement et de nourriture sont lamentables. La population fut invitée à déposer à l'épicerie LANDINI tout ce qu'elle pouvait afin de soulager la détresse de ces pauvres malheureux.
Souhaitant remettre directement les produits de la collecte aux réfugiés, Roger, sans autorisation, pénètre a vec une camionnette à l'intérieur du camp et distribue aux intéressés toutes les marchandises que les gens du Muy avaient offertes.
À la sortie du camp, il est arrêté par la police et un mandat d'expulsion lui est signifié. Informée de ce qui se passe, la population locale réagit vivement.
En 48 heures, à l'initiative du Parti Communiste, 4.500 signatures protestant contre cette expulsion sont récoltées et déposées à la Préfecture de Draguignan.
Devant cette levée de boucliers, le Préfet transforme l'expulsion en assignation de résidence.
En 1939, lorsque la guerre éclate, Aristide et Roger s'engagent comme volontaires dans l'armée française.
Aristide trop âgé n'est pas retenu, mais Roger, chauffeur de poids lourds est requis pour conduire les camions.
Renvoyé dans ses foyers après l'armistice de 1940, il rejoint sa femme et sa fille à Saint-Raphaël, ainsi que le reste de la famille.
Peu de temps après, la police française vient perquisitionner leur domicile et Roger, connu comme secrétaire de rayon des jeunesses communistes est arrêté. Après 48 jours de prison à Draguignan, il est relâché.
À peine libéré, il regroupe autour de lui ses camarades et organise immédiatement la Résistance.
Fin 1940, il participe à un déraillement de 8 wagons de denrées alimentaires destinées à l'Allemagne.
Début 1941, toute la famille, jeunes et vieux, s'engage dans la Résistance.
Le pavillon des LANDINI devient le point de chute de tous ceux qui se revendiquent de la Résistance.
Prenant d'énormes risques, ils accueillent chez eux, aussi bien les responsables du P.C.F., de la M.O.I., des F.T.P.F. que des F.T.P..M.O.I. Tous savent que malgré des restrictions draconiennes, ils pourront toujours partager le maigre repas et trouver un lit pour se reposer.
En février 1943, le premier maquis des Maures est créé par les F.T.P.F.
C'est Mimi, âgée de 15 ans et 1/2 qui est chargée d'assurer tous les contacts entre les maquisards et leur direction régionale.
Lina et Gaby, l'épouse de Roger, assument régulièrement toutes les missions qui leur sont confiées (aussi bien le transport de documents que d'armes ou d'explosifs).
Après plusieurs attaques contre les troupes d'occupation italiennes (que mon ami et camarade Roger COUTAREL va évoquer dans quelques instants), les carabiniers essaient d'arrêter Léon qui n'a pas encore 17 ans. Décision est prise de le mettre hors de portée. Mais devant le danger d'arrestation grandissant, c'est toute la famille que l'on éloigne. Seuls Aristide et Roger restent à Saint-Raphaël pour continuer le combat.
Mais un mois plus tard, le 12 mai 1943, ils sont pris tous les deux par une escouade de carabiniers italiens.
Afin de les faire parler, on leur fait subir d'effroyables tortures. Devant leur mutisme, on leur fait boire un litre de pétrole, manger un kg de sel. À Roger, comme non seulement il ne parle pas mais qu'il les insulte, ils lui font subir le supplice du casque. Tout le cuir chevelu explose, il s'écroule et reste 6 heures dans le coma. Quand il reprend connaissance, il simule la folie.
Déportés en Allemagne en novembre 1943, ils s'évadent pendant le voyage et grâce à l'aide des cheminots résistants, après 6 jours et 6 nuits de voyage, il arrivent à rejoindre toute leur famille en Creuse.
Pendant leur internement, les choses ont beaucoup changé. Chaque membre de la famille fait partie intégrante de la résistance limousine.
Le petit village du Monteil où ils habitent est devenu un lieu de refuge où se retrouvent régulièrement les commandants régionaux et internationaux des F.T.P.F.
Les responsables du P.C.F. demandent à Roger, que tenant compte de son âge (30 ans) et de son expérience, il serait particulièrement utile aux F.T.P.-M.O.I. qui pratiquent la guérilla urbaine.
Début janvier 1944, il rejoint les combattants de Carmagnole à Lyon.
Son courage et son esprit d'initiative sont très appréciés et il est rapidement promu adjoint au chef de détachement.
À partir du 6 juin 1944, il commande en second le maquis 'Gabriel Péri' qui regroupe près de 300 combattants.
Le 2 mai 1944, Léon vient le rejoindre. C'est à Lyon que les 2 frères par leur courage et leurs états de service exceptionnels s'attirent le respect et l'affection de tous leurs camarades.
Le 25 juillet 1944, Léon est arrêté à son tour par des hommes à la solde de la Gestapo. Ses camarades le croyant mort organisent une cérémonie funèbre et mettent le drapeau en berne. Roger repart en Creuse pour annoncer la triste nouvelle à la famille.
La mère LANDINI respectant les vieilles traditions italiennes, se met en deuil et fait teindre en noir tous ses vêtements.
Le commandant régional des F.T.P.F. demande à Roger de reprendre immédiatement le combat et le nomme Capitaine. Il est l'adjoint du Commandant LEMASSON, responsable du Sous-secteur C à Aubusson.
Fin septembre 1944, alors que toute la famille le croît mort, voici que Léon débarque au Monteil. L'émotion et la joie de ce retour inattendu sont indescriptibles. Un vrai moment de fête !
En novembre 1944, toute la famille rentre à Saint-Raphaël, à l'exception de Léon, qui à cause des tortures subies, traîne d'hôpital en hôpital jusqu'au février 1946, date de sa démobilisation avec le grade de Sous-Lieutenant.
En rentrant, ils trouvèrent le pavillon dans lequel ils habitaient entièrement dévasté par l'occupant. Il ne leur restait plus rien.
C'est une nouvelle vie qui recommençait. Léon et Mimi dirigent l'union de la Jeunesse Républicaine de France, Lina et Gaby militent à l'Union des Femmes de France.
Roger devient secrétaire de la section du P.C.F. et Président de l'A.N.A.C.R. Malgré de nombreux titres :
- Lieutenant homologué au Journal Officiel,
- Interné de la Résistance et évadé,
- Invalide de guerre,
- Une épouse et deux enfants français,
En 1946, la naturalisation lui est refusée.
Les arrestations, les tortures, les souffrances et les déceptions n'ont en rien altéré l'idéal qui les a animés leur vie durant. Depuis trois mois et afin d'aider les étudiants qui participent au concours de la Résistance, Léon a effectué une vingtaine de conférence à travers la France et ainsi sensibilisé à ces problèmes plus de 3.000 élèves."
III- La Guérilla urbaine
Léon LANDINI
La guérilla urbaine, combattre l'ennemi au cœur même de son dispositif ? Une dimension originale de la Résistance en France et qui fut, pour une part déterminante, le fait d'étrangers. Des immigrés donc, venus de toute l'Europe, chassés par la misère, la répression, l'antisémitisme, juifs et non juifs, des polonais, mais aussi des allemands, des autrichiens, des italiens, des arméniens, des
espagnols. Pour la plupart très jeunes, écorchés vifs de se trouver au cours de leur errance pour fuir la dictature dans un pays dont le régime s'acharnait contre les valeurs de la France révolutionnaire et républicaine.
Dès l'occupation de notre pays, ces femmes et ces hommes avaient conscience que le seul moyen de reconquérir la liberté de leur pays d'origine comme de donner tout son sens à la dignité humaine, était de combattre les armes à la main.
Comment les Francs Tireurs et Partisans de la Main d'Œuvre Immigrée (FTP-MOI) deviendront-ils le fer de lance de la Résistance armée française ? Cette forme de combat a été initiée par les anciens des brigades internationales d'Espagne. Ironie de l'histoire : des brigadistes qui ne connaissent d'abord de la France que l'internement au camp de Gurs, par leur expérience du combat armé, vont être de l'avant-garde pour sa libération.
Quelques dates : Conrado Miret-Must, un républicain espagnol, commandait l'OS, organisation spéciale du P.C.F., reconnue unité combattante en octobre 1940. Les FTPF et FTP-MOI ont été homologués le 1er mai 1941 par les autorités militaires. Leur constitution a été lente, les premiers combattants peu nombreux. Rien ne se décrète et, au fil des mois, l'organisation s'édifie dans les difficultés.
Si les premières rencontres d'où naîtront les FTP-MOI parisiens datent de mi-41, il faut attendre début 1942 pour qu'apparaisse l'embryon de Carmagnole à Lyon, l'unité Liberté sera créée à Grenoble en mars 1943. La zone Sud devient terrain de lutte militaire avec l'entrée allemande en novembre 42.
Le nombre des opérations homologuées pour la seule unité Carmagnole-Liberté est impressionnant : 439, dont près de cent attaques contre des usines, 67 contre les troupes d'occupation, 91 déraillements et sabotages. Pour la compagnie Marat à Marseille et dans le Sud-Est : 220. À Toulouse et sa région, où les FTP-MOI sont sous la direction de Marcel Langer guillotiné en juillet 43 : 826 opérations. Au total des milliers d'opérations.
À côté des maquis actifs en France et d'autres pays en Europe, la guérilla urbaine est une spécificité de la Résistance française . Les coups les plus durs ont été ainsi portés au dispositif ennemi, allant du sabotage du complexe industriel servant la machine de guerre nazie à l'exécution de collaborateurs et de magistrats des Sections spéciales.
Et pour les jeunes acteurs, qui n'avaient souvent que vingt ans, un combat du quotidien et de la clandestinité, avec (à la différence du maquis) l'isolement individuel en dehors des opérations.
Un combat dans l'extrême violence par les allemands et l'État français qui arrête et exécute le groupe Manouchian (qui a mené l'essentiel des actions armées dans la capitale), ainsi que Joseph Epstein, dit colonel Gilles, responsable de la région parisienne à partir de l'été 42 et concepteur de la guérilla urbaine. Sur 97 morts des FTP-MOI dans la région Rhône-Alpes, 52 sont morts après avoir été torturés sans avoir parlé.
Ces immigrés ont contribué jusqu'au bout à la Libération, à Paris, ils ont combattu dans les secteurs des Tuileries et de la Kommandantur, Marseille est libre 27 jours en avance sur les plans alliés, le soulèvement pour la libération de Villeurbanne a lieu le 24 août 1944.
François Marcot, conservateur du musée de la Résistance à Besançon a écrit : "Aucune des formes d'action de la résistance ne leur a été inconnue.. Quelle que soit la forme du combat des étrangers, ce qui frappe, c'est son extrême intensité dont divers facteurs peuvent rendre compte : l'expérience acquise en matière de clandestinité et de guérilla, la répression et les persécutions dont ils sont victimes en tant qu'étrangers, résistants et parfois communistes et juifs... La guérilla urbaine est sans doute l'activité qui a le plus modifié le cours de la résistance en France."
Ironie grinçante de l'histoire : après la guerre, beaucoup de ces combattants devront lutter pour obtenir la nationalité française. Que leur héroïsme qui a permis d'écrire une page de l'histoire de France dans laquelle tous les jeunes peuvent se reconnaître, aide, en ces temps d'extrémisme renaissant, à porter un regard lucide sur ceux qui sont les étrangers d'aujourd'hui.
Les F.T.P.-M.O.I. dans la guérilla urbaine
Région Rhône-Alpes
Carmagnole à Lyon - Liberté à Grenoble
Je ne voudrais pas, en mettant en évidence le rôle joué par les F.T.P.-M.O.I. de la Région Rhône-Alpes, donner l'impression de minimiser la part prise par tous ceux et toutes celles, qui avec armes ou sans armes, ont contribué à rendre à notre pays sa liberté et sa grandeur. Tous ceux qui peu ou prou ont participé à la Résistance, méritent hommage et respect.
La personne qui, ne serait-ce qu'une fois, a mis des tracts dans les boîtes à lettres, a fait preuve de courage car elle risquait sa vie en accomplissant un geste qui aujourd'hui peut apparaître comme tout à fait banal. Toutefois, après avoir pratiqué plusieurs formes de résistance, je peux vous assurer que pour participer à la guérilla urbaine, être chaque jour et à chaque instant, confronté aux troupes d'occupation et à ses sbires de Vichy, être engagé quasi quotidiennement dans des opérations militaires, il fallait pour accepter cette forme de combat, où à tout moment on risquait de perdre sa liberté et sa vie, joindre de la bravoure au courage.
Pour la bonne compréhension des risques encourus, il est utile de rappeler que les F.T.P.-M.O.I. de la région Rhône-Alpes, souvent désignés par les spécialistes de l'histoire contemporaine comme : "Le fer de lance de la Résistance armée française", ne représentaient en tout et pour tout qu'une soixantaine de combattants le 6 juin 1944. Pourtant, le nombre d'opérations militaires, officiellement enregistré par le service des armées, est impressionnant. En deux ans de combat, ils ont réalisé 439 opérations homologuées et probablement plus de 200 autres non homologuées.
Si les F.T.P.-M.O.I. portèrent à l'occupant les coups les plus rudes, ils reçurent en retour les coups les plus durs : "Morts sous la torture, fusillés ou décapités, les étrangers pavèrent un lourd tribut" écrit l'historien Ralph Schor. En deux ans, les unités Carmagnole et Liberté ont perdu 97 de leurs combattants.
Parmi ceux-ci 52 ont disparu après arrestation, pour certains leur corps n'a jamais pu être retrouvé. Malgré d'effroyables tortures subies aucun n'a parlé. Barbie et sa Gestapo, malgré tous leurs efforts, n'ont jamais réussi à infiltrer ni à décapiter ces unités.
Bien au contraire, à partir de la mi-mai 1944, alors que toutes les organisations de résistance lyonnaise avaient été démantelées, les actions menées par les F.T.P.-M.O.I. redoublèrent d'intensité et d'importance. En deux mois et demi, plus d'une centaine d'opérations militaires fut menée à bien dans Lyon et sa banlieue. Ces hommes et femmes, dont beaucoup avaient connu le fascisme dans leur propre pays, combattus au sein des Brigades internationales en Espagne, avaient conscience que le seul moyen de reconquérir la liberté et de donner tout son sens à la dignité humaine était de combattre les armes à la main.
À leur sujet, François Marcot, conservateur du Musée de la Résistance de Besançon a écrit : "la guérilla urbaine est sans doute l'activité qui a le plus modifié le cours de la Résistance en France". En effet, combattre, non pas devant l'ennemi, non pas derrière l'ennemi, mais au cœur du dispositif ennemi est une spécificité de la Résistance Française. Dans les autres pays européens, les combats ont essentiellement eut lieu dans les campagnes ou dans les montagnes, chez nous, les coups les plus durs ont été portés en ville.
Plus loin, François Marcot ajoute : "Quelle que soit la forme du combat des étrangers. ce qui frappe. c'est son extrême intensité : l'expérience acquise en matière de clandestinité et de guérilla ; la répression et les persécutions dont ils sont victimes en tant qu'étrangers résistants, et parfois communistes et juifs ... L'importance numérique des communistes. combattants les plus résolus - en tout cas, le plus précocement - accentue cette hyperactivité"
Rappelons que (l'O.S.) Organisation Spéciale du P.C.F. officiellement reconnue "Unité Combattante" en octobre 1940 par les autorités militaires, était dirigée par Conrado Miret-Must, un républicain espagnol et que, quoi qu'il ait pu être dit ou écrit, les F.T.P.F. et les F.T.P.-M.O.I. ont été homologués à partir du 1er mai 1941 par les services du Ministère des armées.
Pour conclure, je voudrais dire que tuer n'est pas humain, avoir continuellement peur, pendant des mois, parfois pendant des années, a laissé sur ces combattants de ville de terribles séquelles. Nous sommes tous devenus des vieillards avant l'heure. Vivre seul, contraint de respecter des règles de sécurité draconiennes, ce qui nous empêchait d'avoir des contacts amicaux avec qui que ce soit, y compris avec nos camarades de combat qu'il ne fallait rencontrer qu'au cours des opérations militaires ; nous avions sans cesse peur, nous avions besoin d'affection et nous menions un combat solitaire, avec des armes dérisoires. face à la plus puissante armée du monde, réalisant parfois trois actions militaires dans la même journée, souffrant sans arrêt de la faim et en contact permanent avec la police, la milice et l'occupant.
55 ans plus tard, lorsque nous évoquons cette épopée dans les classes des collèges et lycées de notre pays, ce n'est ni par auto-glorification, ni par autosatisfaction, mais tout simplement pour apprendre aux jeunes générations combien la guerre est effroyable. Nous sommes convaincus qu'en transmettant la "mémoire" sur cette période de l'histoire de notre pays, nous pouvons leur permettre de ne pas avoir à revivre ce que leurs aînés ont vécu.
La mémoire ne vaut pas que pour le souvenir. mais aussi et surtout pour le devenir.
Léon LANDINI
Président de l'Amicale des Anciens
F.T.P.-M.O.I. Carmagnole-Liberté
IV- "Des étrangers et nos frères pourtant" - Aragon
Gilda LANDINI
a) Des immigrés chassés de leur pays par la misère
b) Des immigrés chassés de leur pays par la répression
c) Des immigrés engagés
Avez-vous déjà remarqué dans les livres d'histoire combien peu de pages, que dis-je, combien peu de lignes, sont consacrées à la résistance des Immigrés en France durant la 2ème Guerre Mondiale ? Moins de S lignes et parfois même aucune : "La mémoire collective, peu soucieuse d'exactitude historique a souvent majoré le rôle des résistants français et oublié l'action des résistants étrangers, bien que l'engagement de ces derniers se fut souvent révélé précoce et décisifs". (Ralph Schor "Histoire de l'intégration en France").
Mais qui, parmi vous n'a jamais entendu parler de l'Affiche Rouge, du célèbre groupe Manouchian, de ces vingt-trois aux noms difficiles à prononcer et qui donnèrent pour la liberté de la France, "leur vie avant le temps". (Aragon).
Au moment où l'on voit renaître un peu partout le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme; à l'heure où l'Assemblée nationale statue sur le sort des immigrés en France, il apparaît non seulement comme un devoir de mémoire, mais comme un devoir d'éducation civique d'étudier le rôle des étrangers dans les épreuves que la France a traversées.
1997 a été déclarée "Année européenne de lutte contre le racisme". Le Jury du Concours National de la Résistance et de la Déportation des Lycées et Collèges de France a donc annoncé que cette année le concours aura pour thème : "Entre les deux guerres mondiales la France a largement accueilli des immigrés. Quel rôle ont pu jouer ces étrangers dans la Résistance à l'occupant ? Beaucoup d'entre eux sont morts pour la France, soit au cours d'actions de résistance, soit dans les camps de déportation ?".
Qui étaient donc ces "soldats de la Liberté" ? D'où venaient-ils ? Quelles furent les raisons de l'engagement de ces "oubliés de l'Histoire" ? Et quelles furent les formes de leur combat ?
En fait, vouloir en quelques lignes mettre en évidence la part que prirent les immigrés au sein de la Résistance Française paraît une gageure, tant fut grand et diversifié leur engagement. Cet article ne prétend donc pas faire le tour de la question. 11 tente, plus modestement, tout d'abord, de rappeler quelques généralités sur les immigrés accueillis par la France entre les deux guerres, puis dans une deuxième partie, de faire le point sur une des unités de résistance composée quasi exclusivement d'étrangers : les "F.T.P.-M.O.I." (Francs-Tireurs et Partisans de la Main d'oeuvre Immigrée) qui, selon l'ancien Directeur des Services de la Mémoire et de l'Information Historique au Ministère des Anciens Combattants, Monsieur Serge Barcellini, furent "le fer de lance du combat antinazi dans les agglomérations françaises de 1941 à 1944".
I. LES IMMIGRÉS DE L'ENTRE-DEUX GUERRES
A. Des immigrés chargés de souffrance
a) Des immigrés chassés de leur pays par la misère
Il nous faut tout d'abord limiter strictement le sujet. Pour cela, nous avons exclu de notre article les ressortissants de l'Empire français - qui ne sont pas à proprement parler des Immigrés - dont la situation est radicalement différente. De plus, nous avons limité l'aire géographique au territoire métropolitain, laissant donc de côté ceux qui s'engageront dans la France Libre.
Après l'épouvantable massacre de la 1ère Guerre Mondiale, le besoin en main-d'œuvre est crucial pour remplacer les 1,5 millions de morts et les 3,5 millions de blessés.
La Société générale d'immigration (SGI, créée en 1924 - note de l'éditeur) recrute directement à l'étranger une nouvelle main-d'œuvre. Les Italiens affluèrent parmi les premiers et constituèrent vite 35%des travailleurs immigrés. L'arrivée de ces "ritals" dans la banlieue parisienne (ou "Macaronis" à Marseille) est fort bien décrite par François Cavanna. Ces fameux maçons italiens savent tout face : carreleurs, terrassiers, peintres, chauffagistes, plombiers... Mais il ne faut pas oublier qu'on les trouve aussi dans nos campagnes, particulièrement dans le sud-est, car la saignée de 14-18 a frappé en premier lieu le monde agricole en France.
D'autre part, dès 1921, des polonais sont acheminés par trains entiers vers les mines du Nord. Très rapidement, ils représentent à leur tour 20% de la population étrangère. Mais on dénombre aussi à la fin des années 20, 40.000 hongrois dans les mines du Nord, dans la métallurgie parisienne, dans le textile à Roubaix ou à Lyon ; 60.000 yougoslaves dans le bâtiment et dans les mines du Nord et de l'Est.
Mais l'immigration de l'entre-deux guerres n'est pas exclusivement économique.
b) Des immigrés chassés de leur pays par la répression
Il n'est pas toujours simple de faire la part de l'immigration économique et de l'exil politique. Bon nombre italiens venus en France pour des motifs officiellement économiques étaient en réalité des "fuorusciti", (c'est-à-dire "proscrits") qui avaient dû quitter la péninsule, d'abord chassés par les violences squadristes. puis poussés à l'exil par les lois "fascistissimes" (l925-1926).
Il en fut de même pour quantité de Juifs d'Europe centrale qui fuyaient à la fois la misère, l'antisémitisme et anticommunisme pratiqués dans leur pays.
Quant aux arméniens, réfugiés par milliers en France entre 1922 et 1926 (après la signature du Traité de Lausanne qui reconnaît l'abandon d'une République Arménienne indépendante), ils sont affaiblis par des années de misère, d'exodes successifs pénibles. Pour ces pauvres "apatrides", la France est un pays refuge - pays qui tente de soumette ces résidants permanents aux obligations militaires dès 1938 et de les incorporer dans l'armée française en 1939. Tout comme les Italiens, ou les Juifs d'Europe centrale, une minorité d'arméniens politiquement engagés, milite dès l'entre-deux guerres au Parti Communiste.
Ils sont rejoints, à partir des années 30, par des allemands (ils ne furent jamais plus de 30.000), près de 20.000 autrichiens et 40.000 tchécoslovaques, fuyant les régimes de dictature auxquels leurs pays étaient soumis.
c) Des immigrés engagés
Ces hommes, par leur connaissance des méthodes fascistes, des violences pratiquées dans leur pays d'origine Jouèrent un rôle essentiel pour alerter les français sur la réalité du fascisme par des ouvrages, des conférences et des expositions. Leur vie passée les a rendus plus clairvoyants, plus combatifs, mais aussi plus solidaires. Ceux qui, condamnés à mort dans leur pays, rentrent clandestinement en France, sont cachés, nourris par leurs camarades arrivés quelques années auparavant. Ces derniers leur fournissent même des faux-papiers s'ils le peuvent. Les enfants savent bien qu'ils ne doivent rien dire sur ces "hommes planqués" chez eux. lls apprennent ainsi très tôt les lois de la clandestinité.
En 1939, ce sont des milliers de combattants d'Espagne - républicains espagnols et Brigades internationales - qui arrivent en France à leur tour. Sur les 500.000 réfugiés de l'hiver 1939, seuls 120.000 seront encore en France au printemps 1940. Les autres rentreront en Espagne. Ceux qui restent sont les plus politisés, ils ne peuvent pas rentrer chez eux sous peine d'arrestation ou de mort. Aguerris par les combats auxquels ils viennent de participer, ils sont particulièrement préparés aux épreuves qui arrivent, ils savent manier les armes, utiliser et rénover le materiel pris à l'ennemi, fabriquer des bombes, pratiquer la guérilla ...
Mais surtout, frustrés par l'écrasement de la république espagnole. Ils ne veulent plus plier devant le totalitarisme : la France, pour eux, comme pour tous les rêfuglés politiques, est le pays de la Démocratie, de la Liberté des Droits de l'Homme, le seul qui porte au fronton de ses édifices publics : "LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ".
B. Des immigrés intégrés ou des immigrés rejetés ?
a) Des immigrés intégrés
Légalement la nationalité française s'acquiert alors par la naissance sur le sol français dès que les parents en font la demande : droit du sol, ou par l'octroi de la naturalisation.
Mais avec l'arrivée de cette main d'œuvre étrangère dans les années 20-30, les gouvernements français ont pratiqué des naturalisations en masse afin de faire de cette force étrangère une force française. Rappelons toutefois que, selon les conditions économiques et
politiques, l'attitude de ces gouvernements a varié. Au moment de la crise de 29, les frontières se ferment, les expulsions s'accélèrent et les immigrés politiques deviennent suspects.
Les quelques décisions favorables aux immigrés prises par le Front Populaire (plus de liberté aux étrangers désirant changer de domicile, séjour des "apatrides" allemands facilités ...) ne constituèrent pas une réelle politique de l'immigration. Très rapidement (1938) une politique d'exclusion est méticuleusement remise en place.
Aussi l'intégration s'est faite autrement durant l'entre-deux-guerres :
L'École qui enseigne non seulement la langue française, mais les valeurs de la Révolution Française, de la République, est un formidable creuset où se mêlent les enfants des différentes origines.
Les organisations d'aide aux immigrés comme la Ligue des Droits de l'Homme ...
Le travail qui permet aux ouvriers étrangers de se mêler à la classe ouvrière française et qui les porte, pour certains, à participer.
l'action politique et sociale : adhésion aux syndicats, aux partis politiques et surtout au grand mouvement antifasciste du Front Populaire. Il est à noter, à ce propos, ce que les historiens appellent "le rôle intégrateur du Parti Communiste".
Ainsi, en 1923, le Parti Communiste Français et la C.G.T.U. créent une section dite de la M.O.E. (Main d'Oeuvre Étrangère). En 1932, au moment de la crise, la connotation "étrangère" étant teintée de xénophobie, le sigle est transformé en M.O.I. (Main d'Oeuvre Immigrée). Cette M.O.I. est structurée en groupes de langues permettant le rassemblement et donc l'action par nationalitê : propagande, recrutement, intervention dans les luttes politiques et syndicales, journaux.
b) Des immigrés "indésirables"
Mais tous les étrangers ne se lancent pas dans ces activités politiques ou syndicales. Un grand nombre observe une prudente réserve par peur du licenciement ou pire de l'expulsion vers leur pays d'origine. D'autant plus qu'avec la grande dépression économique des années 30, une violente vague de racisme et de xénophobie déferle sur la France : pétitions, dénonciations, manifestations contre les étrangers, rixes entraînant parfois mort d'homme. "Sommes-nous le dépotoir du Monde ? Par toutes nos routes d'accès transformées en grands collecteurs, coule sur nos terres une tourbe de plus en plus bouillantes de plus en plus fétide. C'est l'immense flot de la crasse napolitaine, de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves, de l'affreuse misère andalouse, de la semence d'Abraham et du bitume de Judée. Doctrinaires crépus conspirateurs furtifs, régicides au teint verdâtre, pollaks mités, gratin de ghettos ... ils accourent précédés de leur odeur escortés de leurs punaises". (article d'Henri Béraud, paru dans Gringoire le 7 août 1936).
Jean Giraudoux lui-même, lors d'une conférence en avril 1939, proclame : "une politique a atteint sa forme supérieure que si elle est raciale. C'était la pensée de Colbert ou de Richelieu. C'est la pensée d'Hitler".
Dès 1932-33 étalent apparues les premières lois contre les immigrés, (limitation de la main-d'œuvre étrangère par profession et par région) et c'est à cette époque que des polonais, des tchécoslovaques, des yougoslaves, des bulgares, des roumains subirent la loi du rapatriement forcé.
Les autorités françaises désireuses de se débarrasser d'étrangers militants politiques actifs, inscrits au PC, à la CGTU (Confédération Générale du travail Unitaire : une partie minoritaire de la CGT affiliée à l'Internationale syndicale rouge, liée elle-même à l'Internationale communiste - note de l'éditeur), les expulsèrent à grande échelle, considérant qu'il s'agissait "d'éléments indésirables trop nombreux qui circulent et agissent au mépris des lois et des règlements ou qui interviennent de façon inadmissible dans des querelles ou des conflits politiques ou sociaux qui ne regardent que nous". (Ministre de l'intérieur Albert Sarraut en 1938).
Un décret-loi du 12 Novembre 1938 permet même d'interner ou de soumette à une surveillance permanente les étrangers jugés dangereux. On comprend mieux dès lors la nécessité de la clandestinité, de l'illégalité constante et de la solidarité.
Et pourtant, malgré toutes ces mesures, au moment où la guerre éclate, de nombreux étrangers manifestent leur volonté de servir la France.
Des comités, comme Les Étrangers Volontaires pour la Défense de la France, recueillent les signatures de ceux qul veulent s'engager : au cours des deux premiers mois de guerre, le nombre des candidatures à un engagement volontaire s'élève à 75.6OO.
Paradoxalement, c'est à ce moment-là que la politique française se fait de plus en plus répressive à rencontre des étrangers. La droite française a plus peur des antifascistes étrangers ("tous des rouges") que des fascistes eux-mêmes : "Plutôt Hitler que le Front Populaire".
Dès le mois de septembre 1939 le P.C.F. et la M.O.I. sont dissous, laissant ainsi bon nombre de militants dans le plus profond désarroi face aux événements.
La politique répressive du gouvernement n'a pas attendu la défaite, ni Vichy pour interner les étrangers. Déjà depuis février 1939, la majorité des pauvres hères espagnols et brigadistes réfugiés en France sont internés par les autorités françaises dans des camps de misère, dans le Sud, comme Argelès ou Saint-Cyprien (Pyrénées Orientales).
Deux mois plus tard, 7.000 brigadistes sont transférés à Gurs (Basses-Pyrénées), le plus grand camp français.
À partir de septembre 1939, les réfugiés d'Europe centrale, allemands, et ex-autrichiens sont internés, en tant que "ressortissants d'un pays ennemi en guerre contre la France". On ne se soucie guère de l'ancienneté de leur combat antifasciste ou du fait qu'ils aient fui le Reich pour des questions raciales. Les autorisés françaises les considèrent de toutes façons comme "des individus dangereux pour la défense nationale et pour l'ordre public".
Et c'est de derrière les "Barbelés de l'exil" (Gilbert Badia, 1979) que ces antifascistes étrangers qui souffrent d'être vus comme "la lie de la terre" (Arthur Koestler, 1947) assistent, impuissant à l'invasion de la France."0n nous vole notre guerre !" s'écrie, bouleversé, l'écrivain de réputation mondiale, Arthur Koestler, enfermé au camp du Vernet dans l'Ariège, dans de misérables baraquements de planches, sans fenêtre, sans lumière, sans poêle, sans couverture , "même quand les crachats gelaient par terre", sans savon, sans réfectoire, sans assiette ni couverts, et avec pour seule nourriture 300 grammes de pain par jour et une "soupe pâle".
Mais ces camps ne sont pas les premiers de la longue liste ouverte par Vichy.
c) Des immigrés exclus
"Vichy n'est pas le produit d'un vide qui se serait créé subitement au lendemain de la défaite. C'est le contraire qui correspond à la réalité. La tradition politique mûrie depuis le tournant du siècle de donner naissance à un régime". (Leev Sternhell, Le Monde du 24 septembre 1997).
Les idéologies racistes de Vlchy - les Darquier de Pellepoix (qui animait l'Union Française pour la défense de la race), les Montandon (professeur d'ethnologie, "expert" apprécié des nazis), les Vacher de Lapouge (fils du théoricien raciste, et directeur de l'Institut d'anthropo-sociologie) - ne sont pas nés effectivement au lendemain de la débâcle - ni les Bousquet, ni les Papon, ni les Touvier. En fait, la politique xénophobe et raciste de Vichy donna simplement une "existence légale aux idées agitées par l'extrême-droite avant 1939" (Ralph Schor, Histoire de l'immigration en France Armand Colin 1996) et rappelons-le, comme le fait Leev Sternhell, ces idées plongeaient leurs racines bien avant la crise des années 30.
Les premières mesures prises par Vichy pour le "Relèvement national" ne sont pas des mesures de construction, mais des mesures d'exclusion :
16 juillet 1940 : procédure de déchéance de la nationalité française,
17 juillet 1940 : exclusion de la Fonction publique des français qui ne sont pas nés de père français,
22 juillet 1940 : révisions des naturalisations acquises depuis 1927,
23 juillet 1940 : déchéance de la nationalité pour les français qui ont quitté la France,
27 août 1940 : abrogation du décret-loi du 21 avril 1939 qui punissait les injures raciales dans la presse,
3 octobre 1940 : premier statut des juifs,
4 octobre 1940 : internement prévu des juifs étrangers sur décision du Préfet,
Mars 1941 : création du Commissariat général aux questions juives,
15 Mai 1941 : première rafle de juifs étrangers à Paris,
2 juin 1941 : deuxième statut des juifs.
Notons, en lisant soigneusement ces mesures, que la volonté d'exclusion de Vichy conduit le nouveau gouvernement de la "Révolution nationale" à violer l'un des principes fondamentaux du droit, celui de la non-rétroactivité des lois. Par celle du 22 juillet 1940, la nationalité française est retirée à plus de 15.000 personnes.
Et c'est bien sûr, sans vergogne, que Vichy bafoue l'un des éléments constitutifs de la doctrine républicaine : le droit d'asile."L'article 19 de la Convention d'armistice signé avec le vainqueur prévoyait que seraient livrés à l'Allemagne les réfugiés que celle-ci désignerait" (Ralph Schor). On devine aisément ceux que Vichy a livré : socialistes, communistes, allemands et même espagnols.
Une circulaire du 7 Juillet 1940 précise que les allemands non réclamés seraient maintenus dans les camps. Ainsi, d'une centaine de camps officiellement recensés par l'inspection allemande en "zone libre" - délimitation non pertinente en ce qui concerne l'internement depuis février 1939 - on passe progressivement à plus de 500 lieux d'internement qui ont fonctionné de l'automne 39 à l'été 1944.
Il n'existe pas de statistiques des internés, mais on dénombre plus de 35.000 personnes enfermées en zone sud en été 1940 - chiffre qui ne cesse bien évidemment d'augmenter avec les années. Aussi dès 1942, Laval préconise-t-il de se débarrasser de "ces déchets expédiés par les allemands eux-mêmes", en commençant par déporter les juifs étrangers. Et pour preuve de sa bonne volonté en matière de collaboration, il propose que les enfants de mois de 16 ans, non réclamés pourtant par les allemands, soient eux aussi livrés.
Face à cette politique qui bafoue les grandes valeurs de la France révolutionnaire et Républicaine, une minorité d'étrangers, les plus engagés, décident alors de prendre les armes.
II. L'EXEMPLE DES F.T.P. - M.O.I.
Max WEINSTEIN
Ancien résistant de l’UJJ zone sud
Vice-président de M.O.I.-M.R.J.
VI- Cérémonie Ivry - 22 février 2009
Georges DUFFAUT-EPSTEIN
"Vous étiez vingt et trois quand les fusils fleurirent" disait Aragon dans son célèbre poème (Strophes pour se souvenir 1955 (Note de l'éditeur)). Mais les fusils ne fleurirent pas seulement pour ce que la légende a appelé le "Groupe Manouchian-Boczov". Au Mont Valérien, la liste est longue de ceux qui furent fusillés par les Nazis. Sur le Monument du Souvenir réalisé par le plasticien Pascal Convert, 1014 noms sont gravés dans le bronze. Ce sont les noms des hommes tombés en ce lieu qui a le triste privilège d’être l’endroit en France où ont été abattus le plus grand nombre de martyrs.
Quand l’on parle habituellement du Mont Valérien, viennent immédiatement à l’esprit, les noms du catholique Honoré d’Estienne d’Orves et du communiste Gabriel Péri, immortalisés par Paul Eluard dans La Rose et le Réséda.
On pense ensuite aux 23 de l’Affiche Rouge mais tous les autres semblent occultés dans la mémoire collective. Résister n’était pas réservé aux seuls noms connus. De nombreux autres, moins célèbres ont donné leur sang pour notre liberté. Les énumérer tous serait fastidieux mais nous devons leur rendre hommage avec la même ferveur.
Ils venaient de pays très différents. Originaires de Pologne, de Hongrie, d’Arménie, de Roumanie, de Bulgarie, de Tchécoslovaquie, de Russie, des pays du Maghreb, d’Espagne, d’Italie et d’ailleurs ils ont leur nom sur la Cloche (c’est devenu l’identité du monument). Souvent ils avaient dû quitter leurs pays alors sous le joug de régimes dictatoriaux et pour certains fascistes et ils continuaient leur combat sur le sol de notre territoire. Parfois leur trajet avait commencé dans les Brigades Internationales en Espagne.
Avec leurs compagnons français, ils n’avaient qu’un seul ennemi "l’idéologie nazie". Ils ne se battaient pas contre le peuple Allemand, c’est pourquoi avec eux se trouvaient des Allemands antinazis. Je voudrais citer ici Karl Schoonar jeune résistant Allemand fusillé à l’âge de 17 ans à la suite du procès dit "Maison de la Chimie". Certains d’entre eux étaient juifs ce qui bien sûr en faisait une cible prioritaire pour les occupants et les collaborateurs du régime de Vichy. Certains étaient catholiques, d’autres protestants, quelques-uns musulmans, la grande majorité ne croyait en aucun dieu.
Leurs engagements politiques exprimaient la même diversité : gaullistes, communistes, socialistes ou non-engagés politiquement, souvent militants syndicaux, ils luttaient ensemble pour un monde meilleur. Toutefois les fusillés du Mont Valérien ont une particularité, ils étaient dans leur grande majorité communistes. Ils avaient tous résisté, sous des formes multiples. Propagande, distribution de tracts ou de journaux clandestins, sabotage, renseignement, lutte armée ou tout autre forme de combat, c’est ce qui leur était reproché.
Pour les nazis, tous ceux qui s’opposaient à leurs actions devaient disparaître. On trouvait parmi eux des otages dont certains d’origine juive étaient internés dans le camp de Drancy. Ces otages n’étaient pas choisis au hasard Comme ceux de Chateaubriand ils avaient tous eu avant leur arrestation une attitude antifasciste.
Souvenez-vous, il suffisait d’avoir appartenu au Parti Communiste pour être accusé d’ "activité antinationale" et de ce fait susceptible d’être exécuté. La police française, collaborationniste, les arrêtait et les livrait aux Allemands. Le réservoir d’otages était ainsi alimenté sans discontinuer.
La machine d’élimination fonctionnait en permanence. Les camions bâchés arrivaient au Mont Valérien chargés de "vivants" et repartaient en emportant les morts. L’isolement du lieu permettait l’exécution de la sinistre besogne en toute tranquillité - si l’on peut s’exprimer ainsi. Pour les sépultures, il fallait faire de même.
Si au cimetière Parisien d’Ivry ont été enterrés près de 840 corps dont ceux des héros de l’Affiche Rouge, les nazis dans leur souci permanent de faire disparaître les traces de leurs forfaits enterraient les suppliciés dans de nombreux autres cimetières de la région parisienne. Il était ainsi plus difficile pour la population de mesurer exactement l’ampleur de la répression.
Nous qui sommes présents ici nous savons qu’ils se battaient tous, quelles que soient leurs origines et leurs convictions personnelles, pour la démocratie et le progrès social, contre tous les racismes et tous les communautarismes. Ce combat leur était commun, qu’ils soient communistes, gaullistes, ou autres. Ils aimaient "la vie à en mourir" comme le dit le beau titre du livre édité sous l’égide du Musée de la Résistance nationale de Champigny, contenant une sélection de lettres de fusillés.
Nous leur devons "notre liberté" et pourtant ils ont failli disparaître des mémoires. Au Mont Valérien jusqu’en 2003 il n’existait que le Mémorial de la France Combattante inauguré en 1958 par le Général de Gaulle. Les fusillés n’avaient droit ni à un monument ni à une cérémonie officielle. Seules les associations telles l’ARAC, l’ANACR, la FNDIRP avec d’autres comme le Parti Communiste et la CGT, leurs rendaient hommage dans la clairière une fois par an. Il fallut attendre que le sénateur Robert Badinter fasse adopter à l’unanimité par le Sénat un projet de loi pour que la réalisation d’un monument soit décidée.
Le 20 Septembre 2003, près de 60 ans après la libération de la France, le Monument du Souvenir des Fusillés du Mont Valérien était enfin inauguré. Jean Pierre Raffarin, premier ministre, Robert Badinter et moi-même au nom des familles de fusillés, dévoilions ce monument en forme de cloche portant les noms des 1014 fusillés identifiés à ce jour.
Il fallait faire plus et ce que réclamaient toutes les associations depuis de nombreuses années va enfin prendre corps. Le Mont Valérien va devenir un réel lieu de recueillement et de mémoire grâce aux travaux entrepris dont la première tranche doit être terminée a la fin du premier semestre 2009. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Le "Chemin des fusillés" oublié pendant si longtemps, va enfin être de digne de ceux qui sont tombés dans ce site. Nous pourrons les honorer dans un lieu à la hauteur de leur sacrifice.
Je dois vous dire que c’est avec beaucoup d’émotion que je m’exprime aujourd’hui devant vous, car derrière moi à côté de la tombe de Missak et Mélinée Manouchian se trouve la tombe de mon père Joseph Epstein. Plus connu sous le pseudonyme de Colonel Gilles il était Commandant Militaire des Francs Tireurs et Partisans Français de la Région Parisienne. À ce titre il assumait la responsabilité des FTP-MOI dont le groupe de l’Affiche Rouge faisait partie.
Et pourtant ni son nom ni son portrait ne figurent sur la célèbre affiche alors qu’il fût arrêté avec Missak Manouchian le 16 Novembre 1943 à Evry Petit-Bourg. Malgré d’effroyables tortures il na même pas livré son vrai nom à ses tortionnaires. Il fut donc fusillé sous un pseudonyme à consonance française. De ce fait il ne pouvait pas servir à la propagande nazie et il n’eut pas l’honneur de figurer sur les murs français avec Les glorieux combattants de l’Affiche Rouge que nous honorons ce matin. La dernière lettre qu’il m’adressait quelques heures avant de mourir résume bien le combat qu’ils menaient tous ensemble. Il m’écrivait:
"Je meurs pour ton bonheur, pour celui de toutes les mamans et de tous les enfants".
Oui ils n’avaient pas de haine contre un peuple mais la volonté de construire un monde meilleur, libéré de toutes les oppressions. Ses derniers mots, écrits en travers de la page, montraient avec force le sens de sa lutte permanente.
Lui le Juif Polonais son ultime message était "Vive la France, vive la liberté".
Quelle leçon pour l’avenir. Il nous indiquait ainsi le sens que nous devons donner à notre action pour perpétuer la mémoire de tous ces combattants. Nous ne pouvons tolérer toutes les formes de "négationnisme". Les propos d’un soi disant humoriste ne nous font pas rire. De même, c’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la réhabilitation par le pape Benoît XVI d’un évêque négationniste.
Il est impossible de composer avec cette idéologie. Notre honneur c’est de continuer le combat pour un monde de fraternité et de liberté dans lequel tous les racismes et tous les communautarismes n’auront pas droit de cité. Nous serons ainsi fidèles à la mémoire de tous ceux qui payèrent de leur vie ce combat.
Georges DUFFAUT-EPSTEIN
Président de Les Amis du Musée de la Résistance nationale
Champigny-sur-Marne
Discours de Fabien ROUSSEL (Source PCF)
Monsieur le vice-président du Sénat, cher Pierre Ouzoulias,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Madame la Secrétaire générale de la Confédération Générale du Travail, chère Sophie Binet,
Mesdames, Messieurs les présidents d'association,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes rassemblés ici, rue de Plaisance, devant ce lieu où, clandestins, Missak et Melinée Manouchian vécurent au plus dur de la guerre. Une petite rue toute simple, comme il y en a tant dans notre pays, une rue où frémissait un amour, une rue où grandissait un espoir, celui, formidable, de la Résistance à l'oppresseur et du triomphe de la liberté.
Nous sommes ici pour rendre hommage à cet homme, Missak Manouchian et à cette femme, Mélinée Manouchian ; à leurs frères et à leurs sœurs de combat : Celestino, Olga, Joseph, Georges, Rino, Thomas, Maurice, Spartaco, Jonas, Emeric, Léon, Szlama, Stanislas, Cesare, Armenak, Marcel, Roger, Antoine, Willy, Amedeo, Wolf, Robert et les dizaines de milliers d'autres, ceux qui furent arrêtés plus tôt, ceux qui furent arrêtés ensuite, ceux qui furent déportés et qui ne revinrent jamais, ceux qui survécurent. Tous ces hommes et ces femmes, nés ici ou ailleurs, qui coururent tous les risques pour que nous vivions libres et debout. En pleine humanité.
Dans sa dernière lettre à Mélinée, Missak Manouchian écrivait : "Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement."
Regarde, Missak. Combien tu avais raison. À travers Mélinée et à travers toi, c'est toute la mémoire de tes camarades, de Joseph Epstein, des FTP-MOI que la Nation salue avec infinie reconnaissance. Celle de tous ces étrangers, Polonais, Roumains, Italiens, Arméniens, ces athées, ces croyants, ces juifs, ces agnostiques, francs-maçons, unis pour défendre leur liberté, la liberté, celle de la Grande Révolution, celle de la République contre la nuit fasciste.
Cher Missak, dans cette cohorte fraternelle qui croyait si fort à l'unité du genre humain, à l'égalité des hommes et à l'universalité de leurs droits, je veux avoir un mot particulier de tes camarades juifs : il y avait si peu de juifs dans la France de cette époque ; ils furent pourtant si nombreux à tes côtés malgré la haine plus féroce encore qu'ils devaient affronter à travers l'entreprise génocidaire nazie et ses fidèles soutiens vichystes français. Avec toi, avec tous, au sein du PCF, ils étaient au combat pour la liberté, pour l'égalité, pour la grande fraternité humaine.
À travers toi, Missak, c'est l'étranger, l'Arménien amoureux de la France des Lumières, de Hugo et Rolland que nous célébrons. C'est le poète amoureux des mots, autant que de la Révolution française.
Cette fascination, Mélinée la décrira plus tard : "Paris, ce nom évoquait en lui tout un univers de choses possibles, d'espérances vécues, de rêves réalisables. Il se répétait les noms de Marat, Robespierre, Danton, Saint-Just, les grands encyclopédistes qui avaient été les prophètes et les artisans de la grande Révolution."
Telle était la France dont tu rêvais et qui nous anime encore aujourd'hui.
Avec tes camarades, vous aviez toutes et tous l'internationalisme chevillé au corps. Un sens aigu de l'humanité, qui te fit proclamer, quelques heures avant de mourir sous les balles allemandes : "Je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. [...] Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre, qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous..."
Bonheur, ce mot de Saint-Just qui court, intact, jusqu'à tes lèvres, à quelques heures de la mort et nous pousse encore aujourd'hui.
Menuisier à La Seyne puis ouvrier chez Renault, Missak, tu partageais la vie des travailleurs étrangers en France ; celle de la classe ouvrière.
Tu en explores la belle fraternité, la solidarité entre ouvriers français et étrangers face aux concurrences attisées par le patronat. Tu affrontes aussi la xénophobie, le racisme, qui montent comme une mer terrible avec la crise des années 30 avant de devenir idéologie d'État avec l'arrivée de Pétain au pouvoir.
Dans ton poème Restons éveillés, dédié "aux travailleurs immigrés", tu soulignes à quel point ceux-ci doivent se prémunir en permanence contre le poison des haines raciales. Prenons garde de ne pas oublier ce message.
L'affiche rouge, les FTP MOI. 20 et 3 étrangers et nos frères pourtant.
Il en fallait du courage à ces partisans pour entreprendre une guérilla en plein Paris, notamment en cette année 1943, quand le rapport des forces dans la capitale leur était si défavorable.
Ils étaient jeunes et rien ne les destinait à la guerre.
Je pense à ceux de ma région que nous honorons tous les ans, à la même période, l'italien Eusébio Ferrari, jeune résistant communiste de 22 ans abattu à Anzin avec ses camarades, le polonais Tadeus Cichy et le français René Denys. Leur premier fait d'arme fut d'accrocher en haut d'un pylône électrique un drapeau rouge sur lequel est écrit : "Courage et confiance, nous vaincrons". C'était le 30 juin 40, quelques jours après l'appel de De Gaulle et Tillon.
Plus tard, ils furent à l'origine d'une attaque à Lille au cours de laquelle deux officiers allemands furent tués.
À Paris, dans le Nord, à Marseille, dans les Cevennes, partout en France, une jeunesse résistante s'est levée.
Ces jeunes hommes, ces jeunes femmes, épris de justice, farouches partisans de la paix et du respect de la dignité humaine se voyaient avant tout comme les soldats d'une armée de Libération de la France. Ils n'étaient pas animés par la haine.
À ce titre, le combat dans la Résistance ne s'est jamais confondu avec du terrorisme, avec des attaques contre des civils, des femmes, des enfants, qu'ils soient Français ou même de nationalité allemande.
Ils avaient un sens aigu de l'humanité et de leur engagement, y compris jusque dans les choix de leur cible, quand bien même les crimes nazis furent parmi les pires que l'Humanité ait connus.
Cette humanité préservée au cœur de l'horreur n'a pas empêché les Allemands de les qualifier, eux, ces Résistants, ces soldats de la liberté et du bonheur, de "terroristes", de "dangereux communistes", de "juifs", tous ces mots ayant la même valeur d'insulte dans la langue nazie.
Je veux aussi parler de Mélinée Manouchian qui t'accompagne ce jour, au Panthéon. Je veux, à travers elle, saluer le rôle des femmes dans la Résistance et dans les FTP-MOI. C'est Olga Bancic, cette Roumaine au courage infini, qui traque et livre des armes au groupe Manouchian, dont celle qui tue le colonel SS Julius Ritter. C'est aussi Cristina Boïco qui repère les dignitaires nazis, identifie leur adresse, leurs horaires de départ, de retour, donne toutes les informations qui permettent les coups d'éclat qui retentissent dans tout le pays. Olga et Cristina donnent au peuple cet espoir sans lequel il n'y a pas de combat. Les résistantes tinrent tous les rôles. Elles vécurent toutes les répressions. Car les nazis ne les épargnèrent pas, ces femmes, arrêtées, déportées, décapitées. Elles méritent toute la reconnaissance de la Nation.
Mes chers amis, mes camarades, si nous saluons aujourd'hui le soldat Manouchian, nous sommes aussi fiers de l'appeler camarade. C'est un si joli nom, camarade.
Car dans dans la France des années trente, celle des ligues factieuses mais aussi celle du Front populaire, Missak Manouchian fait le choix de l'antifascisme et de la démocratie. Il fait le choix de rejoindre le Parti communiste.
C'est dans le fond de son histoire, dans l'espoir de ce combat communiste, qu'il se forge une conscience politique à même de le tenir debout quand l'Occupation survient.
Cette trajectoire, il la partage avec tant de militantes et de militants communistes. C'est pourquoi cette entrée au Panthéon, je la vis comme un honneur mais aussi comme une réparation. Pour elles toutes. Pour eux tous.
Un honneur car elle rend hommage, enfin, à ce peuple travailleur, à ce monde du travail, à ces hommes et femmes qui, sans distinction d'origine, de couleur, de religion, firent le choix de s'unir contre l'occupant. Que le PCF soit représenté par Missak Manouchian, l'ouvrier, le poète, l'arménien, le communiste est un immense honneur pour nous. Une fierté.
C'est une réparation aussi car la Résistance communiste était jusqu'ici comme tenue en lisière des hommages républicains. Malgré tous les combats, malgré tous les morts. Enfin, aux cotés de Jean Zay, Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Simone Veil, Jean Moulin, Josephine Baker, les communistes, morts pour la France, retrouvent la place qui est la leur dans l'histoire de la Nation.
Nous sommes fiers d'avoir participé à la libération de la France, d'avoir contribué à l'union des mouvements de résistance et à la création du Conseil national de la Résistance. Avec Jean Moulin, le gaulliste, avec Robert Chambeiron, l'ami de Pierre Cot, le ministre radical du Front populaire, avec Louis Saillant, le syndicaliste, le socialiste, avec Gaston Tessier, le catholique, avec tant d'autres, nous dessinions, dans la pénombre de la clandestinité, la France nouvelle à naître.
Nous sommes fiers de notre camarade Pierre Villon, celui qui a proposé ce texte qui va devenir, avec l'apport de tous, le programme de la Résistance tout entière : les Jours heureux.
Car l'engagement héroïque de ces hommes et de ces femmes a été nourri par le formidable espoir placé dans la construction de ce programme incroyablement ambitieux, qui imaginait la France dans laquelle ils rêvaient de vivre alors que le pays était encore occupé. Quelle audace fallait-il pour réaliser cela tout en étant pourchassé.
Merci à toutes celles et tous ceux, militants et élus communistes, citoyens de progrès, historiens, d'Albert Ouzoulias au lendemain de la guerre, à Pierre Ouzoulias, son petit-fils et sénateur, tous ceux qui ont amené le Président de la République à prendre cette juste et grande décision. Et je l'en remercie.
Merci à Eluard, Aragon, Ferré, à tous ces artistes qui ont écrit et chanté la légende.
Merci à Henri Krasucki, déporté lui-même et aux dirigeants de la CGT d'avoir toujours fait vivre cette mémoire, aux côtés des communistes, de ces militants qui, tous les ans depuis 1944, honorent leur mémoire.
Oui, Missak, Mélinée, vous avez tant mérité l'hommage de la nation française.
La France est votre pays. Qu'elle est belle quand elle a vos visages, le visage de l'amour, de la vie, de la liberté. Le visage de l'humanité en plein soleil.
Discours de Sophie BINET (Source CGT)
Mesdames, Messieurs, les Parlementaires ;
Mesdames, Messieurs, les Président.es d’associations ;
Monsieur le Secrétaire National du PCF, Cher Fabien ;
Monsieur l’ancien Secrétaire Général de la CGT, Cher Bernard ;
Cher.es Ami.es, Cher.es Camarades,
Il y a 80 ans jour pour jour, le 21 février 1944, étaient fusillés au mont Valérien 22 membres des Francs-Tireurs et Partisans de la Main d’œuvre Immigrée,
rejoints ensuite par la roumaine Olga Bancic, seule femme de leur réseau, décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944. "23 étrangers et nos frères pourtant" comme l’a écrit Louis Aragon dans le magnifique poème qu’il leur a dédié.
Notre émotion est à la mesure de l’évènement que va constituer dans quelques heures, l’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian et l’inscription en lettres d’or du nom des 22 autres membres des FTP-MOI torturés puis fusillés,
l’arménien Armenak Arpen Manoukian, l’Espagnol Celestino Alfonso, les Italiens Rino Della Negra, Spartaco Fontanot, Cesare Luccarni, Antoine Salvadori et Amedeo Usseglio, les Français Georges Cloarec, Roger Rouxel et Robert Witchitz, les Hongrois Joseph Boczov, Thomas Elek et Emeric Glasz, les Polonais Maurice Füngercwaig, Jonas Geduldig, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Marcel Rajman, Willy Schapiro et Wolf Wajsbrot, et la Roumaine Olga Bancic. A leurs noms s’ajoute celui de Joseph Epstein, dirigeant FTP-MOI, polonais arrêté en même temps que Manouchian, fusillé le 11 avril 1944.
Par ma voix, je tiens à exprimer la reconnaissance de toute la CGT envers celles et ceux qui ont oeuvré à faire entrer au Panthéon Missak et Mélinée Manouchian et les 23 FTP MOI. Vous êtes membres d’associations ou de fondations mémorielles. Vous êtes universitaires. Vous êtes élu-e-s de la République. Vous vous êtes battus pour qu’enfin ces femmes et ces hommes soient reconnus par la Nation et puissent prendre place dans ce lieu réservé aux grandes personnalités de notre pays. Nous vous remercions chaleureusement. Cette victoire vous honore.
Enfin, la place des étrangers et du mouvement ouvrier dans la Résistance est reconnue. La résistance, les étrangers l’ont payé au prix fort. Les membres des FTP MOI représentent près d’un quart des fusillés du Mont Valérien, fusillés parce que résistants, fusillés parce qu’étrangers, fusillés parce que communistes et fusillés souvent aussi parce que juifs.
Pourtant, il aura fallu 80 ans pour qu’ils et elles soient reconnus comme étant "morts pour la France".
Leur entrée au Panthéon démontre que la France a toujours été riche de sa diversité, que la France n’est pas une communauté d’origine mais bien une communauté de destin.
Sans immigration, pas de Marie Curie, pas de Josephine Baker, pas de Missak et Mélinée Manouchian.
Sans immigration, pas de reconstruction d'après-guerre, pas de croissance démographique et économique, pas de métissages et d'enrichissements culturels successifs.
Sans le mouvement ouvrier, pas de FTP MOI, ni de Conseil National de la Résistance, présidé après Jean Moulin et Georges Bidault par notre camarade Louis Saillant.
La panthéonisation de Missak et Mélinée c’est la réparation de cette injustice. C’est un message universel qui souligne combien les idéaux d’égalité des droits, sans distinction de naissance, de croyance ou d’apparence pour lesquels Manouchian et ses camarades ont donné leurs vies, peuvent soulever le monde entier.
Mais ce nouvel unanimisme autour de leur mémoire ne doit pas dénaturer ou dépolitiser leur héritage.
Elles et ils fuyaient les persécutions, l’antisémitisme, le génocide des arméniens, le fascisme de Franco et Mussolini ou encore le nazisme d’Hitler. D'origine et de confessions diverses elles et ils avaient vécu des histoires différentes. Mais elles et ils avaient cette conscience de classe qui en faisait des humanistes, des internationalistes.
C’est d’abord au sein de la CGTU qu’un certain nombre d’entre elles et eux ont trouvé la possibilité de militer sans renier leur histoire et leurs origines. C’est là qu’elles et ils purent s’organiser dans la Main d’œuvre Etrangère, la MOE, créée dès 1923 par la CGTU et qui deviendra la MOI un peu plus tard. A cette période, après l’hécatombe de la grande guerre, la France a besoin de main d’œuvre et organise l’immigration de travailleurs et de travailleuses. Mais ils n’ont aucun droit et sont surexploités par le patronat. La CGTU comprend aussitôt l’enjeu de les organiser pour lutter contre les mises en opposition et créer une solidarité de classe entre français et étrangers. L’organisation en "groupe de langue" italien, yiddish, polonais, espagnol, arménien… permet de rassembler dans un combat unifiant pour les libertés et les droits sociaux sans nier la pluralité des identités et des cultures. La lutte syndicale, hier comme aujourd’hui, permet de rassembler quelque soit l’origine, la religion ou le genre, à partir de batailles concrètes, à partir de son travail et de la défense de ses intérêts face à son employeur.
C’est d’autant plus important qu’après la crise de 1929 et ses violentes conséquences économiques et sociales, le racisme, l’antisémitisme et les ligues d’extrême droite gangrènent notre pays. Si en France nous n’avons pas eu Hitler mais le Front populaire, c’est notamment grâce à la CGT et aux MOI qui jouent un rôle très important dans la lutte contre le fascisme, notamment dans la grande manifestation du 12 février 1934, et dans les luttes sociales des années 30 à commencer par les grandes grèves de 1936. Pourtant, à l’époque, les étrangers n’ont pas le droit de diriger des syndicats. Pourtant, ils et elles n’ont pas les mêmes libertés syndicales et risquent le licenciement et l’expulsion dès qu’ils se mobilisent. Malgré ces énormes difficultés la CGTU compte autour de 30 000 syndiqués étrangers dans les années 30, chiffre qui atteindra 400 000 avec l’élan du front populaire.
La MOI, c’est là que commence à militer Henri Krasucki, membre de la direction parisienne des organisations de jeunes de la section juive de la MOI, résistant à Paris, torturé et déporté à Auschwitz qui deviendra ensuite secrétaire général de la CGT.
Les camarades de la MOI, à l’image de Missak et Mélinée sont profondément internationalistes. Ils et elles sont les premiers à s’enrôler comme volontaires dans les "brigades internationales" pour combattre aux côtés des républicains espagnols l’armée de Franco et la légion Condor envoyée par Hitler. D’autres ont participé activement à l’accueil des réfugiés fuyant le franquisme. Aguerris à la clandestinité et au combat armé au regard de leurs parcours militants, ils furent parmi les premiers à s’organiser dans la résistance, combattant au péril de leur vie l’occupant allemand et les milices de Vichy.
C’est le travail de la CGT et des MOI qui permet d’organiser le grand mouvement de grève de 100 000 mineurs de mai juin 1941, dans laquelle les polonais ont joué un rôle majeur. Les mineurs du Nord Pas de Calais le paieront au prix fort en étant les premiers déportés.
Nous n’oublions pas les nombreux résistants fusillés comme otages à Chateaubriant, Nantes, Voves, Rouillé, Souge et dans tant d’autres lieux. Nous n’oublions pas celles et ceux, juifs et/ou résistants, qui ont été déportés dans les camps de la mort dont un très grand nombre n’est jamais revenu. Nous n’oublions pas que si nos 23 camarades ont été assassinés par les nazis c’est à cause du régime de Pétain qui a permis leur arrestation. Nous n'oublions pas la rafle du Vel d'Hiv, la déportation puis l'extermination de 12 884 femmes, hommes et enfants juifs organisée par le régime de Vichy dont les héritiers osent aujourd’hui s’inviter au Panthéon.
"Ils n’avaient demandé la gloire ni les larmes, ni l’orgue ni la prière aux agonisants". Être à la hauteur de leur combat, c’est le perpétuer aujourd’hui à l’heure où nos démocraties vacillent et où l’extrême droite, en France comme dans de nombreux pays du monde n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Elles et ils, comme Missak, sont souvent entrés clandestinement en France. Auraient-ils, aujourd’hui, accès au droit d’asile ? Elles et ils, comme Missak et Mélinée ont été exploités et souvent licenciés, le seraient-ils encore aujourd’hui ?
Elles et ils comme Missak qui a demandé à deux reprises, sans succès, à être naturalisé français ont été victimes de nombreuses discriminations, seraient-ils dans la même situation aujourd’hui ?
Rappelons-nous ces mots de Missak face au tribunal militaire allemand et aux cris de haine de la presse collaborationniste : ""Quant à vous, vous êtes français. Nous, nous avons combattu pour la France, pour la libération de ce pays. Vous, vous avez vendu votre conscience et votre âme à l’ennemi. Vous avez hérité de la nationalité française. Nous, nous l’avons méritée".
Nous ne saurons jamais si, en de pareilles circonstances, nous aurions eu leur courage. Mais ce que nous savons, c’est ce que nous faisons aujourd’hui pour défendre l’héritage du conseil national de la résistance qui n’a jamais été aussi menacé. Ce que nous savons c’est ce que nous faisons pour défendre la sécurité sociale, la liberté de la presse, le statut de la fonction publique, la direction de l’économie par les travailleuses et les travailleurs qui sont aujourd’hui remises en cause par les puissances de l’argent. La CGT sera au Panthéon tout à l’heure pour honorer nos camarades et nous serons notamment représentés par Aliou Ka Moctar, un des 502 grévistes mobilisés depuis bientôt 4 mois pour obtenir leur régularisation. Ce sont eux les héritiers des MOI. Ce sont eux qui démontrent que sur les principes fondamentaux, sur le droit du sol, le droit d’asile et l’égalité des droits, il ne peut y avoir de "en même temps" et de compromission dans les calculs politiciens.
"Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre" écrivait Primo Levi. Puisse cette Panthéonisation contribuer à ce que chacune et chacun, à commencer par la classe dirigeante, se rappelle que l'on ne peut faire de compromis sur nos valeurs et principes essentiels, sur cet humanisme radical qui fondait l'alliance de la rose et du réséda, de ces résistants de tous horizons, syndicalistes, communistes, socialistes, chrétiens, gaullistes
Aujourd’hui des ouvriers, des employé-e-s entrent au Panthéon. Elles et ils étaient des immigré-e-s et ont donné leur vie pour nous offrir la liberté. La CGT ne l’oubliera jamais.
Aujourd'hui, nous nous inclinons avec humilité pour honorer leur combat humaniste et antifasciste.
Nous leur disons solennellement qu'ils peuvent compter sur nous pour reprendre le flambeau de la résistance et de la lutte contre le fascisme d'hier et d'aujourd'hui. Pour que La France soit un pays de Liberté, de Paix et de Progrès Social. Pour que, comme nous y invitait Missak, nous puissions vivre heureux.