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RÉSISTANCES
VOLUME I
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LES FRANCS-TIREURS DE L'AFFICHE ROUGE

SOMMAIRE
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I- Le groupe Manouchian
Arsène TCHAKARIAN

CONTENU DE CETTE CONTRIBUTION
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L'Affiche Rouge
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PRÉSENTATION
INTRODUCTION DES MORCEAUX CHOISIS

Démobilisé en août 1940 à Nîmes. D'octobre à avril 1941, j'ai participé aux distributions de tracts imprimés et parfois écrits à la plume.

Avril 1942, j'ai été sollicité par mon ami Missak Manouchian de rejoindre les rangs des FTP de la région parisienne - mais le manque d'armements nous a obligé d'attendre le début 1943 pour pouvoir prendre part aux actions dirigées contre l'occupant. Je dois signaler que ce retard a été provoqué par la réticence du BCRA "Bureau Central de Renseignements et d'Actions" de ne pas nous fournir une part des armements parachutés par les avions anglais.

Vers la fin 1942 le Comité National de la Résistance a obtenu la promesse du général de Gaulle de nous allouer une part de ces armes, au FTPF de la région parisienne.

À présent, bien organisés et munis d'un armement moderne sous le commandement de Missak Manouchian et de mars à fin octobre 1943, plus de 120 actions ont été exécutées dans la région parisienne avec un groupe de 40 permanents et avec la participation d'une trentaine d'émigrés.

Après la Libération ce groupe a été baptisé par les historiens FTP-MOI dit "Groupe Manouchian et de ceux de l'Affiche rouge". J'ai participé à quelques unes de ces actions qui sont citées dans les quelques pages de mon ouvrage Les Francs-Tireurs de l'Affiche Rouge, édité en 1986.

Arsène Tchakarian  Arsène Tchakarian
Extraits choisis par l'auteur de
Les Francs-tireurs de l'Affiche rougee


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1944. Voila bientôt quatre ans que la France est occupée par l'armée hitlérienne. Mais les troupes du IIIe Reich ne sont plus invincibles comme elles l'étaient en 1940. Elles ont subi des revers importants sur le front de l'Est, d'Afrique et de Méditerranée. Au fil des mois, les vainqueurs et leurs complices ont montré de plus en plus crûment leur vrai visage, celui de la barbarie, que l'ombre de leur prochaine défaite accroît encore.

Le 17 février 1944, une cour martiale allemande est réunie à 9 heures du matin dans les salons de l'hôtel Continental. Une immense salle lambrissée d'or. Sur des chaises garnies de velours rouge, vingt-trois hommes et une femme sont assis, attachés deux par deux par des menottes, face à deux grandes flammes de guerre allemandes encadrant l'aigle, emblème du Reich, et un portrait du Führer. À gauche : le procureur. À droite : les défenseurs. Devant les accusés : l'interprète. Somptueuse mise en scène pour un simulacre de procès destiné à impressionner l'assistance et persuader l'opinion publique qu'il s'agit de juger de dangereux bandits, des "étrangers" à la solde de Londres et de Moscou. Journalistes, photographes, cinéastes, personnalités, français, allemands et étrangers ont été invités. Le procès dit des "vingt-trois" sera abondamment retransmis par la presse et la radio.

Mais qui sont ces vingt-trois ? Des résistants incarcérés après leur arrestation en novembre et décembre 1943, interrogés, torturés quotidiennement depuis plus de trois mois ; choisis par les bourreaux parmi des centaines d'autres emprisonnés, parce que membres d'une organisation, la MOI, composée essentiellement d'immigrés. En fait, il y a trois français parmi les vingt-trois.

Le verdict tombera le 21 février au matin : les vingt-trois sont condamnés à mort. La sentence précise qu'ils ont cinq jours pour présenter leur recours en grâce. Cette clause ne sera pas respectée ; le jour même, à quinze heures, ils seront fusillés au Mont-Valérien.

Outre la publicité exceptionnelle faite au procès, pendant sa durée et après, une affiche rouge est placardée sur les murs de Paris et de France. En médaillon, le portrait de dix des victimes : visages de souffrance que les bourreaux veulent montrer menaçants. En regard leurs noms, noms "étrangers", même lorsqu'il s'agit du français Witchitz, qualifié pour la circonstance de "Juif polonais". "Juif, arménien, communiste, rouge, chef de bande, criminels professionnels, armée du crime"... Les visages et les mots choisis doivent éveiller la peur, persuader que la Résistance est le fait d'une poignée d'étrangers ennemis de la France. Dans ce sinistre scénario, la propagande allemande et vichyste utilise ces vingt-trois martyrs pour cacher au peuple que la Résistance est un mouvement profond, approuvé par la majorité des français qui aspirent à la Libération.

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  • LEVALLOIS-PERRET

    mercredi 17 mars

    Le 17 mars au matin, Rayman, chef de groupe, Manouchian et moi-même, sommes à notre poste, près de l'hôtel. À 8 heures, comme prévu, les feldgendarmes sortent, portant chacun un fusil. Ils se rangent en colonnes par quatre. Un soldat, mitraillette au bras, surveille. Un sergent, gros revolver au ceinturon, ordonne la marche : "Eins ! zwei !..." et la colonne se met en route.

    Je suis là, comme un gars qui a le temps de flâner cinq minutes avant le travail. J'entends les ordres allemands.

    Manouchian s'approche. Calme. Les mains dans les poches de son imperméable beige.

    Soudain, rapide, précis, il sort la grenade, la dégoupille, la lance au milieu de la colonne, fait aussitôt demi-tour, court vers la rue où l'attend Rayman, revolver en poche, prêt à intervenir.

    Quatre à six secondes, et c'est l'explosion : tous les feldgendarmes s'aplatissent au sol.

    D'abord paniqués, ceux des soldats qui ne sont pas blessés par les éclats de grenade se relèvent et tirent un peu partout. Le sergent resté à l'arrière de la colonne aperçoit Manouchian. Il tente de le poursuivre, mais Manouchian a une avance d'environ cinquante mètres. J'entends trois coups de feu. Qui a tiré ? Le soldat allemand ? Rayman ? Angoisse interminable de l'incertitude. Conformément aux instructions, je dois m'éloigner pour rejoindre Rayman et Manouchian dans un café-tabac près de la porte de Champerret. Sans hâte, il ne faut pas attirer l'attention.

    Pas facile à maîtriser l'envie de courir.

    Mes deux compagnons sont au rendez-vous. "Il y a eu des coups de feu, que s'est-il passé? J'ai eu une sacrée trouille !" Tout doucement, à l'oreille, Rayman me répond "le sergent courait derrière Missak. j'ai attendu qu'il soit assez près pour lui envoyer trois balles dans la poitrine". Expliquez-moi un peu", me demande Manouchian. À voix basse je raconte : "d'un seul coup je t'ai vu courir. Ton imperméable s'est ouvert comme les ailes d'un oiseau. Puis j'ai vu tous les Fritz s'incliner ensemble tels des blés sous le vent." Nous prenons chacun un café - de l'orge grillée à la saccharine - puis nous nous séparons après avoir convenu d'un rendez-vous pour une nouvelle attaque.

    Initialement les choses ne devaient pas se passer ainsi. C'est moi qui devais lancer la grenade, je l'avais mise dans ma poche, enveloppée dans une feuille de journal ; Manouchian et Rayman devaient être les défenses. Le rôle de défense est plus dangereux que celui de lanceur : alors que le lanceur de grenade bénéficie de l'effet de surprise, lui laissant quelques secondes pour s'éloigner, la défense doit rester sur place pour le protéger de toute poursuite. Dès notre arrivée, entre 7 et 8 heures, Manouchian s'est approché de moi avec ces mots : "passe-moi la pomme", puis il m'a expliqué : "nous comptions sur une grenade et deux revolvers, nous n'en avons qu'un. Alors c'est moi qui lance. Rayman me couvrira et toi tu vas rester à cinquante mètres. Tu regarderas bien et après tu nous expliquera comment les choses se sont passées." Voila pourquoi j'étais resté en observateur.

    Voyez ! avec simplement une grenade et un revolver, trois hommes devaient affronter plus de vingt soldats bien armés. Mais avec Marcel Rayman, l'impossible devenait possible. L'audace, l'effet de surprise, la rapidité suppléaient au manque d'armes.

    Tout au moins ce jour-là.

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  • ÉGLISE D'AUTEUIL

    jeudi 3 juin

    Les actions qui nous étaient demandées par le commandement militaire devaient toujours, si possible, frapper les officiers de préférence aux simples soldats, pour tenter de désorganiser et de démoraliser l'armée allemande tout en évitant des pertes en vies humaines. Dans ce cadre nous avions instruction d'attaquer deux autocars qui transportaient chaque jour des officiers subalternes de la Kriegsmarine depuis le bassin école d'Auteuil jusqu'au ministère de la Marine, place de la Concorde. Le premier autocar passait rue Mirabeau à 17 h 45, le deuxième à 18 heures.

    Trois francs-tireurs avaient été désignés pour cette opération : Rayman, responsable du groupe, Ernest, le jeune autrichien qui a opéré à Villeneuve-Saint-Georges, et moi-même comme défense. Nous avions préparé notre plan plusieurs jours à l'avance, et prévu d'attaquer le deuxième car. Nous avions évalué que l'attaque ne pouvait réussir que si elle intervenait quand le car était en marche. : ainsi, entre le moment où la grenade serait lancée et celui où elle exploserait, le car poursuivrait sa course sur cinquante ou cent mètres ; dans le même temps, le lanceur de grenade s'éloignerait à toute allure dans la direction opposée. Il fallait cependant que la vitesse du car ne soit pas trop élevée, c'est pourquoi nous avions choisi d'opérer près de l'église d'Auteuil, là où le véhicule devait ralentir au croisement des rues Wilhem et Mirabeau.

    Nous savons que la surveillance allemande a été renforcée car ces mêmes véhicules ont déjà essuyé un attentat à la grenade de la part des Francs-tireurs. Toutes les fenêtres sont grillagées, deux sentinelles armées de mitraillettes se tiennent debout à l'extérieur, une de chaque côté, sur le marchepied. Comment s'y prendre ?

    La seule possibilité, c'est l'attaque éclair, par surprise.

    Jeudi 3 juin : trois promeneurs, séparément, flânent dans ces rues tranquilles. Complet bleu marine, élégance discrète ; aucun ne détonne dans ce quartier chic. C'est une performance de se procurer, en pleine pénurie, des vêtements de cette classe. Et la chemise blanche impeccable ! Et la cravate !

    L'Affiche Rouge
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    Quelques minutes avant 18 heures, chaque promeneur a gagné son poste.

    L'autocar s'approche. D'un bond, Ernest saute sur le marchepied de droite. Du bras gauche, il immobilise le marin-sentinelle (il doit faire très vite, sa grenade est déjà dégoupillée). Dans un geste d'une précision calculée, la grenade toujours en main, il percute le pare-brise qui éclate, et lance le projectile à l'intérieur du véhicule. Il saute maintenant sur le trottoir, entraînant la sentinelle dans sa chute. Vite il se relève, traverse la rue Mirabeau en courant vers moi. J'attends sur le trottoir dans face, côté église d'Auteuil, revolver en poche. À plat ventre sur le trottoir opposé, la sentinelle envoie une rafale de mitraillette. Elle atteint Ernest, le blesse au pied. À peu près en même temps, l'explosion retentit dans le car qui va s'écraser contre un platane.

    Ernest blessé, boitant, se dirige vers l'église d'Auteuil. La sentinelle se relève. Non elle ne le poursuivra pas ; à l'angle de la rue Mirabeau et de la rue Wilhem, elle se trouve face à moi, à moins de trois mètres ; je ne lui laisse pas le temps de tirer une deuxième fois sur Ernest ; trois coups de revolver ; elle s'effondre sur le trottoir. C'est alors que la seconde sentinelle s'aventure vers nous, à l'angle de la rue Coret. Elle non plus n'aura pas le temps de tirer. Elle tombera, près d'une blanchisserie, sous les deux coups de mon revolver.

    Les blessures d'Ernest le font cruellement souffrir. Il n'en poursuit pas moins courageusement sa retraite, comme prévu, en contournant l'église d'Auteuil. Il n'en peut plus. Il est à genoux sur le trottoir. Je l'aide à se relever. Et voila que surgissent, intrigués par l'explosion, les coups de feu... et notre attitude, deux agents de police. Ils veulent nous interpeller. Je sors à nouveau mon revolver et les somme très sévèrement de pénétrer derrière une porte cochère, au 3, rue Leconte de Lisle, que je referme aussitôt derrière eux. J'entends encore le bruit sec de la porte claquant comme j'ai présente l'image des agents avec leur cape, semblables à de sinistres oiseaux.

    Pendant que je suis occupé avec les flics, Rayman doit maintenant soulever le blessé. Trop tard, Ernest ne peut pus marcher. Pour ne pas tomber entre les mains des nazis, il se tire une balle dans la tête. Rayman me rejoindra ; la gorge serrée, il me dit "c'est fini". Aucune parole ne peut sortir de nos bouches.

    Nous sommes à la sixième ou la septième minute après l'explosion. les sirènes rugissent, le quartier va être quadrillé d'un instant à l'autre par les forces de répression. Il nous faut fuir. Nous descendons les marches du métro à la station Église-d'Auteuil au moment où un officier allemand les remonte. Il ignore ce qui vient de se passer et ne soupçonne pas ces deux hommes apparemment inoffensifs. Rayman me souffle : "On l'abat ?" - "Non ; le quartier est cerné, si on fait un attentat ici, on sera forcément pris dans les couloirs du métro."

    Nous nous engouffrons dans la première rame et allons jusqu'au Châtelet. Lucienne nous attend sur un banc de la station. L'air indifférent malgré notre détresse, nous nous asseyons à côté d'elle, comme n'importe quel voyageur. Discrètement nous glissons dans son filet à provisions nos revolvers emballés dans un morceau de journal. Elle disparaît aussitôt dans la foule.

    Avec tristesse nous nous quittons, Rayman et moi, encore bouleversés par le geste d'Ernest. C'était un garçon d'une grande douceur, il parlait avec enthousiasme de Paris, de la nature, de la montagne, des enfants...

    Il a donné sa vie par amour de la vie.

    Ernest vivait la clandestinité dans une solitude encore plus grande que nous tous. Il mourait de faim. Moi, de temps en temps, je pouvais aller chez mes parents (qui ne savaient pas où j'habitais), lui n'avait personne. Ma mère trouvait toujours quelque chose à me donner à manger : des pommes de terre, du yaourt. Un géorgien qui habitait dans l'appartement en dessous en fabriquait lui-même, c'était une chose rare à l'époque. Un jour que nous avions rendez-vous près du bassin du Luxembourg, j'avais dit à Ernest : "Viens avec un pot, ou un bol." En douce, j'ai apporté ce pot chez mes parents, je l'ai empli de yaourt, et j'ai chipé un morceau de pain et une cuiller ; j'ai apporté le tout à Ernest. C'était la première fois qu'il mangeait du yaourt. "C'est bon, qu'est-ce que c'est ? - C'est oriental." Je ne pouvais même pas lui dire la provenance de mon larcin.

    Sur la façade d'un immeuble, à l'emplacement de l'explosion de la grenade lancée par Ernst Blukoff, une plaque de marbre honore sa mémoire.

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  • LE PROBLÈME DE L'ARMEMENT

    Si dès 1941 des francs-tireurs MOI ont pu exécuter des actions armées, c'était avec un matériel de fortune. Des pertes furent causées par la médiocrité de leur armement ; les armes mises à l'abri en 1940 par des patriotes ayant refusé d'obtempérer à l'ordre de réquisition, puis déterrées après plusieurs mois, étaient souvent rouillées et ne fonctionnaient pas au moment critique des combats. Souvent, ils ne possédaient pas les balles correspondant au calibre des revolvers récupérés sur des soldats allemands.

    La fabrication de bombes et d'explosifs leur posa aussi des problèmes : les produits chimiques étaient rares, ainsi que les matériaux indispensables à leur préparation. Il n'y avait ni laboratoire ni local secret afin que les chimistes puissent y travailler tranquillement et en sécurité. Plusieurs accidents eurent lieu lors de manipulations d'engins explosifs, faisant des morts et compromettant en même temps leur famille. Une explosion accidentelle se produisit ainsi rue Geoffroy-Saint-Hilaire dans le 5ème arrondissement.

    Dans le 14ème arrondissement, rue Daguerre, un attentat se transforma en tragédie. Un franc-tireur avait allumé la mèche d'une bombe fabriquée artisanalement pour la lancer sur une colonne de soldats allemands. À cet instant, une femme portant un enfant s'apprêtait à traverser la rue. Voulant éviter d'en faire des victimes, le franc-tireur essaya d'éteindre la mèche, mais il était trop tard ; la bombe explosa dans ses mains et il fut déchiqueté sur place.

    Ce n'est qu'au début de 1943, nous l'avons vu, que nous sont fournies les premières armes, et en quantité insuffisante : le 17 mars 1943, à Levallois-Perret, nous n'avions qu'un revolver pour trois. Le 29 mars à Asnières, Jules Simon a été arrêté puis fusillé, faute d'un revolver qui lui aurait permis de forcer un barrage.

    À l'époque, les alliés parachutaient des armes aux groupes de résistance gaullistes, mais les refusaient aux formations des francs-tireurs. Il a fallu des pressions et des protestations de la part des responsables nationaux des FTP pour obtenir en avril 1943 une livraison de grenades, une demi-douzaine de revolvers automatiques et quelques mitraillettes avec leurs munitions, des bâtons de dynamite ainsi que des crayons détonateurs à retardement.

    Dans son livre Les FTP, Charles Tillon, responsable national des FTP, écrit :
    "Sur des centaines de parachutages pratiqués en France, six seulement furent officiellement autorisés par le BCRA aux FTP qui pourtant grouperont, en août 1944, 50% des Forces françaises de l'intérieur."

    Il faudra attendre le mois de mai 1943 pour que les services secrets débloquent enfin un lot suffisant d'armes ; c'est pourquoi à partir du début de juin la lutte deviendra incessante.

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  • LA PÉRIODE DES DÉRAILLEMENTS

    mercredi 17 mars

    Les opérations des sabotages sur les voies ferrées se faisaient en collaboration avec les résistants cheminots. Les cheminots informaient le commandement des FTP de la région parisienne du passage des convois militaires importants et indiquaient l'endroit propice. Pour provoquer le déraillement, les francs-tireurs devaient écarter les rails sur une longueur de 6 à 10 mètres et placer une charge d'explosifs. L'explosion se produisait après le passage de la locomotive et des deux premiers wagons, ce qui laissait le temps aux mécaniciens, prévenus à l'avance par leurs collègues, de sauter hors de la locomotive avant l'accident.

    Comme nous l'avons vu, depuis la réorganisation militaire et technique de notre réseau, la responsabilité des sabotages sur les voies ferrées est confiée à Joseph Boczov, trente-huit ans. Il a combattu en Espagne dans les Brigades internationales. juif de Transylvanie, né en 1905, Joseph avait été chimiste. Responsable communiste en Roumanie, il y a lutté pendant plusieurs années contre le régime fasciste. D'apparence calme et réfléchie, il inspirait confiance. Il avait une parfaite connaissance des choses et savait prendre des décisions rapides. Je l'ai souvent rencontré pendant les rendez-vous préparatoires des actions et j'ai participé avec lui, avec mon groupe, au déraillement sur la ligne Paris-Verdun dans la nuit du 12 au 13 août, près de Châlons-sur-Marne.

    Pour connaître les qualités exceptionnelles de cet homme, il fallait vivre avec lui dans des conditions dangereuses et voir comment, pour préserver la vie des hommes, il déjouait les pièges tendus par les allemands. La suite des événements montrera ses qualités militaires, car en l'espace de quatre mois seulement, quatorze convois militaires allemands ont subi des dégâts importants.

    Sous sa responsabilité, les premières tentatives de déraillement commencent début juin. Toutes ne furent pas des succès. Des quatre menées en juin, une seule fut considérée comme réussie. : celle effectuée entre le 4 et 7 juin sur la ligne Paris-Dreux. Les raisons de ces trois échecs ont été analysées et attribuées principalement au manque d'un matériel efficace pour le déboulonnage des écrous reliant les rails aux traverses.

    Ensuite l'éloignement de Paris du lieu désigné pour le déraillement (50 à 160 km) posait un problème financier de déplacement et multipliait les dangers encourus sur le parcours : l'équipe devait voyager dans le même train, donc courir le risque, à tout instant, en route ou pendant un arrêt en gare, d'être contrôlée par la police. Le matériel et les armes, camouflés avec les casse-croûte dans des sacs de camping, pouvaient être découverts. À la sortie des gares on procédait souvent à des vérifications d'identité et à des fouilles de bagages.

    À cela s'ajoutaient d'autres difficultés : l'équipe ne disposait par exemple que d'un jour ou deux pour préparer l'opération de sabotage, les cheminots ne pouvant lui fournir plus tôt les renseignements sur le passage de convois allemands. L'urgence des messages obligeait alors à un départ précipité ; l'équipe devait se mettre au travail dès son arrivée sur les lieux, sans avoir eu le temps d'étudier au préalable la topographie, l'emplacement des postes de garde disséminés le long de la voie.

    Arsène Tchakarian

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    Par contre, depuis le début de l'été 1943, les allemands étaient obligés d'effectuer leurs transports entre minuit et cinq heures du matin, car l'aviation alliée bombardait et mitraillait quotidiennement les convois militaires, les gares de triage, les nœuds ferroviaires, les ponts. Et la nuit est propice au travail de sabotage.

    Joseph a donc profondément étudié toutes ces données. Du 15 juin au 10 juillet, il a organisé deux équipes de quatre à six hommes. Dans le même temps, des cheminots travaillant dans les ateliers de réparation de la SNCF lui avaient fourni un matériel neuf, efficace, et enseigné également la technique du travail sur les rails.

    À partir du 5 juillet, il maintient en alerte permanente une de ses équipes prêtes à intervenir à tout moment. Lorsqu'il recevait une information des cheminots, il partait aussitôt seul sur les lieux indiqués, choisissant l'endroit favorable et étudiant sur place le plan de l'opération de déraillement. Ensuite, il retournait à la gare rejoindre l'équipe venue de Paris et la conduisait au point d'opération. Cela pour les cas urgents. Sinon Joseph rentrait à Paris et refaisait le voyage avec ses hommes.

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  • DÉRAILLEMENT SUR LA LIGNE PARIS-VERDUN

    nuit du 12 au 13 août

    Texte du communiqué : "quatrième détachement : déraillement manqué dans la nuit du 12-13 août ; six partisans armés de pistolets et d'outillage nécessaire ont travaillé pendant deux heures près de la gare de Maison-Rouge, et n'ont pas réussi à obtenir un résultat positif. Ils ont quitté l'endroit sans finir le travail.

    La direction du détachement, après avoir longuement discuté avec les camarades, a attribué cet échec aux causes suivantes :
    - c'est la première fois que l'équipe sortait sans le chef de détachement ;
    - il leur manquait l'esprit d'initiative et de persévérance, l'orientation dans le travail et un meilleur usage des outils.

    Après une saine et énergique autocritique, l'équipe s'est engagée sur l'honneur à ressortir aussitôt et à faire une action pleinement réussie."

    Il est probable que, lors du classement des manuscrits retrouvés après la Libération, le libellé du communiqué ci-dessus a été confondu avec un autre. En effet l'action menée sous la direction de Joseph Boczov dans la nuit du 12 au 13 août a été pleinement réussie en dépit des difficultés rencontrées. Ayant participé à cette opération je puis, à quelques détails près, la relater.

    Le matin du 11 août, Manouchian me signale que dans la nuit du 12 au 13 doit être exécuté un sabotage sur la ligne Paris-Verdun, un convoi militaire devant l'emprunter en direction de l'Allemagne.

    Le déraillement doit avoir lieu à une dizaine de kilomètres à l'est de Châlons."Maintenant, ça va arriver de plus en plus souvent.

    Aux prochaines grandes marées d'équinoxe, en septembre, les anglais et les américains peuvent débarquer en France. Il faut multiplier les déraillements. Il faut gêner au maximum les transports allemands, désorganiser leur trafic. Tu vas te joindre à l'équipe de Boczov avec 10050 et 10051" (Diran Vosgueritchian et Arpen Tavitian, d'origine arménienne, m'avaient été présentés début juillet par Manouchian).

    La veille, Bocsov m'avait expliqué son plan : "tu comprends, pour réussir le coup, il faut être nombreux. Missak est d'accord."

    Jeudi 12 août. 13 heures. À proximité de la gare de l'Est, les deux équipes sont prêtes, bleus de travail, sandwiches dans les musettes. Le groupe de Bocsov, Tamas Elek et Moska Fingerewajg, transporte l'outillage pour le déraillement et deux revolvers pour notre défense. Après un entretien de cinq minutes, Bocsov me remet les billets de voyage et, suivant le scénario des expéditions précédentes, nous gagnons un par un le quai de départ pour prendre place dans nos compartiments, les deux groupes voyageant dans des wagons différents.

    Après quatre heures de voyage, nous arrivons à la gare de Châlons et, toujours selon les consignes de sécurité, nous sortons un par un pour gagner la campagne. Un rendez-vous est fixé à trois kilomètres hors de la ville, en lisière d'une forêt, le long de la nationale 77 qui va de Châlons à Suippes.

    La section est maintenant réunie au complet. Avec sa bienveillance, Bocsov nous recommande "suivez-moi, assez loin l'un de l'autre. Mettez vos pas dans mes pas. Parlez tout doucement, même quand on sera au milieu de la forêt." Il n'avait pas besoin d'employer un ton de commandement. Nous le sentions dans son élément. Rien ne lui échappait. Nous avions confiance en lui.

    Après 6 kilomètres d'une marche à vive allure, une halte d'une heure est la bienvenue. Brocsov me remet l'un des deux revolvers avec un chargeur de rechange.

    À 22 heures, nous reprenons notre marche sous une légère pluie, jusqu'à proximité de la ligne de chemin de fer. Une baraque forestière garnie de paille nous fournit un abri pour manger un peu. "Voyez, y-a tout le confort !" Étant désigné comme défense, je prends la garde à l'extérieur.

    Vers minuit, la marche reprend jusqu'à 200 mètres du lieu prévu pour le déraillement. Le silence que nous nous imposons, dans la nuit, enveloppés par la forêt, nous fait percevoir chaque minuscule bruit : une brindille qui tombe, le vol d'un oiseau de nuit, le plus léger souffle de vent dans les branches. La forêt, elle, n'est pas silencieuse. Tout notre être se trouve en intimité avec l'immense nature. Inconsciemment, nous nous adaptons à elle. L'instinct nous gagne des animaux qui la peuplent : l'oreille tendue à l'extrême, le regard forçant l'obscurité, le pied sachant éviter la branche morte qui craquerait sous nos pas. Dans ce silence, le moindre bruit pourrait nous trahir.

    Le temps s'éclaircit maintenant. À cet endroit, la voie ferrée se trouve sur un talus d'une hauteur d'environ 10 mètres et amorce un virage sur 50 mètres.

    Bocsov décide de détacher une dizaine de traverses pour écarter les rails vers l'extérieur, dans le sens du virage et du ravin ; ainsi la locomotive entraînera dans sa chute plusieurs wagons en bas.

    Les hommes commencent à déboulonner les rails. Bocsov et moi, revolver en poche, surveillons les alentours. Vers 1 heure du matin, les écrous dévissés et graissés sont remis en place. La lune éclaire maintenant comme en plein jour. C'est à ce moment que tintent sur les rails les coups de marteau des gardes-voies. Aussitôt, les hommes se glissent en bas du talus et s'abritent 30 mètres plus loin dans les bois. Bocsov et moi restons à 3 mètres de la voie, cachés derrière les broussailles. Les pas des gardes-voies se rapprochent. Moins de dix minutes plus tard, ils sont tout près de nous.

    Nous retenons notre respiration, immobiles, le revolver braqué sur les deux silhouettes, d'une netteté inquiétante dans le clair de lune.

    Un bruit de pierre roulée résonne dans l'immobilité de la nuit.

    Halte brusque des deux gardes. ils scrutent tout autour. Immobilité absolue. Le temps semble arrêté. "Ce doit être un lièvre." Le silence brisé, la vie reprend. Ils allument une cigarette et continuent leur chemin, continuant à frapper le rail de temps à autre. Le lièvre, c'était un faux pas de l'un de nos compagnons. Nous évaluons qu'ils se sont éloignés d'environ un kilomètre. Les deux équipes peuvent sortir de leur cachette et déboulonner définitivement, très vite car l'incident nous a retardés. À présent, toutes nos forces sont réunies pour essayer d'écarter le rail. Il résiste. "On l'aura bien !" En quelques secondes, Boczov déboulonne une dernière traverse. L'acier cède et le rail s'écarte enfin de cinquante centimètres environ.

    1 h. 45. Depuis dix minutes le travail est achevé ; au loin le train se fait entendre. Nous ramassons le matériel et nous abritons à deux cent mètres, prêts à battre en retraite.

    La locomotive siffle avant le tournant, ralentit sa vitesse à 30 km/h, à l'endroit même de la rupture. Dans un fracas infernal de ferraille écrasée, de vapeur lâchée, elle dégringole dans le ravin, suivie d'une dizaine de wagons qui s'écrasent convulsivement, s'entrechoquent, rebondissent les uns sur les autres. On entend les cris des allemands.

    Il ne faut pas s'attarder. La marche du retour en file indienne commence. "Vous avez vu le gars ce qu'on a fait avec nos outils ? Mieux que des avions avec des bombes !"

    Vers 6 heures du matin, nous arrivons dans une petite gare et montons dans une des deux wagons de voyageurs accrochés à un convoi de marchandises. Le train s'arrêtera presque à chaque station, si bien que nous n'arriverons à Paris que vers 14 heures.

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  • AVENUE DES MOULINEAUX
    À BOULOGNE-BILLANCOURT

    mercredi 25 août

    Pendant les années d'occupation, les usines Renault à Billancourt fabriquaient des chars d'assaut pour l'armée allemande, ce qui leur conférait une importance stratégique attestée par le nombre de sentinelles affectées à leur garde. Ces sentinelles étaient transportées par camions militaires bâchés.

    Début août, Manouchian me demande si on peut s'attaquer à ces camions. Pendant quelques jours, je vais sur place observer ce transport de troupes. Chaque jour, une dizaine de camions venant de la porte de Saint-Cloud arrivent vers 11 h 30 sur l'avenue des Moulineaux (aujourd'hui avenue Pierre Grenier) à Boulogne-Billancourt, mla traversent et tournent à droite quai de Billancourt pour entrer dans l'usine. Les camions se suivent à intervalles de cinq ou six minutes. Le retour des convois se fait par le même chemin entre 12 h 45 et 13 h 15. J'en déduis que certains des camions transportent des sentinelles pour la relève des postes de garde, et que d'autres apportent les repas des troupes, ce que les observations suivantes me confirmeront.

    À la sortie de l'usine les gardes contrôlent au passage chaque camion, faisant l'appel nom par nom des soldats qui sortent en présentant leur laissez-passer. Cette vérification dure de trois à cinq minutes, d'où l'intervalle de temps qui sépare les véhicules au départ.

    Pendant la préparation du plan d'attaque, je cherche la faille du système de l'adversaire. Et la faille, c'est précisément cet intervalle entre chaque véhicule. Si les camions sortaient sans interruption, il n'y aurait pas moyen d'attaquer l'un sans être vu au moins du suivant qui viendrait lui prêter main-forte. Un camion isolé, ne serait-ce que pendant trois à cinq minutes, est plus vulnérable. Difficulté : comment s'assurer que le camion choisi pour cible transporte bien son chargement de troupes ?

    Je demande à mon ami Diran Vosgueritchian de m'aider. Placé à 200 mètres de l'avenue des Moulineaux, il vérifiera ce qu'il y a sous les bâches et nous le fera savoir. Le 23 août, j'emmène Manouchian avec moi, je lui expose en détail mon plan d'attaque. "C'est réalisable", dit-il. Donc d'accord pour la date du 25 août, et le lieu, à l'angle de la rue de Seine et de l'avenue des Moulineaux. Le lendemain 24 août, je fais visiter les lieux à mes camarades qui doivent mener l'action, leur expliquant leur rôle et leur demandant s'ils veulent apporter des modifications au plan. Ils sont d'accord.

    On prend rendez-vous pour le lendemain, même endroit, 12 h 45. Jour J. Quelques minutes avant 12 h 45, j'avais rencontré Olga Bancic de l'autre côté de la Seine, dans un endroit calme près d'une usine Elle m'avait remis deux grenades et un revolver. J'ai traversé la Seine et retrouvé mes trois compagnons au rendez-vous fixé, assis sur un petit escalier dont la dernière marche arrivait au ras de l'eau. On se répartit les armes et chacun gagne son poste. Diran Vosgueritchian guette les camions qui sortent de l'usine quai de Billancourt, tournent à gauche pour emprunter l'avenue des Moulineaux. C'est au coin de la rue de Seine que nous attendons, 200 mètres plus loin. Arpen Tavitian doit jeter la grenade à mon signal. Je me tiens à quelques mètres de lui, revolver en poche pour le protéger. À 30 mètres de nous, Henri Karayan, deuxième défense, grenade en poche, a en plus la garde des trois vélos pour la retraite. L'action ne doit pas durer plus de trois minutes.

    12 h. 45 : un camion passe avec deux soldats, puis un deuxième... Vosgueritchian traverse l'avenue, jetant son imperméable sur son épaule. C'est le signal. Le camion approche. Je fais un signe à Tavitian. Il prépare sa grenade, descend calmement du trottoir, comme pour traverser l'avenue à hauteur du camion, et là, en un geste calculé et rapide, la jette à l'intérieur par l'arrière du véhicule. Vite, il revient vers nous.

    Le camion, lui, roule encore sur une cinquantaine de mètres. À ce moment, deux personnes s'approchent de Karayan et lui demandent ce qu'il fait là avec trois vélos. Pensant avoir à faire à la police, il dégoupille vivement la grenade en intimant aux hommes l'ordre de s'éloigner immédiatement. À l'instant même, le fracas de l'explosion du camion fait disparaître nos deux inconnus à toutes jambes.

    Cette alerte a cependant obligé Karayan à jeter la goupille de sécurité de sa grenade ; il doit maintenant la tenir très ferme d'une main et le guidon de son vélo de l'autre. Avec Tavitian et moi, il pédale avec peine sur le chemin prévu pour la retraite : quai du Point-du-Jour, pont de Billancourt, île Saint-Germain. Là, j'avise des chiffonniers et leur demande un clou ; avec ce clou, je bricole une sécurité de remplacement pour la grenade ; maintenant il n'y a plus de risque. "Bravo ! me dit Karayan, il était temps que je me dégourdisse, j'avais une de ces crampes, ma main était toute crispée sur cette maudite grenade."

    Nous continuons à rouler ensemble jusqu'au deuxième pont à Issy-les-Moulineaux. Quatre minutes sont passées depuis qu'Arpen a jeté sa grenade sur le camion. "Plus qu'une minute pour filer." Je récupère la grenade et nous nous séparons. Il était temps. Les sirènes de Boulogne-Billancourt hurlent l'alerte. Mais la retraite, malgré ces incidents, a bien fonctionné. Nous sommes hors du périmètre quadrillé par l'armée et la police.

    Arsène Tchakarian

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    Olga m'attend à Issy-les-Moulineaux. Je lui remets les armes. Elle les camoufle aussitôt dans son sac à provisions, sous ses légumes, et disparaît.
    Et je continue à pédaler, cette fois moins allégrement, car la route monte dur par les hauteurs de Clamart bjusqu'au bois de Maudon où m'attend Manouchian. "Mission accomplie !"

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  • L'EXÉCUTION DE JULIUS RITTER

    mardi 28 septembre

    Pour la postérité, Julius Ritter reste - tristement - le haut responsable allemand en France du STO. Comment et pourquoi ce service ? La guerre povoquée par les nazis se prolonge depuis plusieurs années. Tous les hommes valides en Allemagne sont mobilisés sur les différents fronts d'Europe et d'Afrique. L'Allemagne manque d'ouvriers pour faire tourner ses usines d'armement : les prisonniers de guerre et les déportés constituent une main-d' œuvre nombreuse et gratuite, mais insuffisante pour répondre aux exigences de cette guerre de plus en plus cruelle. Les nazis prélèvent donc de la main-d' œuvre dans les territoires occupés, sous la responsabilité, depuis mars 1942, du gauleiter Fritz Sauckel.

    En France, grâce à la collaboration du gouvernement de Vichy, un arsenal législatif et administratif est mis en place de juin 1942 à février 1943, date à laquelle est instauré le STO. Depuis le début de cette année, le délégué de Sauckel en France est Julius Ritter. Ses bureaux sont installés à la Chambre des députés. Son service rayonne sur toute la France, tandis que la réquisition de main d'œuvre pour l'Allemagne devient une activité essentielle du gouvernement de Vichy.

    Cette astreinte au travail obligatoire a grandement contribué à renforcer les rangs de la Résistance. Nombre de jeunes dont le sentiment patriotique n'avait pas encore trouvé à s'exprimer se trouvaient obligés de prendre une position : ou accepter la déportation, ou entrer dans la clandestinité. des milliers disparurent "dans la nature" pour réapparaître lors du débarquement en Normandie, des milliers d'autres entrèrent immédiatement dans la lutte contre l'occupant.

    Le commandement de la MOI décide de frapper le STO à sa tête. Mal connue encore aujourd'hui, l'exécution de Ritter a eu pour conséquence de déstabiliser le fonctionnement des services allemands de la main d'œuvre. Les fonctionnaires et responsables haut-placés savent que la Résistance leur réserve le même sort. Manouchian mesure l'importance politique et militaire de cette décision, pour cette raison il en confie la réalisation à l'équipe spéciale : Rayman, Kneler et Alfonso.

    Début septembre, il charge plusieurs francs-tireurs, dont moi, de surveiller étroitement les allées et venues de Ritter. Je me rends une première fois sur place un matin. À 8 h 10 une voiture décapotable s'arrête devant le 18 de la rue Pétrarque, puis tourne à gauche vers la rue du Réservoir (aujourd'hui rue du Commandant-Schloesing). Sur la banquette arrière, un homme en civil, le "docteur" Ritter. Son chauffeur est en tenue militaire.

    Le lendemain, je me poste place du Trocadéro, en face du palais de Chaillot : je remarque, traversant la place en direction de l'avenue du Président-Wilson, la même voiture avec ses occupants. Ces indications, et d'autres, permettent à Manouchian et à l'équipe spéciale de préparer clairement leur plan.

    Bien des années plus tard, il m'a été difficile de reconstituer l'événement de manière aussi précise que je l'aurais souhaité.

    J'ai épluché tous les documents possibles et revisité maintes fois le quartier. Suffisamment au courant, je pense qu'il ne pouvait y avoir d'autre solution que celle que j'ai tenté de reconstituer, celle qu'impose la logique, aussi bien pour atteindre l'objectif visé que pour garantir la sécurité de la retraite des francs-tireurs.

    Revenons au 28 septembre 1943. Avant 8 heures du matin, Alfonso et Rayman sont en place dans la rue Pétrarque, là où elle dessine un angle à quatre-vingt-dix degrés. Ils sont à vingt mètres de la voiture attendue. Plus bas, au niveau de l'avenue Paul-Doumer, Kneler, assis sur sa selle, une grenade dans sa poche, garde les deux vélos de ses compagnons.

    À 8 h. 15, la voiture arrive devant la porte en fer forgé du numéro 18 de la rue Pétrarque. Le chauffeur ouvre la portière et Ritter s'installe sur la banquette arrière. La voiture démarre. Avant qu'elle ne pénètre dans la rue du Réservoir, Alfonso s'élance et tire plusieurs balles sur Ritter et son chauffeur. Blessé gravement, Ritter réussit à quitter la voiture pour tenter de se réfugier dans une porte cochère à l'angle des deux rues. Le voyant, Rayman contourne le véhicule par la gauche et achève le criminel nazi.

    Arsène Tchakarian

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    Au bruit, certainement, des fenêtres s'ouvrent. Mais on a à peine le temps le temps d'apercevoir les deux francs-tireurs qui courent, enfourchent leur vélo et sont déjà tous trois dans la rue Vineuse à droite jusqu'à la rue de l'Alboni ; là, Rayman récupère toutes les armes et les remet à Olga Bancic. Elle les enfouit prestement dans son sac à provisions et descend la rue de l'Alboni pour prendre le métro vers la rive gauche.

    Par la rue Raynouard, les trois combattants traversent sans encombre le pont de Grenelle et disparaissent. Depuis la rue Pétrarque jusqu'au pont de Grenelle, l'opération n'a pas duré quatre minutes. Il est vrai, le parcours, tout du long, est en pente. C'est quand même du beau travail !

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  • MONTROUGE

    lundi 18 octobre

    Fin 1942, j'ai dû changer de domicile, selon les consignes de sécurité prescrites en vue du début de l'action armée au printemps 1943. J'avais un ami sûr : Frédéric Navar, agent de police à Montrouge. Nous étions du même régiment d'artillerie, le 182e de Vincennes, et pendant les combats de juin 1940 dans les Ardennes, nous nous étions liés d'une chaude et fraternelle amitié. Son père, Léon Navar, était inspecteur au commissariat de Montrouge : ses sentiments anti-allemands ne faisaient aucun doute. Il me considérait un peu comme son fils, et lorsque je lui ai demandé s'il pouvait me trouver un appartement, prétextant devoir me soustraire au STO, il n'a pas hésité un seul instant. En trois jours, il m'a procuré un petit logement, 26, rue Racine à Montrouge, sans que je sois enregistré au commissariat de mon nouveau quartier comme l'exigeait le règlement administratif.

    De mon nouveau chez moi, au premier étage à droite, j'apercevais tous les soirs vers 2 heures, un homme en uniforme allemand muni d'un brassard marqué "NSKK" (Nationalsozialistisches-Kraftfahrer-Korps). Le motif de sa visite : retrouver sa maîtresse, Andrée Breval, elle-même responsable franciste de la région Sud de Paris, qui demeurait au deuxième étage de mon immeuble.

    Tous les locataires de la maison faisaient grise mine à ce collaborateur lorsqu'ils le croisaient dans les escaliers, tandis que moi je le saluais discrètement, affectant de n'avoir aucune hostilité à son égard. Je faisais de même quand je rencontrais le couple dans la rue, tant et si bien qu'ils m'ont pris en sympathie jusqu'à m'inviter chez Andrée Breval à prendre le café et à jouer aux échecs. J'acceptais avec empressement, d'abord pour sauvegarder ma sécurité ; j'étais clandestin et j'avais intérêt à entretenir les meilleurs rapports avec un ennemi à la présence aussi assidue.

    Ensuite, je pensais pouvoir recueillir par lui des informations intéressantes, ce qui se confirma. Rapidement, j'ai su son nom : Fernand Harry-Pierre, et qu'il était garde du corps de Marcel Bucard, chef franciste. J'avertis alors Manouchian. Il me demanda de le questionner adroitement afin d'obtenir l'adresse de Marcel Bucard, désigné pour être exécuté et qui avait échappé, on s'en souvient, à un attentat. Les hauts dignitaires de la collaboration étaient en effet plus que discrets à cet égard, ils savaient qu'ils avaient à se protéger.

    La maîtresse de Fernand Harry-Pierre avait un mari : Albert Breval. En 1983, j'ai appris par sa sœur qu'il avait travaillé à la Compagnie des compteurs de Montrouge et avait été requis par le STO en Allemagne. Au cours d'une permission, il n'avait plus voulu y retourner et s'était caché chez des amis. C'est là que sa femme l'a dénoncé aux allemands. Le malheureux a été arrêté, torturé, les ongles arrachés, puis réexpédié dans un camp de travail en Allemagne. C'est dans un état squelettique qu'il sera libéré en 1945 par l'armée soviétique. Mais fermons cette parenthèse.

    Je me souviens, c'était le 30 mai 1943, un dimanche soir. Je prenais le café chez Andrée Breval tout en écoutant Fernand Harry ; il m'exposait ses convictions fascistes, sa confiance dans le Führer, sa certitude de la victoire allemande, de la destruction de l'Angleterre, etc. Hypocrite comme il n'est pas permis, je l'approuvais, rajoutant juste ce qu'il fallait pour le mettre en confiance.

    Sa vantardise a eu raison de la prudence : il m'annonça que le 9 ou 10 juin il aurait l'honneur de participer avec la Gestapo à une arrestation dans le XVIème. Les suspects étaient des personnalités importantes d'un réseau gaulliste qui, me dit-il, se réunissaient chaque semaine à la même adresse. Mon sang ne fit qu'un tour, mais je n'en montrai rien. Dès le lendemain, j'ai prévenu Manouchian qui a transmis d'urgence le message à ses chefs hiérarchiques du danger qui menaçait des patriotes. Hélas, toutes ses démarches sont restées vaines ; le contact avec les gaullistes a été impossible.

    Pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas de simple vantardise d'Harry, je lui demandai négligemment lors d'une rencontre suivante si l'arrestation dont il m'avait parlé avait réussi. Il m'a raconté avec fierté ce qui me transperçait le cœur : huit de nos patriotes gaullistes ont été arrêtés et des listes de noms ont été saisies. Continuer de jouer la comédie devant tant d'abjection m'était très dur ; il fallait cependant dissimuler la colère, la douleur qui m'étreignait.

    Le lendemain, je rendis compte à Manouchian de la tragédie. Calmement, tristement, il ordonna l'exécution du traître sans tarder. Mais celui-ci disparut alors pendant deux mois environ ; sa maîtresse m'a confié qu'il était parti près de Lyon s'entraîner dans un camp de miliciens. Dès qu'il réapparut à Montrouge, je demandai à mon camarade Henri Karayan d'accomplir l'ordre d'exécution ; je ne pouvais le faire moi-même, j'étais connu dans le quartier. Henri a préparé son plan, en tenant compte de la proximité du commissariat et de la Kommandantur.

    Harry prenait tous les soirs l'autobus porte d'Orléans pour descendre à l'arrêt Perrier, dans la rue de Bagneux à Montrouge. Karayan, chef de groupe, a choisi de l'exécuter après sa descente de l'autobus, vers 19 heures 45, à mi-parcours de la rue Perrier, beaucoup moins passante à cet endroit. Le 18 octobre, Steva Arias et un portugais, le matricule 10606, ont commencé à le suivre pour l'abattre au moment propice. L'homme, familier des filatures et arrestations, comprend qu'il est suivi et se met à courir vers l'avenue de la République. Rapides, les francs-tireurs le rejoignent à la hauteur du 134 de l'avenue et déchargent leur revolver sur lui. Il tombe à genoux sur le trottoir. Henri, qui lui barrait le passage, l'achève.

    Le surlendemain, j'ai dû, par obligation, participer à son enterrement. J'ai été frappé du nombre d'officiers nazis, de chefs fascistes, de miliciens, de SS (une cinquantaine) rendant les honneurs. Les agents du commissariat barraient la route pour laisser passer le cortège.

    Ce Harry était un personnage encore plus important que je ne le supposais, ce qui me réjouit secrètement, sans me faire oublier la douleur que nous a causé la chute de nos camarades gaullistes. Les habitants de Montrouge cachaient mal leur satisfaction, dans les cafés, dans la rue, en famille.

    Après la Libération, j'ai fait partie du bureau d'épuration qui se tenait dans le bâtiment de l'ex-Kommandantur. L'inspecteur Navar m'a dit textuellement : "J'ai remarqué ta présence au milieu des nazis pendant la cérémonie et j'ai compris que l'exécution du salopard était ton œuvre. Je ne t'ai rien dit, mais quand tu m'as demandé en novembre 1943 un autre domicile, j'ai fait tout pour t'en trouver un au plus vite."

    Depuis, je n'ai pas manqué de faire le rapprochement, sans pouvoir conclure quoi que ce soit, entre les informations que m'avait données Harry et l'arrestation du général Delestraint et de deux de ses adjoints, le 9 juin, aux stations de métro Muette et Pompe. Le départ d'Harry pour Lyon, dont me parla sa maîtresse, fut-il en relation avec la mise en place du filet déjà tendu par Klaus Barbie pour arrêter les principaux dirigeants gaullistes en France, et qui aboutit à l'arrestation de Jean Moulin le 21 juin ? Impossible de le dire. Je note seulement les coïncidences.

    Manouchian et moi-même, en 1943, ignorions bien évidemment l'organisation de la résistance gaulliste, ses services secrets, le nom de ses chefs. Nous avons exécuté Harry parce qu'il s'était vanté de sa participation à l'arrestation de gaullistes.

    Les Francs-tireurs de l'Affiche rouge
    Éditions sociales - 1986
    Arsène TCHAKARIAN
    Officier de la Résistance
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  • II- Petite histoire d'une photographie / Discours de Georges Séguy
    Léon LANDINI

    CONTENU DE CETTE CONTRIBUTION
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  • Petite histoire d'une photographie Imagine l'autre par Jean-Michel CORDIER
  • Demande de distinction honorifique pour grade d'Officier dans l'ordre national de la Légion d'honneur
  • Discours de Georges SÉGUY, lors de la remise de la Rosette de la Légion d'honneur à Léon LANDINI

  • Arsène Tchakarian

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    PETITE HISTOIRE D'UNE PHOTOGRAPHIE
    Imagine l'Autre
    Jean-Michel CORDIER

    Arsène Tchakarian

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    Elle est passée de mains en mains, lors d'une prise d'armes dans les monts du Lyonnais, au maquis Gabriel Péri des Francs Tireurs Partisans de la Main d'Œuvre Immigrée (FTP-MOI), devant le drapeau en berne. On avait fait, m'a-t-on dit, mon éloge funèbre car on me croyait mort. Il paraît que certains pleuraient. Comme tous ne me connaissaient pas, on avait fait circuler cette photo.

    C'était en août 44. Léon Landini avait été arrêté le 25 juillet. Comme personne n'était "tombé" après son arrestation et qu'ils n'avaient aucune nouvelle de lui, ses camarades avaient conclu qu'il était mort sans avoir parlé. Léon, en effet, ne parla pas sous la torture. Mais il survécut. Ce sont des français de la Milice qui l'arrêtèrent, dans la rue, au hasard, avec quatre autres jeunes qu'ils ne connaissaient pas : "la première chose qu'ils firent c'est de se partager l'argent de nos porte-feuilles. Cela en dit long sur leur mentalité". Léon était chef-adjoint d'un groupe de huit combattants du bataillon FTP-MOI "Carmagnole". Leur unité était la plus recherchée par les nazis à qui elle porta des coups terribles. Torturé d'aboprd au siège de la Milice de Lyon, puis, à la Gestapo, toujours par les miliciens français, devant les SS, puis par Klaus Barbie lui-même, le sinistre chef-bourreau de Lyon.

    Il raconte sa libération : "le 24 août j'ai entendu qu'on tirait. C'était ceux de mon groupe qui menaient la bourre aux allemands autour de la prison de Montluc. Le soir même les nazis décrochaient et évacuaient la prison. Accrochés aux barreaux nous chantions "Le Chant du Départ", "La Marseillaise", "L'Internationale". Nous avons défoncé les portes des cellules et nous sommes sortis. J'ai rejoind mon unité sur les barricades.

    Quelques jours plus tard les chars des Forces Françaises Libres de De Lattre entraient dans Lyon. Leur route avait été ouverte par ces jeunes, garçons et filles, qui faisaient la guerre contre les allemands depuis le début, ceux que Barbie chercha toujours. Léon Landini préside l'Amicale "Carmagnole-Liberté", "Carmagnole" était implanté dans la région de Lyon et "Liberté" à Grenoble. Dans ces unités combattaient essentiellement des immigrés de la MOI. Entre Lyon et Grenoble ils ont réalisé plus de 600 actions contre les troupes d'occupation et les forces de la collaboration : "En rejoignant les FTP-MOI nous avons choisi la forme d'action la plus efficace, la plus originale et aussi la plus dangereuse : la guérilla urbaine. Ces groupes furent organisés à partir de l'Organisation Secrète (OS) créée par le Parti communiste français et reconnue comme unité combattante dès octobre 1940. L'OS était commandée par un républicain espagnol, Miret-Must, qui fut décapité à la hache par les nazis".

    Né au Muy (Var) Léon Landini est fils d'un réfugié politique, un anti-fasciste italien qui créa le Parti communiste dans la région de Sienne. Dès 14 ans, il milite contre la présence militaire italienne dans le sud-est de la France. Il distribue des tracts clandestins dans les boîtes aux lettres, colle des affichettes anti-Pétain jusque sur les portes du commissariat de police de Saint-Raphaël, avec Jean Carrara qui sera abattu le 27 mars 1944 lors de combats avec les allemands au dessus de Digne.

    Son frère aîné, Roger, Arnolfo de son vrai prénom, était responsable de la jeunesse communiste du Var. Il réalise fin 1940 son premier déraillement à Fréjus. Il sera Louis au bataillon Carmagnole. En octobre 42, avec Carrara et Alix Maccario, un ancien des Brigades internationales contre Franco en Espagne, Léon Landini fait aussi dérailler son premier train. Il date son adhésion au PCF du 11 novembre 1942 : "Ce jour-là mon frère, Jean Carrara et moi avons porté les armes pour la première fois, pour protéger un rassemblement interdit de 600 personnes devant le monument aux morts de Saint-Raphaël (...)

    J'ai été élevé dans le combat conre le fascisme. Immigrés italiens en France nous faisions l'objet d'insultes racistes que j'ai durement ressenties dès mon enfance. Nous entendions contre nous les mots qu'on entend aujourd'hui contre les arabes, les noirs et les juifs. "Les italiens en France sont une pollution à extirper" lisait-on dans le journal "Gringoire". Ceux qui nous insultaient trahirent la France dans la collaboration avec l'occupant.

    Aujourd'hui Le Pen se revendique de Pétain. Ils n'ont pas changé (...) Nous nous battions pour un autre monde. Nous étions jeunes. Nous ne pensions pas à la mort. C'était une vie très dure. Au delà de 25 ans on était retiré de la guérilla urbaine tant c'était usant. Nous ne nous voyions que pour les actions. Le reste du temps nous vivions totalement isolé dans la ville, avec la peur permanente d'être reconnu et livré, sans contact avec personne. Nos actions ont été décisives".

    Il abattit son premier allemand à Villeurbanne avec Simone, alias Amalfa Mott, d'origine italienne, comme lui. Le père et le frère de Léon furent aussi arrêtés et torturés. Ils ont survécu mais n'ont pas parlé.

    "Aux jeunes d'aujourd'hui je dis que durant l'Occupation notre avenir était bien plus sombre qu'aujourd'hui où pourtant il est noir. La France était écrasée, les résistants une infime minorité. On nous traitait de desperados. En fait nous étions l'espoir. Si les jeunes s'unissent pour faire quelque chose, ils peuvent parvenir à faire reculer bien plus fort qu'eux. On l'a vu avec le Smic-jeune. Ne donnez pas de chèque en blanc. Interrogez-vous sur ce que font vos représentants, vos élus. Sanctionnez-les s'ils vous trahissent".

    Jean-Michel CORDIER

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  • DEMANDE DE DISTINCTION HONORIFIQUE
    'Officier' dans L'Ordre national de la Légion d'honneur
    concernant : Monsieur Léon LANDINI


    Né le 9 avril 1926 au Muy (Var)
    Demeurant : 8, rue du Clos Lapaume 92220 Bagneux

    Distinctions et titres obtenus :
  • Chevalier de la Légion d'honneur (décoré par le Président de la République, le 8 mai 1983 à l'Arc de Triomphe).
  • Médaille de la Résistance.
  • Croix du Combattant Volontaire 1939-1945 (C.C.V.).
  • Caffi n° 8774 - B.R.F.F.C.I. - S.P. - cas du 25.04.1953.
  • Combattant Volontaire de la Résistance (C.V.R.) carte ni 038148 du 3 mars 1954.
  • Carte de Combattant ne 51044 du 5 décembre 1961.
  • Carte d'interné résistant ni 121314347 du 3 juin 1947.
  • Blessé, Grand Invalide de Guerre à 100 %.
  • Décoré par l'U.R.S.S. sur décision du Soviet suprême.
  • Léon LANDINI est issu d'une famille de résistants. (Son père et son frère arrêtés, furent effroyablement torturés par l'OVRA - police italienne - ses 2 sœurs possèdent toutes les deux la carte de Combattant Volontaire de la Résistance (C.V.R.).

    À l'âge de 14 ans, il commence à saboter la propagande vichyssoise et allemande dans la région de Saint-Raphaël (Var), où il réside avec sa famille. (Lacérage des affiches, distribution de tracts, collage de prospectus, inscription à la peinture).

    Le 10 novembre 1942 il participe à une importante distribution de tracts (en compagnie de son ami et camarade, Jean CARRARA, tué le 28 mars 1944 par les allemands lors d'un combat au-dessus de Digne), appelant la population à manifester au monument aux morts afin de commémorer l'Armistice et la Victoire du 11Novembre 1918.

    Le 11 novembre 1942, plus de 600 personnes défilèrent dans les rues de Saint-Raphaël.

    La manifestation étant interdite, avec son frère Roger (dont une rue de Saint-Raphaël porte le nom) et Jean CARRARA (dont une rue de Fréjus porte le nom), ils assurent la protection de cette cérémonie, armés chacun d'un revolver. Ce devait être pour ces trois résistants, la première opération armée, qui devait être suivie par une très longue série d'autres actions militaires.

    Le 12 novembre 1942, les troupes italiennes envahissent la Côte d'Azur. Le groupe de F.T.P.-M.O.I. s'engage alors dans des sabotages et des attaques directes contre les troupes d'occupation.

    Il convient toutefois de rappeler qu'avant cette date, ces résistants s'en étaient déjà pris à l'ennemi.

    En effet, dès fin 1940, RogerLANDINI et Nicolas COMINOTTO font dérailler 8 wagons de denrées alimentaires, destinés à l'Allemagne en gare de triage de Fréjus-plage. (Ce déraillement fut un des tout premiers, sinon le premier déraillement effectué par la Résistance Française).

    En octobre 1942, Alix MACCARIO de Cogolin (Var), Jean CARRARA et Léon LANDINI font dérailler un train de marchandises du côté d'Agay (Var).

    Après l'invasion de la zone-sud les attaques contre l'ennemi s'accélèrent et prirent de l'importance.

    Au début, ce furent les lignes téléphoniques installées par l'armée italienne qui furent sectionnées quasi journellement, mais rapidement les attaques se firent conséquentes.

    Le 26 février 1943, Oscar MARUCCI, Jean CARRARA et Léon LANDINI, sabotent la mine de Bauxite 'Le pélican' à Brignoles (Var). À la suite de ce sabotage, la mine qui produisait du minerai d'aluminium pour l'industrie allemande dû cesser toute production pendant plusieurs jours.

    Le 4 mars 1943, l'ensemble du groupe F.T.P.-M.O.I. fait sauter un baraquement de l'armée italienne à Fréjus-plage faisant plusieurs blessés. Cette action directe, une toute première de la région, fit régner la crainte et la peur chez l'occupant en lui faisant comprendre que la Résistance passait à l'offensive.

    Le 15 mars, Léon LANDINI, Jean CARRARA, José GARCIA et Elfio GIANARDI, déposent une bombe de forte puissance à l'Hôtel 'Bellevue' à Saint-Raphaël, ou festoient 195 ''chemises-noires'' (troupes d'élite de l'armée fasciste). Cette bombe, de fabrication artisanale n'explosa pas, mais elle eut tout de même un grand effet moral sur l'armée italienne, qui allait vivre avec la peur au ventre.

    À la mi-mars 1943, le maquis des Maures est créé (premier maquis de toute la région). Le commandement en est confié à Jean-François ROSSI 'Popaul'. ROSSI, condamné à mort, avait sa tête mise à prix par les nazis de la région parisienne. ('Popaul' s'est caché pendant plusieurs mois dans la famille LANDINI, partageant la chambre de Léon).

    À la mi-mars 1943, les caravaniers italiens, agrès avoir arrêté deux F.T.P.-M.O.I., Oscar MARUCCI et Joseph ZURRU se présentent chez Léon LANDINI pour l'appréhender (Léon n'a pas encore 17 ans). Le commandant des F.T.P.-M.O.I. décide alors de l'éloigner et le mute dans le département de la Creuse, où il rejoint un maquis commandé par Jean-Baptiste VIRVIALLE.

    Son père et son frère, restés à Saint-Raphaël, sont arrêtés par les caravaniers italiens le 12 mai 1943. lls subirent tous les deux d'effroyables tortures. Roger resta 6 heures sans connaissance, ses bourreaux le crurent mort. Lorsqu'il reprit ses sens, il simula la folie, cette comédie dura 4 mois, c'est-à-dire jusqu'à la capitulation de l'Italie.

    Au mois de novembre 1943, les allemands les déportèrent en Allemagne. En cours de route, les LANDINI firent une tentative d'évasion. Après 800 mètres de course, ils furent repris, mais ils étaient bien décidés à retenter leur chance dès qu'une occasion se présenterait. Celle-ci se présenta en effet en gare de Dijon. Grâce à l'aide des cheminots Résistants, ils réussirent après 6 jours et 6 nuits de voyage à rejoindre la Creuse.

    En janvier 1944, après deux mois de repos, Roger reçu comme consigne de se rendre à Lyon, car il était affecté au bataillon F.T.P.-M.O.I. Carmagnole.

    Début mai 1944, son frère Léon le rejoignit. C'est dans cette ville que les deux frères se couvrirent de gloire.

    Les opérations auxquelles ils ont participé se comptent par dizaines.

    Léon participa à de nombreuses attaques, dont certaines défrayèrent la chronique et furent citées par radio Londres. Notamment :
    - l'attaque d'un convoi de parachutistes allemands le juin 1944, faisant une trentaine de morts ou de blessés en plein jour et en plein centre de la ville de Lyon,
    - un communiqué de la gestapo, repris par la presse locale, annonçant qu'une prime d'un million serait offerte à la personne qui permettrait l'arrestation des auteurs de cet attentat.

    Le 16 juin 1944, attaque dégazage Eclair, 70 Quai Perrache à Lyon à 12.30 h. Une trentaine de camions allemands détruits.

    Le 25 juin 1944. Destruction de la gare de Lozanne-Rhône. Toute circulation ferroviaire fut interdite pendant plusieurs semaines.

    Les états de service de Léon LANDINI furent tels, que Charles TILLON, commandant en chef de tous les F.T.P. les publia dans son livre les ''F.T.P.'', page 684. Il a été un des rares combattants survivants à bénéficier d'un tel honneur.

    Il est vrai que rares sont ceux qui peuvent se prévaloir d'un tel palmarès : une quarantaine d'ennemis abattus, plus de 300 véhicules. sabotés, participation à une quarantaine de déraillements, plusieurs centaines de wagons détruits, etc...

    Arrêté par la milice, le 25 juillet 1944, il est torturé. Comme il refuse de parler, il est transféré à la Gestapo, Place Bellecour à Lyon. Torturé à nouveau, il subit une fracture du crâne. Les vertèbres cervicales, le nez et les testicules écrasés. Malgré ses souffrances, il ne lâche pas une seule parole susceptible de mettre en danger ses camarades de combat.

    Interné au Fort Montluc, ses amis le croient mort et organisent au maquis une cérémonie et prononcent une oraison funèbre, après avoir mis le drapeau en berne.

    Le 24 août 1944, il enfonce la porte de sa cellule et s'évade de sa prison. Il s'empresse de rejoindre ses camarades qui se battent dans les rues de Lyon.

    Malgré un état de santé déficient, il est nommé sous-lieutenant et on lui confie le commandement de la 4e Compagnie du bataillon Carmagnole. 180 hommes. Il a 18 ans.

    Le 25 septembre 1944, il est envoyé en convalescence. Il sera démobilisé en février 1946, et partira rejoindre sa famille à Saint-Raphaël. Il est grand mutilé de guerre : à 100 %, À 51 ans, il doit cesser toute activité professionnelles car son état de santé s'est aggravé. Il est hospitalisé. il souffre d'épouvantables vertiges qui lui troublent la vue.

    Malgré son état et ses souffrances, il n'en continue pas moins à se battre afin de préserver et de pérenniser la ''Mémoire de la Résistance'.

    En 1977, il est nommé Président National de l'Amicale des Anciens de Carmagnole Liberté ;

    Depuis cette date, il lutte avec force et détermination. Les manifestations qu'il organise sont toutes de grandes réussites, qui force l'admiration et le respect de ses amis et de ses camarades.

    Avant même d'être Président, il organise en 1967 de grandioses cérémonies commémorant le 25e anniversaire de la création du bataillon Carmagnole. Pour la première fois depuis la libération les survivants de cette unité furent reçu fastueusement dans divers hôtels de ville : Paris, Lyon, Grenoble, Villeurbanne, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Echirolles, Fontaine, St Martin d'Hères.

    En 1977, pour le 35ème anniversaire de Carmagnole, il prépare et réussit de grandioses manifestations, qui comme la précédente connurent un immense succès.

    En 1982, à l'invalidité, il organise et réalise la commémoration du 40e anniversaire du bataillon Carmagnole. Cette manifestation atteignit un lustre et un éclat rarement égalés en région Rhône-Alpes (ci-joint programme des cérémonies et des inaugurations qui eurent lieu à cette occasion). Une plaquette qui eut un grand écho fut éditée à son initiative. Aujourd'hui, 13 ans plus tard, on trouve ce document en tous lieux où s'étudie l'histoire de la Résistance.

    En septembre 1984, la ville de Villeurbanne accueille une exposition préparée par LANDINI. Elle est composée d'une centaine de très beaux panneaux, rappelant : 'La participation des 'Étrangers' aux combats pour la libération de la France'.

    Le vernissage eut lieu en présence de Monsieur le Ministre de la Défense et sous le parrainage du Ministère des anciens combattants. Y assistèrent plus de 600 personnes.

    Quinze ambassades qui avaient eu des ressortissants ayant combattu dans les rangs de 'Carmagnole-Liberté' étaient représentées à la cérémonie. Des délégations d'anciens résistants venues des quatre coins de France et d'Europe honorèrent de leur présence ce vernissage.

    Rarement la région lyonnaise n'avait assisté à un aussi important rassemblement de personnalités.

    La presse, la radio et la télévision nationale rendirent compte de cet événement.

    Le 9 mai 1987, une nouvelle exposition est présentée à Grenoble, la salle mise à la disposition par la Mairie, contenant environ 300 places. s'est avérée beaucoup trop petite, le succès obtenu a surpris les autorités locales, aussi bien que toutes les associations d'anciens Résistants. L'allocution prononcée par LANDINI à l'occasion du vernissage a ému la totalité des participants et nombreux étaient ceux qui ne cachaient pas leurs larmes.

    Dix classes, accompagnées par leur professeur ont visité l'exposition et ont bénéficié, par LANDINI, d'un exposé qui ne pouvait que développer l'esprit civique de ces jeunes élèves.

    La presse locale réserva une belle surface à cet événement.

    Le 18 novembre 1988, toujours organisées par LANDINI, de prestigieuses manifestations eurent lieu en région lyonnaise.

    Un gala exceptionnel fut présenté par le chanteur Jean-Jacques GOLDMAN, en hommage et au bénéfice de l'amicale Carmagnole-Liberté. Monsieur COLLOMB, Maire de Lyon, mit gracieusement la plus grande salle de la ville à la disposition de cette amicale.

    Ce même jour, un square portant le nom de Léon PFEFFER (un des cinq fusillés de la Place Bellecour à Lyon) combattant de Carmagnole, fut inauguré en présence d'une foule considérable et devant les plus hautes autorités.

    Un déjeuner regroupant environ 400 personnes fut offert. Une remise de décoration à des anciens de Carmagnole eut lieu. Une foule estimée à 700 personnes assistait à la cérémonie. Une fanfare militaire et 80 soldats en armes, rendaient les honneurs aux combattants de cette unité.

    Des bas-reliefs en bronze, véritables chefs-d'oeuvre, furent apposés sur la façade du Musée de la Résistance de Vénissieux. Ces bas-reliefs portaient le nom de 94 combattants de Carmagnole-Liberté, morts pour la France.

    Au cours d'une allocution, LANDINI et le Colonel ROL-TANGUY rendirent hommage à tous ceux et toutes celles qui avaient lutté contre le fascisme et le nazisme. Toutes les personnalités présentent avaient été reçues à l'Hôtel 'Mercure' et des véhicules mis a leur disposition par l'amicale Carmagnole-Liberté.

    Seize Ambassades étaient représentées. Le document ci-joint désignant nominativement les personnalités qui ont assisté à ces cérémonies vous permettra de mesurer l'importance de ces manifestations.

    Il est utile de rappeler que les médias français mais également italiens, allemands, hongrois et soviétiques rendirent compte de cet événement.

    À cette occasion, Carmagnole-Liberté fit frapper une médaille commémorative gui fut offerte à de nombreuses personnalités, dont Messieurs les Ministres de la défense et des Anciens Combattants.
    Après deux ans de préparation et de travail, un film-vidéo réalisé en coproduction par l'Amicale Carmagnole-Liberté, l'Université de Toulouse-Le Mirail et l'I.N.A. fut présenté devant 350 personnalités, le 28 octobre 1992, dans les salons de l'Assemblée Nationale. Ce document diffusé en France s'intitule 'Mémoires de Résistance'

    À l'occasion du 50ème anniversaire de la Libération de la France, l'Amicale Carmagnole-Liberté a édité une luxueuse brochure qui rappelle les combats et les sacrifices que consentirent les F.T.P.-M.O.I.

    Cette revue est actuellement diffusée dans les 1.600 collèges et lycées qui participent au concours national de la Résistance. Par ailleurs elle est adressée gracieusement en tous lieux où s'étudie l'histoire contemporaine (Musées de la Résistance, Bibliothèques, Archives municipales, départementales et nationales, etc.).

    Il convient également de rappeler que Monsieur LANDINI intervient régulièrement dans les colloques, conférences, etc. Il participa avec brio le 3 mars 1994 à un colloque-débat sur la Résistance dans les locaux et devant le personnel du Ministère des Anciens Combattants. Son intervention fut très appréciée et Monsieur BARCELLINI, Inspecteur Général, le remercia chaleureusement.

    Le 15 mai 1995, afin de célébrer le 50e anniversaire de la Victoire il a organisé une conférence-débat dans les salons de l'Assemblée Nationale, à laquelle ont participé de nombreux historiens spécialistes de l'histoire contemporaine ainsi que 350 personnes.

    Le même soir, un dîner a réuni plus de 200 personnalités parmi lesquelles 9 Ambassadeurs et 12 représentants d'Ambassade. Cette journée fut placée tous le parrainage de MM.

  • Philippe SÉGUIN, Président de l'Assemblée Nationale,
  • François LÉOTARD, Ministre d'Etat et de la Défense,
  • Philippe MESTRE, Ministre des Anciens Combattants,
  • Jean de BODMAN, Directeur des Fonds d'Action Sociale.

  • Ce très bref curriculum-vit|e devrait vous permettre d'apprécier le travail exceptionnel accompli par le Président de cette Amicale.

    Le grade d'Officier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur serait à nos yeux amplement mérité, tout particulièrement en cette année du 50e anniversaire de la Victoire.

    Monsieur LANDINI est également une personnalité locale. Il est :
  • Président de l'U.F.A.C. de Bagneux,
  • Président de l'ANACR de Bagneux,
  • membre du Comité directeur de l'ANACR des Hauts-de-Seine,
  • membre du Conseil d'Administration du Musée de la Résistance Nationale de Champigny (ce qui lui permet d'accueillir régulièrement les délégations ou les classes qui viennent visiter ce musée).
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  • REMISE DE LA ROSETTE DE LA LÉGION D'HONNEUR

    Discours de Georges SÉGUY

    "Lorsqu'on félicite Léon pour avoir dès l'âge de 14 ans 1/2, commencé à participer à la Résistance, il répond en riant qu'il lui est arrivé comme à Obélix, il est tombé dans la marmite quand il était tout petit. Pour comprendre cette réponse, il convient de relater brièvement bien sûr la saga de cette famille d'antifascistes italiens, de résistants français et de laquelle Charles TILLON, commandant en chef des F.T.P. a écrit :

    'L'admirable Eusebio FERRARI, ne maintenait-il pas pour son temps avec des familles héroïques Comme les GALISSI, les FONTANO, les NEROME, les LANDINI et tant d'autres, l'héritage glorieux des GARIBALDI'.

    Le Père Aristide et son épouse Violette sont tous les deux nés en Italie, à Roccastrada, petit bourg situé en Toscane à une trentaine de km de Sienne.

    Au début des années 1920, cette région était considérée comme très rouge. Le Père LANDINI, secrétaire de la section communiste était adjoint au Maire.

    Malgré de nombreuses tentatives, les fascistes n'avaient jamais pu prendre pied dans cette cité. Déterminés à briser cette résistante, les fascistes décidèrent d'accomplir une opération de terreur contre cette population qui ne demandait qu'à vivre tranquille.

    Le dimanche 24 juillet 1921 à 4.30 h du matin, alors que tout le monde dormait encore, une soixantaine de fascistes venus par camions de la Préfecture de Grosseto, font irruption dans les rues en tirant des coups de feu. Les carabiniers, au lieu d'intervenir, leur servent de guide, leur désignant la demeure des édiles et des personnalités politiques locales.

    Ce fut un véritable massacre ; onze personnes tuées, dix-neuf maisons incendiées, près de 70 personnes blessées, seuls quelques-uns réussirent à s'échapper. La presse portait comme titre "Tragédie à Roccastrada".

    Parmi ceux qui avaient réussi à s'enfuir, il y avait Aristide LANDINI.

    Mécontents d'avoir laissé des survivants, les fascistes revinrent deux fois donner la chasse à ceux qui avaient eu la chance de se sauver. Poursuivi à plusieurs reprises à coups de fusils et de revolvers, Aristide décide de quitter provisoirement l'Italie, convaincu qu'il pourrait bientôt retourner dans son pays. Malheureusement pour lui, il ne put retrouver son village que 24 ans plus tard.

    Le choix du pays qui pourrait l'accueillir fut vite fait. La France de la révolution, pays des droits de l'homme, seule nation au mondé où le fronton des bâtiments publics porte ces trois mots prestigieux : Liberté - Égalité - Fraternité - apparaît alors comme le seul refuge possible pour tous les persécutés.

    Début 1922, après avoir franchi clandestinement la frontière, il va rejoindre des compatriotes qui l'avaient précédé en Lorraine. À peine arrivé, il est embauché comme mineur de fond. Très rapidement, il se rend compte que les travaux les plus pénibles, les plus dangereux et les plus mal rétribués sont réservés aux étrangers. En acceptant ces conditions de travail sans protester, ils portent préjudice aux ouvriers français qui supportent mal de voir ces étrangers travailler au rabais dans des conditions souvent inadmissibles pour eux.

    Homme averti, Aristide prend rapidement conscience de ces problèmes. Il s'engage syndicalement, il devient un militant actif, autant syndical que politique. Il engage les mineurs italiens à participer aux luttes revendicatives aux côtés des ouvriers français. Rapidement, un climat fraternel s'établit et des manifestations conjointes sont organisées.

    En 1924, son épouse, son fils Roger âgé de 10 ans et sa fille Lina âgée de 4 ans viennent le rejoindre, mais son activité militante est remarquée et la police menace de le reconduire à la frontière s'il ne réduit pas son militantisme. Devant cette menace, il préfère mettre une certaine distance entre lui et ceux qui risquent de le remettre entre les mains des fascistes. Ayant appris qu'au Muy, petit village du Var, s'y trouvait une colonie d'italiens originaires de sa province natale, il décide de les rejoindre.

    Sur la Côte d'Azur, il est embauché comme ouvrier bûcheron. Mais là comme en Lorraine, les travaux les plus durs, les plus mal payés sont réservés aux "Macaroni".

    En 1926, Léon vient au monde, suivit en 1927 par Mimi. Bien qu'il ait 6 bouches à nourrir, le Père LANDINI continue son activité militante et il est un des responsables régionaux de la M.O.E. (Main d'Œuvre Étrangère).

    En 1930, Roger, alors âgé de 16 ans, adhère aux jeunesses communistes. Il se fait remarquer par ses qualités d'organisateur et par son ardeur revendicative dans l'entreprise où il travaille et c'est à son tour d'être menacé d'expulsion. Devant ce danger, la sagesse recommande de quitter cette région et voilà toute la famille partie à Waziers dans le Nord où se trouve déjà un cousin d'Aristide. Le Père et le fils sont tous deux embauchés comme mineur de fond.

    Au début des années 30, la situation économique est très difficile. Les grèves succèdent au manifestations. Les gardes mobiles à cheval chargent les manifestants. Des heurts violents faisant plusieurs blessés ont lieu. Parmi les jeunes qui se battent courageusement, les policiers ont repéré Roger. Ce dernier apprend qu'un mandat d'expulsion à son encontre est en préparation dans les locaux de la Préfecture. Dès le lendemain, il prend le premier train qui le ramène au Muy. Le temps de ramasser leurs quatre hardes et voici à nouveau toute la famille en route pour le Var.

    En 1936, les LANDINI prennent en gérance une épicerie. Si ce n'est pas la richesse, il y a toujours de quoi manger et cela leur permet d'accueillir de nombreux clandestins. Parmi ceux qui cherchèrent refuge dans cette famille, il y eut Palmiro TOGLIATTI, ainsi que de nombreux volontaires pour les brigades internationales qui faisaient une halte dans le Var avant de partir en Espagne.

    Léon et Mimi apprennent très jeunes les rudiments de la clandestinité. Ils savent qu'ils ne doivent parler à personne des hommes qui se cachent chez eux.

    En 1939, après la défaite de l'armée républicaine en Espagne, des familles entières, fuyant les armées fascistes, cherchent asile sur le sol de notre pays. Un millier d'hommes, de femmes et d'enfants est parqué par les autorités françaises dans un camp situé à quelques km du Muy. Les conditions d'hébergement et de nourriture sont lamentables. La population fut invitée à déposer à l'épicerie LANDINI tout ce qu'elle pouvait afin de soulager la détresse de ces pauvres malheureux.

    Souhaitant remettre directement les produits de la collecte aux réfugiés, Roger, sans autorisation, pénètre a vec une camionnette à l'intérieur du camp et distribue aux intéressés toutes les marchandises que les gens du Muy avaient offertes. À la sortie du camp, il est arrêté par la police et un mandat d'expulsion lui est signifié. Informée de ce qui se passe, la population locale réagit vivement. En 48 heures, à l'initiative du Parti Communiste, 4.500 signatures protestant contre cette expulsion sont récoltées et déposées à la Préfecture de Draguignan. Devant cette levée de boucliers, le Préfet transforme l'expulsion en assignation de résidence.

    En 1939, lorsque la guerre éclate, Aristide et Roger s'engagent comme volontaires dans l'armée française. Aristide trop âgé n'est pas retenu, mais Roger, chauffeur de poids lourds est requis pour conduire les camions. Renvoyé dans ses foyers après l'armistice de 1940, il rejoint sa femme et sa fille à Saint-Raphaël, ainsi que le reste de la famille. Peu de temps après, la police française vient perquisitionner leur domicile et Roger, connu comme secrétaire de rayon des jeunesses communistes est arrêté. Après 48 jours de prison à Draguignan, il est relâché. À peine libéré, il regroupe autour de lui ses camarades et organise immédiatement la Résistance.

    Fin 1940, il participe à un déraillement de 8 wagons de denrées alimentaires destinées à l'Allemagne.

    Début 1941, toute la famille, jeunes et vieux, s'engage dans la Résistance. Le pavillon des LANDINI devient le point de chute de tous ceux qui se revendiquent de la Résistance. Prenant d'énormes risques, ils accueillent chez eux, aussi bien les responsables du P.C.F., de la M.O.I., des F.T.P.F. que des F.T.P..M.O.I. Tous savent que malgré des restrictions draconiennes, ils pourront toujours partager le maigre repas et trouver un lit pour se reposer.

    En février 1943, le premier maquis des Maures est créé par les F.T.P.F. C'est Mimi, âgée de 15 ans et 1/2 qui est chargée d'assurer tous les contacts entre les maquisards et leur direction régionale. Lina et Gaby, l'épouse de Roger, assument régulièrement toutes les missions qui leur sont confiées (aussi bien le transport de documents que d'armes ou d'explosifs). Après plusieurs attaques contre les troupes d'occupation italiennes (que mon ami et camarade Roger COUTAREL va évoquer dans quelques instants), les carabiniers essaient d'arrêter Léon qui n'a pas encore 17 ans. Décision est prise de le mettre hors de portée. Mais devant le danger d'arrestation grandissant, c'est toute la famille que l'on éloigne. Seuls Aristide et Roger restent à Saint-Raphaël pour continuer le combat.

    Mais un mois plus tard, le 12 mai 1943, ils sont pris tous les deux par une escouade de carabiniers italiens. Afin de les faire parler, on leur fait subir d'effroyables tortures. Devant leur mutisme, on leur fait boire un litre de pétrole, manger un kg de sel. À Roger, comme non seulement il ne parle pas mais qu'il les insulte, ils lui font subir le supplice du casque. Tout le cuir chevelu explose, il s'écroule et reste 6 heures dans le coma. Quand il reprend connaissance, il simule la folie.

    Déportés en Allemagne en novembre 1943, ils s'évadent pendant le voyage et grâce à l'aide des cheminots résistants, après 6 jours et 6 nuits de voyage, il arrivent à rejoindre toute leur famille en Creuse.

    Pendant leur internement, les choses ont beaucoup changé. Chaque membre de la famille fait partie intégrante de la résistance limousine. Le petit village du Monteil où ils habitent est devenu un lieu de refuge où se retrouvent régulièrement les commandants régionaux et internationaux des F.T.P.F.

    Les responsables du P.C.F. demandent à Roger, que tenant compte de son âge (30 ans) et de son expérience, il serait particulièrement utile aux F.T.P.-M.O.I. qui pratiquent la guérilla urbaine. Début janvier 1944, il rejoint les combattants de Carmagnole à Lyon. Son courage et son esprit d'initiative sont très appréciés et il est rapidement promu adjoint au chef de détachement.

    À partir du 6 juin 1944, il commande en second le maquis 'Gabriel Péri' qui regroupe près de 300 combattants. Le 2 mai 1944, Léon vient le rejoindre. C'est à Lyon que les 2 frères par leur courage et leurs états de service exceptionnels s'attirent le respect et l'affection de tous leurs camarades.

    Le 25 juillet 1944, Léon est arrêté à son tour par des hommes à la solde de la Gestapo. Ses camarades le croyant mort organisent une cérémonie funèbre et mettent le drapeau en berne. Roger repart en Creuse pour annoncer la triste nouvelle à la famille. La mère LANDINI respectant les vieilles traditions italiennes, se met en deuil et fait teindre en noir tous ses vêtements.

    Le commandant régional des F.T.P.F. demande à Roger de reprendre immédiatement le combat et le nomme Capitaine. Il est l'adjoint du Commandant LEMASSON, responsable du Sous-secteur C à Aubusson. Fin septembre 1944, alors que toute la famille le croît mort, voici que Léon débarque au Monteil. L'émotion et la joie de ce retour inattendu sont indescriptibles. Un vrai moment de fête !

    En novembre 1944, toute la famille rentre à Saint-Raphaël, à l'exception de Léon, qui à cause des tortures subies, traîne d'hôpital en hôpital jusqu'au février 1946, date de sa démobilisation avec le grade de Sous-Lieutenant. En rentrant, ils trouvèrent le pavillon dans lequel ils habitaient entièrement dévasté par l'occupant. Il ne leur restait plus rien.

    C'est une nouvelle vie qui recommençait. Léon et Mimi dirigent l'union de la Jeunesse Républicaine de France, Lina et Gaby militent à l'Union des Femmes de France. Roger devient secrétaire de la section du P.C.F. et Président de l'A.N.A.C.R. Malgré de nombreux titres :
    - Lieutenant homologué au Journal Officiel,
    - Interné de la Résistance et évadé,
    - Invalide de guerre,
    - Une épouse et deux enfants français,
    En 1946, la naturalisation lui est refusée.

    Les arrestations, les tortures, les souffrances et les déceptions n'ont en rien altéré l'idéal qui les a animés leur vie durant. Depuis trois mois et afin d'aider les étudiants qui participent au concours de la Résistance, Léon a effectué une vingtaine de conférence à travers la France et ainsi sensibilisé à ces problèmes plus de 3.000 élèves."

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  • III- La Guérilla urbaine
    Léon LANDINI

    La guérilla urbaine, combattre l'ennemi au cœur même de son dispositif ? Une dimension originale de la Résistance en France et qui fut, pour une part déterminante, le fait d'étrangers. Des immigrés donc, venus de toute l'Europe, chassés par la misère, la répression, l'antisémitisme, juifs et non juifs, des polonais, mais aussi des allemands, des autrichiens, des italiens, des arméniens, des espagnols. Pour la plupart très jeunes, écorchés vifs de se trouver au cours de leur errance pour fuir la dictature dans un pays dont le régime s'acharnait contre les valeurs de la France révolutionnaire et républicaine.

    Dès l'occupation de notre pays, ces femmes et ces hommes avaient conscience que le seul moyen de reconquérir la liberté de leur pays d'origine comme de donner tout son sens à la dignité humaine, était de combattre les armes à la main.

    Comment les Francs Tireurs et Partisans de la Main d'Œuvre Immigrée (FTP-MOI) deviendront-ils le fer de lance de la Résistance armée française ? Cette forme de combat a été initiée par les anciens des brigades internationales d'Espagne. Ironie de l'histoire : des brigadistes qui ne connaissent d'abord de la France que l'internement au camp de Gurs, par leur expérience du combat armé, vont être de l'avant-garde pour sa libération.

    Quelques dates : Conrado Miret-Must, un républicain espagnol, commandait l'OS, organisation spéciale du P.C.F., reconnue unité combattante en octobre 1940. Les FTPF et FTP-MOI ont été homologués le 1er mai 1941 par les autorités militaires. Leur constitution a été lente, les premiers combattants peu nombreux. Rien ne se décrète et, au fil des mois, l'organisation s'édifie dans les difficultés.

    Si les premières rencontres d'où naîtront les FTP-MOI parisiens datent de mi-41, il faut attendre début 1942 pour qu'apparaisse l'embryon de Carmagnole à Lyon, l'unité Liberté sera créée à Grenoble en mars 1943. La zone Sud devient terrain de lutte militaire avec l'entrée allemande en novembre 42. Le nombre des opérations homologuées pour la seule unité Carmagnole-Liberté est impressionnant : 439, dont près de cent attaques contre des usines, 67 contre les troupes d'occupation, 91 déraillements et sabotages. Pour la compagnie Marat à Marseille et dans le Sud-Est : 220. À Toulouse et sa région, où les FTP-MOI sont sous la direction de Marcel Langer guillotiné en juillet 43 : 826 opérations. Au total des milliers d'opérations.

    À côté des maquis actifs en France et d'autres pays en Europe, la guérilla urbaine est une spécificité de la Résistance française . Les coups les plus durs ont été ainsi portés au dispositif ennemi, allant du sabotage du complexe industriel servant la machine de guerre nazie à l'exécution de collaborateurs et de magistrats des Sections spéciales. Et pour les jeunes acteurs, qui n'avaient souvent que vingt ans, un combat du quotidien et de la clandestinité, avec (à la différence du maquis) l'isolement individuel en dehors des opérations.

    Un combat dans l'extrême violence par les allemands et l'État français qui arrête et exécute le groupe Manouchian (qui a mené l'essentiel des actions armées dans la capitale), ainsi que Joseph Epstein, dit colonel Gilles, responsable de la région parisienne à partir de l'été 42 et concepteur de la guérilla urbaine. Sur 97 morts des FTP-MOI dans la région Rhône-Alpes, 52 sont morts après avoir été torturés sans avoir parlé.

    Ces immigrés ont contribué jusqu'au bout à la Libération, à Paris, ils ont combattu dans les secteurs des Tuileries et de la Kommandantur, Marseille est libre 27 jours en avance sur les plans alliés, le soulèvement pour la libération de Villeurbanne a lieu le 24 août 1944.

    François Marcot, conservateur du musée de la Résistance à Besançon a écrit : "Aucune des formes d'action de la résistance ne leur a été inconnue.. Quelle que soit la forme du combat des étrangers, ce qui frappe, c'est son extrême intensité dont divers facteurs peuvent rendre compte : l'expérience acquise en matière de clandestinité et de guérilla, la répression et les persécutions dont ils sont victimes en tant qu'étrangers, résistants et parfois communistes et juifs... La guérilla urbaine est sans doute l'activité qui a le plus modifié le cours de la résistance en France."

    Ironie grinçante de l'histoire : après la guerre, beaucoup de ces combattants devront lutter pour obtenir la nationalité française. Que leur héroïsme qui a permis d'écrire une page de l'histoire de France dans laquelle tous les jeunes peuvent se reconnaître, aide, en ces temps d'extrémisme renaissant, à porter un regard lucide sur ceux qui sont les étrangers d'aujourd'hui.

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  • Les F.T.P.-M.O.I. dans la guérilla urbaine
    Région Rhône-Alpes
    Carmagnole à Lyon - Liberté à Grenoble

    Je ne voudrais pas, en mettant en évidence le rôle joué par les F.T.P.-M.O.I. de la Région Rhône-Alpes, donner l'impression de minimiser la part prise par tous ceux et toutes celles, qui avec armes ou sans armes, ont contribué à rendre à notre pays sa liberté et sa grandeur. Tous ceux qui peu ou prou ont participé à la Résistance, méritent hommage et respect.

    La personne qui, ne serait-ce qu'une fois, a mis des tracts dans les boîtes à lettres, a fait preuve de courage car elle risquait sa vie en accomplissant un geste qui aujourd'hui peut apparaître comme tout à fait banal. Toutefois, après avoir pratiqué plusieurs formes de résistance, je peux vous assurer que pour participer à la guérilla urbaine, être chaque jour et à chaque instant, confronté aux troupes d'occupation et à ses sbires de Vichy, être engagé quasi quotidiennement dans des opérations militaires, il fallait pour accepter cette forme de combat, où à tout moment on risquait de perdre sa liberté et sa vie, joindre de la bravoure au courage.

    Pour la bonne compréhension des risques encourus, il est utile de rappeler que les F.T.P.-M.O.I. de la région Rhône-Alpes, souvent désignés par les spécialistes de l'histoire contemporaine comme : "Le fer de lance de la Résistance armée française", ne représentaient en tout et pour tout qu'une soixantaine de combattants le 6 juin 1944. Pourtant, le nombre d'opérations militaires, officiellement enregistré par le service des armées, est impressionnant. En deux ans de combat, ils ont réalisé 439 opérations homologuées et probablement plus de 200 autres non homologuées.

    Si les F.T.P.-M.O.I. portèrent à l'occupant les coups les plus rudes, ils reçurent en retour les coups les plus durs : "Morts sous la torture, fusillés ou décapités, les étrangers pavèrent un lourd tribut" écrit l'historien Ralph Schor. En deux ans, les unités Carmagnole et Liberté ont perdu 97 de leurs combattants.

    Parmi ceux-ci 52 ont disparu après arrestation, pour certains leur corps n'a jamais pu être retrouvé. Malgré d'effroyables tortures subies aucun n'a parlé. Barbie et sa Gestapo, malgré tous leurs efforts, n'ont jamais réussi à infiltrer ni à décapiter ces unités.

    Bien au contraire, à partir de la mi-mai 1944, alors que toutes les organisations de résistance lyonnaise avaient été démantelées, les actions menées par les F.T.P.-M.O.I. redoublèrent d'intensité et d'importance. En deux mois et demi, plus d'une centaine d'opérations militaires fut menée à bien dans Lyon et sa banlieue. Ces hommes et femmes, dont beaucoup avaient connu le fascisme dans leur propre pays, combattus au sein des Brigades internationales en Espagne, avaient conscience que le seul moyen de reconquérir la liberté et de donner tout son sens à la dignité humaine était de combattre les armes à la main.

    À leur sujet, François Marcot, conservateur du Musée de la Résistance de Besançon a écrit : "la guérilla urbaine est sans doute l'activité qui a le plus modifié le cours de la Résistance en France". En effet, combattre, non pas devant l'ennemi, non pas derrière l'ennemi, mais au cœur du dispositif ennemi est une spécificité de la Résistance Française. Dans les autres pays européens, les combats ont essentiellement eut lieu dans les campagnes ou dans les montagnes, chez nous, les coups les plus durs ont été portés en ville.

    Plus loin, François Marcot ajoute : "Quelle que soit la forme du combat des étrangers. ce qui frappe. c'est son extrême intensité : l'expérience acquise en matière de clandestinité et de guérilla ; la répression et les persécutions dont ils sont victimes en tant qu'étrangers résistants, et parfois communistes et juifs ... L'importance numérique des communistes. combattants les plus résolus - en tout cas, le plus précocement - accentue cette hyperactivité"

    Rappelons que (l'O.S.) Organisation Spéciale du P.C.F. officiellement reconnue "Unité Combattante" en octobre 1940 par les autorités militaires, était dirigée par Conrado Miret-Must, un républicain espagnol et que, quoi qu'il ait pu être dit ou écrit, les F.T.P.F. et les F.T.P.-M.O.I. ont été homologués à partir du 1er mai 1941 par les services du Ministère des armées.

    Pour conclure, je voudrais dire que tuer n'est pas humain, avoir continuellement peur, pendant des mois, parfois pendant des années, a laissé sur ces combattants de ville de terribles séquelles. Nous sommes tous devenus des vieillards avant l'heure. Vivre seul, contraint de respecter des règles de sécurité draconiennes, ce qui nous empêchait d'avoir des contacts amicaux avec qui que ce soit, y compris avec nos camarades de combat qu'il ne fallait rencontrer qu'au cours des opérations militaires ; nous avions sans cesse peur, nous avions besoin d'affection et nous menions un combat solitaire, avec des armes dérisoires. face à la plus puissante armée du monde, réalisant parfois trois actions militaires dans la même journée, souffrant sans arrêt de la faim et en contact permanent avec la police, la milice et l'occupant.

    55 ans plus tard, lorsque nous évoquons cette épopée dans les classes des collèges et lycées de notre pays, ce n'est ni par auto-glorification, ni par autosatisfaction, mais tout simplement pour apprendre aux jeunes générations combien la guerre est effroyable. Nous sommes convaincus qu'en transmettant la "mémoire" sur cette période de l'histoire de notre pays, nous pouvons leur permettre de ne pas avoir à revivre ce que leurs aînés ont vécu. La mémoire ne vaut pas que pour le souvenir. mais aussi et surtout pour le devenir.

    Léon LANDINI
    Président de l'Amicale des Anciens
    F.T.P.-M.O.I. Carmagnole-Liberté
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  • IV- "Des étrangers et nos frères pourtant" - Aragon
    Gilda LANDINI
    CONTENU DE CETTE CONTRIBUTION (cliquer sur le chapitre désiré) :

    Introduction

    I. Les immigrés de l'entre-deux guerres

    A. Des immigrés chargés de souffrance
  • a) Des immigrés chassés de leur pays par la misère
  • b) Des immigrés chassés de leur pays par la répression
  • c) Des immigrés engagés

  • B. Des immigrés intégrés ou des immigrés rejetés ?
  • a) Des immigrés intégrés
  • b) Des immigrés "indésirables"
  • c) Des immigrés exclus

  • II. L'exemple des F.T.P.-M.O.I. :
    Francs-Tireurs et Partisans de la Main-dŒeuvre Immigrée "Le fer de lance de la Résistance armée française"


    A. F.T.P.-M.O.I. une organisation de combat
  • a) Un combat engagé
  • b) L'organisation de cette unité combattante
  • c) Les principales unités F.T.P.-M.O.I.

  • B. F.T.P.-M.O.I. un combat organisé
  • a) Un combat intensif
  • b) Un combat au quotidien
  • c) Un combat réprimé
  • d) Un combat qui a contribué à la libération de la France

  • Conclusion
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  • INTRODUCTION

    Avez-vous déjà remarqué dans les livres d'histoire combien peu de pages, que dis-je, combien peu de lignes, sont consacrées à la résistance des Immigrés en France durant la 2ème Guerre Mondiale ? Moins de S lignes et parfois même aucune : "La mémoire collective, peu soucieuse d'exactitude historique a souvent majoré le rôle des résistants français et oublié l'action des résistants étrangers, bien que l'engagement de ces derniers se fut souvent révélé précoce et décisifs". (Ralph Schor "Histoire de l'intégration en France").


    Mais qui, parmi vous n'a jamais entendu parler de l'Affiche Rouge, du célèbre groupe Manouchian, de ces vingt-trois aux noms difficiles à prononcer et qui donnèrent pour la liberté de la France, "leur vie avant le temps". (Aragon).

    Au moment où l'on voit renaître un peu partout le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme; à l'heure où l'Assemblée nationale statue sur le sort des immigrés en France, il apparaît non seulement comme un devoir de mémoire, mais comme un devoir d'éducation civique d'étudier le rôle des étrangers dans les épreuves que la France a traversées.

    1997 a été déclarée "Année européenne de lutte contre le racisme". Le Jury du Concours National de la Résistance et de la Déportation des Lycées et Collèges de France a donc annoncé que cette année le concours aura pour thème : "Entre les deux guerres mondiales la France a largement accueilli des immigrés. Quel rôle ont pu jouer ces étrangers dans la Résistance à l'occupant ? Beaucoup d'entre eux sont morts pour la France, soit au cours d'actions de résistance, soit dans les camps de déportation ?".

    Qui étaient donc ces "soldats de la Liberté" ? D'où venaient-ils ? Quelles furent les raisons de l'engagement de ces "oubliés de l'Histoire" ? Et quelles furent les formes de leur combat ?

    En fait, vouloir en quelques lignes mettre en évidence la part que prirent les immigrés au sein de la Résistance Française paraît une gageure, tant fut grand et diversifié leur engagement. Cet article ne prétend donc pas faire le tour de la question. 11 tente, plus modestement, tout d'abord, de rappeler quelques généralités sur les immigrés accueillis par la France entre les deux guerres, puis dans une deuxième partie, de faire le point sur une des unités de résistance composée quasi exclusivement d'étrangers : les "F.T.P.-M.O.I." (Francs-Tireurs et Partisans de la Main d'oeuvre Immigrée) qui, selon l'ancien Directeur des Services de la Mémoire et de l'Information Historique au Ministère des Anciens Combattants, Monsieur Serge Barcellini, furent "le fer de lance du combat antinazi dans les agglomérations françaises de 1941 à 1944".

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  • I. LES IMMIGRÉS DE L'ENTRE-DEUX GUERRES


    A. Des immigrés chargés de souffrance

    a) Des immigrés chassés de leur pays par la misère

    Il nous faut tout d'abord limiter strictement le sujet. Pour cela, nous avons exclu de notre article les ressortissants de l'Empire français - qui ne sont pas à proprement parler des Immigrés - dont la situation est radicalement différente. De plus, nous avons limité l'aire géographique au territoire métropolitain, laissant donc de côté ceux qui s'engageront dans la France Libre.

    Après l'épouvantable massacre de la 1ère Guerre Mondiale, le besoin en main-d'œuvre est crucial pour remplacer les 1,5 millions de morts et les 3,5 millions de blessés.

    La Société générale d'immigration (SGI, créée en 1924 - note de l'éditeur) recrute directement à l'étranger une nouvelle main-d'œuvre. Les Italiens affluèrent parmi les premiers et constituèrent vite 35%des travailleurs immigrés. L'arrivée de ces "ritals" dans la banlieue parisienne (ou "Macaronis" à Marseille) est fort bien décrite par François Cavanna. Ces fameux maçons italiens savent tout face : carreleurs, terrassiers, peintres, chauffagistes, plombiers... Mais il ne faut pas oublier qu'on les trouve aussi dans nos campagnes, particulièrement dans le sud-est, car la saignée de 14-18 a frappé en premier lieu le monde agricole en France.

    D'autre part, dès 1921, des polonais sont acheminés par trains entiers vers les mines du Nord. Très rapidement, ils représentent à leur tour 20% de la population étrangère. Mais on dénombre aussi à la fin des années 20, 40.000 hongrois dans les mines du Nord, dans la métallurgie parisienne, dans le textile à Roubaix ou à Lyon ; 60.000 yougoslaves dans le bâtiment et dans les mines du Nord et de l'Est.

    Mais l'immigration de l'entre-deux guerres n'est pas exclusivement économique.



    b) Des immigrés chassés de leur pays par la répression

    Il n'est pas toujours simple de faire la part de l'immigration économique et de l'exil politique. Bon nombre italiens venus en France pour des motifs officiellement économiques étaient en réalité des "fuorusciti", (c'est-à-dire "proscrits") qui avaient dû quitter la péninsule, d'abord chassés par les violences squadristes. puis poussés à l'exil par les lois "fascistissimes" (l925-1926).

    Il en fut de même pour quantité de Juifs d'Europe centrale qui fuyaient à la fois la misère, l'antisémitisme et anticommunisme pratiqués dans leur pays.

    Quant aux arméniens, réfugiés par milliers en France entre 1922 et 1926 (après la signature du Traité de Lausanne qui reconnaît l'abandon d'une République Arménienne indépendante), ils sont affaiblis par des années de misère, d'exodes successifs pénibles. Pour ces pauvres "apatrides", la France est un pays refuge - pays qui tente de soumette ces résidants permanents aux obligations militaires dès 1938 et de les incorporer dans l'armée française en 1939. Tout comme les Italiens, ou les Juifs d'Europe centrale, une minorité d'arméniens politiquement engagés, milite dès l'entre-deux guerres au Parti Communiste.

    Ils sont rejoints, à partir des années 30, par des allemands (ils ne furent jamais plus de 30.000), près de 20.000 autrichiens et 40.000 tchécoslovaques, fuyant les régimes de dictature auxquels leurs pays étaient soumis.



    c) Des immigrés engagés

    Ces hommes, par leur connaissance des méthodes fascistes, des violences pratiquées dans leur pays d'origine Jouèrent un rôle essentiel pour alerter les français sur la réalité du fascisme par des ouvrages, des conférences et des expositions. Leur vie passée les a rendus plus clairvoyants, plus combatifs, mais aussi plus solidaires. Ceux qui, condamnés à mort dans leur pays, rentrent clandestinement en France, sont cachés, nourris par leurs camarades arrivés quelques années auparavant. Ces derniers leur fournissent même des faux-papiers s'ils le peuvent. Les enfants savent bien qu'ils ne doivent rien dire sur ces "hommes planqués" chez eux. lls apprennent ainsi très tôt les lois de la clandestinité.

    En 1939, ce sont des milliers de combattants d'Espagne - républicains espagnols et Brigades internationales - qui arrivent en France à leur tour. Sur les 500.000 réfugiés de l'hiver 1939, seuls 120.000 seront encore en France au printemps 1940. Les autres rentreront en Espagne. Ceux qui restent sont les plus politisés, ils ne peuvent pas rentrer chez eux sous peine d'arrestation ou de mort. Aguerris par les combats auxquels ils viennent de participer, ils sont particulièrement préparés aux épreuves qui arrivent, ils savent manier les armes, utiliser et rénover le materiel pris à l'ennemi, fabriquer des bombes, pratiquer la guérilla ...

    Mais surtout, frustrés par l'écrasement de la république espagnole. Ils ne veulent plus plier devant le totalitarisme : la France, pour eux, comme pour tous les rêfuglés politiques, est le pays de la Démocratie, de la Liberté des Droits de l'Homme, le seul qui porte au fronton de ses édifices publics : "LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ".

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  • B. Des immigrés intégrés ou des immigrés rejetés ?

    a) Des immigrés intégrés

    Légalement la nationalité française s'acquiert alors par la naissance sur le sol français dès que les parents en font la demande : droit du sol, ou par l'octroi de la naturalisation.

    Mais avec l'arrivée de cette main d'œuvre étrangère dans les années 20-30, les gouvernements français ont pratiqué des naturalisations en masse afin de faire de cette force étrangère une force française. Rappelons toutefois que, selon les conditions économiques et politiques, l'attitude de ces gouvernements a varié. Au moment de la crise de 29, les frontières se ferment, les expulsions s'accélèrent et les immigrés politiques deviennent suspects.

    Les quelques décisions favorables aux immigrés prises par le Front Populaire (plus de liberté aux étrangers désirant changer de domicile, séjour des "apatrides" allemands facilités ...) ne constituèrent pas une réelle politique de l'immigration. Très rapidement (1938) une politique d'exclusion est méticuleusement remise en place.

    Aussi l'intégration s'est faite autrement durant l'entre-deux-guerres :

  • L'École qui enseigne non seulement la langue française, mais les valeurs de la Révolution Française, de la République, est un formidable creuset où se mêlent les enfants des différentes origines.
  • Les organisations d'aide aux immigrés comme la Ligue des Droits de l'Homme ...
  • Le travail qui permet aux ouvriers étrangers de se mêler à la classe ouvrière française et qui les porte, pour certains, à participer.
  • l'action politique et sociale : adhésion aux syndicats, aux partis politiques et surtout au grand mouvement antifasciste du Front Populaire. Il est à noter, à ce propos, ce que les historiens appellent "le rôle intégrateur du Parti Communiste".

  • Ainsi, en 1923, le Parti Communiste Français et la C.G.T.U. créent une section dite de la M.O.E. (Main d'Oeuvre Étrangère). En 1932, au moment de la crise, la connotation "étrangère" étant teintée de xénophobie, le sigle est transformé en M.O.I. (Main d'Oeuvre Immigrée). Cette M.O.I. est structurée en groupes de langues permettant le rassemblement et donc l'action par nationalitê : propagande, recrutement, intervention dans les luttes politiques et syndicales, journaux.

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  • b) Des immigrés "indésirables"

    Mais tous les étrangers ne se lancent pas dans ces activités politiques ou syndicales. Un grand nombre observe une prudente réserve par peur du licenciement ou pire de l'expulsion vers leur pays d'origine. D'autant plus qu'avec la grande dépression économique des années 30, une violente vague de racisme et de xénophobie déferle sur la France : pétitions, dénonciations, manifestations contre les étrangers, rixes entraînant parfois mort d'homme. "Sommes-nous le dépotoir du Monde ? Par toutes nos routes d'accès transformées en grands collecteurs, coule sur nos terres une tourbe de plus en plus bouillantes de plus en plus fétide. C'est l'immense flot de la crasse napolitaine, de la guenille levantine, des tristes puanteurs slaves, de l'affreuse misère andalouse, de la semence d'Abraham et du bitume de Judée. Doctrinaires crépus conspirateurs furtifs, régicides au teint verdâtre, pollaks mités, gratin de ghettos ... ils accourent précédés de leur odeur escortés de leurs punaises". (article d'Henri Béraud, paru dans Gringoire le 7 août 1936).

    Jean Giraudoux lui-même, lors d'une conférence en avril 1939, proclame : "une politique a atteint sa forme supérieure que si elle est raciale. C'était la pensée de Colbert ou de Richelieu. C'est la pensée d'Hitler".

    Dès 1932-33 étalent apparues les premières lois contre les immigrés, (limitation de la main-d'œuvre étrangère par profession et par région) et c'est à cette époque que des polonais, des tchécoslovaques, des yougoslaves, des bulgares, des roumains subirent la loi du rapatriement forcé.

    Les autorités françaises désireuses de se débarrasser d'étrangers militants politiques actifs, inscrits au PC, à la CGTU (Confédération Générale du travail Unitaire : une partie minoritaire de la CGT affiliée à l'Internationale syndicale rouge, liée elle-même à l'Internationale communiste - note de l'éditeur), les expulsèrent à grande échelle, considérant qu'il s'agissait "d'éléments indésirables trop nombreux qui circulent et agissent au mépris des lois et des règlements ou qui interviennent de façon inadmissible dans des querelles ou des conflits politiques ou sociaux qui ne regardent que nous". (Ministre de l'intérieur Albert Sarraut en 1938).

    Un décret-loi du 12 Novembre 1938 permet même d'interner ou de soumette à une surveillance permanente les étrangers jugés dangereux. On comprend mieux dès lors la nécessité de la clandestinité, de l'illégalité constante et de la solidarité.

    Et pourtant, malgré toutes ces mesures, au moment où la guerre éclate, de nombreux étrangers manifestent leur volonté de servir la France.

    Des comités, comme Les Étrangers Volontaires pour la Défense de la France, recueillent les signatures de ceux qul veulent s'engager : au cours des deux premiers mois de guerre, le nombre des candidatures à un engagement volontaire s'élève à 75.6OO.

    Paradoxalement, c'est à ce moment-là que la politique française se fait de plus en plus répressive à rencontre des étrangers. La droite française a plus peur des antifascistes étrangers ("tous des rouges") que des fascistes eux-mêmes : "Plutôt Hitler que le Front Populaire".

    Dès le mois de septembre 1939 le P.C.F. et la M.O.I. sont dissous, laissant ainsi bon nombre de militants dans le plus profond désarroi face aux événements.

    La politique répressive du gouvernement n'a pas attendu la défaite, ni Vichy pour interner les étrangers. Déjà depuis février 1939, la majorité des pauvres hères espagnols et brigadistes réfugiés en France sont internés par les autorités françaises dans des camps de misère, dans le Sud, comme Argelès ou Saint-Cyprien (Pyrénées Orientales).

    Deux mois plus tard, 7.000 brigadistes sont transférés à Gurs (Basses-Pyrénées), le plus grand camp français.

    À partir de septembre 1939, les réfugiés d'Europe centrale, allemands, et ex-autrichiens sont internés, en tant que "ressortissants d'un pays ennemi en guerre contre la France". On ne se soucie guère de l'ancienneté de leur combat antifasciste ou du fait qu'ils aient fui le Reich pour des questions raciales. Les autorisés françaises les considèrent de toutes façons comme "des individus dangereux pour la défense nationale et pour l'ordre public".

    Et c'est de derrière les "Barbelés de l'exil" (Gilbert Badia, 1979) que ces antifascistes étrangers qui souffrent d'être vus comme "la lie de la terre" (Arthur Koestler, 1947) assistent, impuissant à l'invasion de la France."0n nous vole notre guerre !" s'écrie, bouleversé, l'écrivain de réputation mondiale, Arthur Koestler, enfermé au camp du Vernet dans l'Ariège, dans de misérables baraquements de planches, sans fenêtre, sans lumière, sans poêle, sans couverture , "même quand les crachats gelaient par terre", sans savon, sans réfectoire, sans assiette ni couverts, et avec pour seule nourriture 300 grammes de pain par jour et une "soupe pâle".

    Mais ces camps ne sont pas les premiers de la longue liste ouverte par Vichy.



    c) Des immigrés exclus

    "Vichy n'est pas le produit d'un vide qui se serait créé subitement au lendemain de la défaite. C'est le contraire qui correspond à la réalité. La tradition politique mûrie depuis le tournant du siècle de donner naissance à un régime". (Leev Sternhell, Le Monde du 24 septembre 1997).

    Les idéologies racistes de Vlchy - les Darquier de Pellepoix (qui animait l'Union Française pour la défense de la race), les Montandon (professeur d'ethnologie, "expert" apprécié des nazis), les Vacher de Lapouge (fils du théoricien raciste, et directeur de l'Institut d'anthropo-sociologie) - ne sont pas nés effectivement au lendemain de la débâcle - ni les Bousquet, ni les Papon, ni les Touvier. En fait, la politique xénophobe et raciste de Vichy donna simplement une "existence légale aux idées agitées par l'extrême-droite avant 1939" (Ralph Schor, Histoire de l'immigration en France Armand Colin 1996) et rappelons-le, comme le fait Leev Sternhell, ces idées plongeaient leurs racines bien avant la crise des années 30.

    Les premières mesures prises par Vichy pour le "Relèvement national" ne sont pas des mesures de construction, mais des mesures d'exclusion :

  • 16 juillet 1940 : procédure de déchéance de la nationalité française,
  • 17 juillet 1940 : exclusion de la Fonction publique des français qui ne sont pas nés de père français,
  • 22 juillet 1940 : révisions des naturalisations acquises depuis 1927,
  • 23 juillet 1940 : déchéance de la nationalité pour les français qui ont quitté la France,
  • 27 août 1940 : abrogation du décret-loi du 21 avril 1939 qui punissait les injures raciales dans la presse,
  • 3 octobre 1940 : premier statut des juifs,
  • 4 octobre 1940 : internement prévu des juifs étrangers sur décision du Préfet,
  • Mars 1941 : création du Commissariat général aux questions juives,
  • 15 Mai 1941 : première rafle de juifs étrangers à Paris,
  • 2 juin 1941 : deuxième statut des juifs.

  • Notons, en lisant soigneusement ces mesures, que la volonté d'exclusion de Vichy conduit le nouveau gouvernement de la "Révolution nationale" à violer l'un des principes fondamentaux du droit, celui de la non-rétroactivité des lois. Par celle du 22 juillet 1940, la nationalité française est retirée à plus de 15.000 personnes.

    Et c'est bien sûr, sans vergogne, que Vichy bafoue l'un des éléments constitutifs de la doctrine républicaine : le droit d'asile."L'article 19 de la Convention d'armistice signé avec le vainqueur prévoyait que seraient livrés à l'Allemagne les réfugiés que celle-ci désignerait" (Ralph Schor). On devine aisément ceux que Vichy a livré : socialistes, communistes, allemands et même espagnols.

    Une circulaire du 7 Juillet 1940 précise que les allemands non réclamés seraient maintenus dans les camps. Ainsi, d'une centaine de camps officiellement recensés par l'inspection allemande en "zone libre" - délimitation non pertinente en ce qui concerne l'internement depuis février 1939 - on passe progressivement à plus de 500 lieux d'internement qui ont fonctionné de l'automne 39 à l'été 1944.

    Il n'existe pas de statistiques des internés, mais on dénombre plus de 35.000 personnes enfermées en zone sud en été 1940 - chiffre qui ne cesse bien évidemment d'augmenter avec les années. Aussi dès 1942, Laval préconise-t-il de se débarrasser de "ces déchets expédiés par les allemands eux-mêmes", en commençant par déporter les juifs étrangers. Et pour preuve de sa bonne volonté en matière de collaboration, il propose que les enfants de mois de 16 ans, non réclamés pourtant par les allemands, soient eux aussi livrés.

    Face à cette politique qui bafoue les grandes valeurs de la France révolutionnaire et Républicaine, une minorité d'étrangers, les plus engagés, décident alors de prendre les armes.

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  • II. L'EXEMPLE DES F.T.P. - M.O.I.
    Francs-tireurs et partisans de la main-d'œuvre immigrée (M.O.I.),
    "le Fer de Lance de l'armée française"
    A. F.T.P.-M.O.I. une organisation de combat

    a) Un combat engagé

    Pourquoi avoir choisi d'étudier cette organisation de résistance en particulier ?

    Tout d'abord, car il semble impossible en quelques pages de faire le tour de la participation des immigrés à la Résistance française.

    Ensuite, cette participation pose la question, comme le dit l’historien François Marcot, de "l'horizon et des perspectives qui sont les leurs, c'est-à-dire des motivations des structures organisationnelles et les différentes formes de combat". Tous, en effet n'ont pas vu la même finalité dans leur lutte.

    Certains, comme les guerilleros espagnols ou les polonais du POWN (Polska Organizacja Walki o Niepodległość / Organisation de Lutte pour l'Indépendance de la Pologne Note de l'éditeur) se battent sur le sol français, parce qu'il savent pertinemment que la libération de leur propre pays ne peut passer que par l'écrasement total des puissances de l'Axe.

    Ils combattent donc dans des organisations autonomes par rapport à la Résistance française. François Marcot dit à leur sujet qu'on peut parler de "Résistance des Étrangers en France".

    Mais s'il nous a paru plus intéressant de nous pencher de plus près sur le cas des F.T.P.-M.O.I. - outre le fait qu'ils aient à leur actif un nombre incroyable d'actions dans les villes françaises - c'est parce que ces étrangers ont un "double patriotisme" : leur pays d'origine ET la France. C'est ce que F. Marcot appelle : "La Résistance franco-étrangère". Pour eux, il est hors de question d'attendre "le Jour J".

    Leur combat contre le fascisme et le nazisme doit passer par l'action immédiate pour la libération de cette terre porteuse des grands idéaux révolutionnaires auxquels ils sont attachés. Pour preuve, le nom des unités F.T.P.-M.O.I. : "Carmagnole" (Lyon), "Liberté" (Grenoble), "Chant du départ" (Drôme), "Marat" (Marseille) et la 35e Brigade de Toulouse qui devient le 2ème régiment "Valmy" à la libération.

    Tous savent, par expérience qu' "un peuple qui ne se bat pas pour la Liberté, est indigne de la Liberté". De plus, ils connaissent l'ennemi - un ennemi violent et dangereux - et il est, pour eux, évident que leur combat ne se place pas sur le plan de la controverse théorique. Aussi se lancent-ils dans la lutte armée - pour certains elle est commencée depuis l'Espagne en 1936 - en pratiquant la guérilla urbaine : créer l'insécurité au sein de l'armée d'occupation, en faire la prisonnière d'un peuple qu'elle avait voulu réduire au servage.

    Cette forme de combat est aussi la plus dangereuse, et ces "soldats de la Liberté" connaissent la cruauté des bourreaux pour les avoir vus à l'œuvre dans leur pays d'origine. Mais ils ont conscience que l'Idéal qu'ils défendent dépasse largement le cours de leur seule vie. Ils pensent profondément que leur sacrifice ne sera pas vain : "Je me considère un peu comme une feuille qui tombe de l'arbre pour faire du terreau. La qualité du terreau dépendra de celle des feuilles". Cette dernière lettre de Daniel Decourdimanche fusillé en mai 1942 pourrait s'appliquer à chacun des résistants morts sous la torture ou les balles des fascistes ou des nazis.

    C'est l'ensemble de ces raisons : engagement politique, foi en un idéal, connaissance de l'ennemi, mais aussi connaissance des pratiques de la clandestinité et même parfois du combat armé, qui va faire de ces hommes "aux noms difficiles à prononcer" des combattants de l'aube, d'une aube sans lumière, d'une aube grise, terne et solitaire.

    Car n'oublions pas qu'avec l'armistice de juin 1940, la guerre est officiellement Finie. La population française ne songe guère à continuer la lutte - trop contente qu'elle soit si vite terminée (le souvenir de 14-18 est encore bien vivace ...) - et trop occupée à se ravitailler. Ce sont donc ces Kugler, Manouchian, Alfonso, Epstein qui vont constituer "le fer de lance du combat antinazi dans les agglomérations françaises de 1941 à 1944". (Serge Barcellini).

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  • b) L'organisation de cette unité combattante

    Rappelons tout d'abord qu'à ne faut pas confondre M.O.I. et F.T.P.-M.O.I. La première est, nous l'avons vu une organisation politique et les F.T.P.-M.O.I. sont des unités militaires.

    Depuis 1938, c'est Louis Gronowski, le responsable de la section juive, qui est à la tête de la M.O.I. C'est lui qui a pour charge de la réorganiser, après la débâcle, selon des groupes de trois, principe fondamental d'organisation de la résistance communiste (même si dans la réalité, les choses sont nettement mois simples).


    Liste des États-majors nationaux de la Résistance
    reconnus unités combattantes. O.S. octobre 1940


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    Liste des États-majors nationaux de la Résistance

    Dès octobre 1940, le P.C.F. crée l'O.S. : l'Organisation spéciale, chargée de protéger les différents responsables du parti, de défendre le militants qui distribuent des tracts ou prennent la parole à la porte des usines, de propager aussi les imprimeries clandestines. L'un des premiers responsables est Conrado-Miret-Must, un ancien commandant de l'armée républicaine espagnole : arrêté en novembre 1941, il succombera sous la torture sans même avoir prononcé son nom : une vie et une mort héroïque et, pourtant comme tant d'autres, presque inconnu en France.

    Dès les débuts de l'O.S., des volontaires se consacrent à la récupération des armes abandonnées par l'armée française et aux actes de sabotage antinazi : ainsi, dès fin 1940, en gare de triage de Fréjus-plage, un groupe d'immigrés fait dérailler huit wagons de denrées alimentaires à destination de l'Allemagne.

    Mais ces combattants sont peu nombreux et insuffisamment armés. Aussi, dès le mois de mai 1941, le P.C.F. fait appel aux hommes politiques de toutes tendances qui veulent se battre pour la libertê en créant "Le Front national de lutte pour la Libération et l'Indépendance de la France". Dès lors, des directives sont données par le P.C.F. pour constituer des groupes de francs-tireurs (comme en 1870-71). Mais ne peut-on pas dire que les groupes de l'O.S. étaient déjà des "Francs-tireurs" ? Leurs unités de combat avaient déjà fait la preuve de leur efficacité dans les villes de la zone occupée. C'est donc peu à peu que sont constitués les F.T.P.F. et les F.T.P.-M.O.I. entre fin 1941 et le printemps 1942.

    Les F.T.P.-M.O.I. sont une branche particulière des F.T.P.F., mais ils jouissent d'une organisation semi autonome par rapport aux F.T.P.F. Leur politique générale est définie par la direction nationale de la M.O.I. en accord avec le bureau politique clandestin du P.C. Ils reçoivent aussi des directives des F.T.P.F.

    Organisés au départ sur le principe "un détachement par groupe ethnique", ils furent obligés, en raison des pertes subies, de former des groupes mixtes ou juifs, italiens, polonais, allemands, arméniens, espagnols qui luttèrent et moururent fraternellement unis.

    Comment sont-ils organisés ?

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    Organigramme des FTP-MOI à partir de la région lyonnaise


    Toutefois une chose doit être claire : rien n'est fixé, rien n'est rigide. Tout évolue avec les événements, surtout si ceux-ci provoquent la mort, la disparition ou à la "mise au vert" d'un des combattants quel que soit son niveau. Si l'un des combattants tombe, il peut être remplacé, et si l'on ne peut pas le remplacer, ses attributions sont réparties.

    Ainsi, Boris Holban, ancien responsable des F.T.P.-M.O.I. parisiens, dans son Testament édité en 1989 explique précisément les attributions des responsables militaires, techniques et aux effectifs. Mais là aussi, il faut bien comprendre que ce qui est décrit par B. Holban ne concerne que les F.T.P.-M.O.I. parisiens : les unités de Lyon, Grenoble, Marseille et Toulouse ne connaissent pas forcement cette même répartition.

    Ainsi par exemple, à Paris, le responsable aux effectifs prend en charge la subsistance des combattants. Or ce n'est pas le cas à Lyon, où cette charge relève parfois du responsable technique. Lyon et Grenoble, qui ont pourtant le même commandement, n'ont pas forcement la même organisation, ni les mêmes méthodes.

    C'est logique : on ne peut pas être organisé de la même façon dans une grande et une petite ville.

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  • c) Les principales unités F.T.P.-M.O.I.

    1) F.T.P.-M.O.I. de la région parisienne
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    F.T.P.-M.O.I. de la région parisienne

    Les F.T.P.-M.O.I. de la région parisienne, plus communément (et comme l'indique l'organigramme faussement) connus sous l'appellation "Groupe Manouchian", ont fait couler beaucoup d'encre et il paraît impossible dans un article de quelques pages de raconter leur héroïque et triste histoire.

    On peut néanmoins rappeler qu'à partir de l'été 42, après la très violente répression policière contre tous les mouvements de résistance parisiens, les F.T.P.-M.O.I., plus aguerris aux lois de la clandestinité, ont mené l'essentiel des actions armées sur la capitale :

  • 70 actions dont 23 sabotages et dégagements,
  • 26 attaques contre des locaux allemands,
  • 16 attaques conte des militaires allemands.

  • Même si cette activité accroît la répression, le combat ne perd pas de son intensité, bien au contraire. 1er semestre 1943 :

  • 92 actions dont 14 sabotages et déraillements,
  • 34 attaques contre des locaux allemands,
  • 43 attaques contre des militaires allemands (dont l'exécution le 28.09.43 du Général S.S. Julius Ritter, chargé du recrutement et de la déportation des ouvriers français en Allemagne).

  • Devant l'importance et le nombre d'actions menées contre l'occupant, les Brigades spéciales sont mobilisées. Trois grandes filatures décapitent l'U.J.J. (Union de la Jeunesse Juive), l'U.J.R.E. (Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide), puis les F.T.P.-M.O.I.

    Le 21 février 1944, dans la clairière du Mont Valérien, les "23 du Groupe Manouchian" sont fusillés. "Un pâle soleil d'hiver éclaire la colline, que la nature est belle ! Et que le cœur me fend" (Aragon).

    2) Carmagnole-Liberté à Lyon et Grenoble

    Si l'on peut dater de la mi-41 les premières rencontres d'où naîtront les F.T.P.-M.O.I. parisiens, il faut attendre le printemps 1942 pour qu'apparaisse le premier embryon de ce qui sera le détachement Carmagnole à Lyon. Cela n'a rien d'étonnant. Paris est en zone occupée, alors que Lyon est en zone dite libre, et n'est donc pas, jusqu'au 11 novembre 1942 - date de l'entrée allemande en zone Sud - un véritable terrain de lutte militaire.

    C'est donc en mars 1942, qu'un ancien officier des Brigades internationales, Joseph Kutin, est chargé par la direction de la M.O.I. de créer une unité de F.T.P.-M.O.I. pour opérer dans la région lyonnaise : "Carmagnole".

    Au départ, quelques volontaires dont les rangs grossissent après l'arrivée de rescapés des rafles de l'été 1942 : l'U.J.J. et les groupes de combat Juifs furent une véritable pépinière de combattants pour Carmagnole. Après l'occupation de la zone Sud les actions de guérilla urbaine se développent considérablement.

    Opérations réalisées dans la région Rhône-Alpes
    F.T.P.-M.O.I. CARMAGNOLE-LIBERTÉ - RÉGION RHÔNE-ALPES - LYON - GRENOBLE

    Morts au combat officiellement dénombrés : 94 Survivants : 144 (Parmi lesquels 48 combattants immatriculés après le 6 juin 1944)

    Nombre total d'opération militaires homologuées par les services de l'armée :
    Carmagnole Lyon : 261 Liberté Grenoble : 178 TOTAL : 439
    auxquels s'ajoutent tous les combats de la libération (avec probablement plus de 200 autres opérations non homologuées).

    Attaques contre les usines, officiellement homologuées :
    Carmagnole Lyon : 46 Liberté Grenoble : 53 TOTAL : 99

    Attaques directes contre les troupes d'occupation officiellement homologuées (plusieurs centaines de morts ou de blessés) :
    Carmagnole Lyon : 51 Liberté Grenoble : 16 TOTAL : 67

    Déraillements et sabotages de dépôts ferroviaires, officiellement homologués (plusieurs centaines de locomotives et wagons détruits) :
    Carmagnole Lyon : 52 Liberté Grenoble : 39 TOTAL : 91

    Attaques contre les garages allemands, officiellement homologuées (plusieurs centaines de véhicules détruits) :
    Carmagnole Lyon : 14 Liberté Grenoble : 12 TOTAL : 26

    En mars 1943, la direction rêglonale des F.T.P.-M.O.I. décide de créer un autre dêtachement à Grenoble, occupé par les italiens : ce sera le détachement "Liberté". Dans le même temps est créé un maquis dans la Drôme : "Chant du départ" afin d'accuellir des immigrés illégaux espagnols et tchèques, des résistants recherchés par la police et des jeunes requis pour le S.T.O. et qui refusaient de partir travailler en Allemagne.

    3) Compagnie "Marat" à Marseille et dans le Sud-Est

    L'italien Ilio Barontini est l'un des organisateurs, à l'été 42, des formations de combat F.T.P.-M.O.I. dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes Maritimes.

    Les cibles sont, comme partout, soigneusement choisies. Le Bataillon "Marat" totalise 220 actions armées ! Elles sont retentissantes : ainsi, dès le 3 janvier 1943, un groupe a attaqué à la grenade l'Hôtel Splendid, où se trouvait réunie une commission germano-italienne faisant une dizaine de morts parmi les diplomates et les officiers supérieurs des armées d'occupation. En outre, ils totalisent plus de 100 sabotages ferroviaires entre mars 1943 et mai 1944.

    Dans le même temps, ils exécutent un magistrat collaborateur à Aix-en-Provence : "Verdun".

    4) 35e Brigade à Toulouse et dans le Sud-Ouest

    C'est aussi durant le deuxième semestre 42 que s'organisent les F.T.P.-M.O.I. de la région Sud-Ouest. Marcel Langer, d'origine polonaise, devient le premier dirigeant juif de la 35e Brigade (qui doit ce nom au souvenir de la 35e Division de mitrailleurs des Brigades internationales à laquelle il appartint).

    Arrêté par la police française, il est condamné à mort par les sections spéciales et guillotiné le 23 juillet 1943. Après sa mort, son unité devint : "La 3Se Brigade Marcel Langer".

    Née à Toulouse, la 35e étend peu à peu son territoire d'actions sur une dizaine de départements environnants. Il faut ici bien rappeler que la région Sud-Ouest est une terre d'exil et d'asile qui a accueilli durant l'entre deux-guerres bon nombre d'ouvriers ruraux et miniers italiens et espagnols. Puis, après la débâcle, elle est devenue zone-refuge pour les réfugiés politiques et raciaux, français et étrangers, en raison de son statut rassurant de "zone libre". (Et c'est alors que ces lieux d'asile sont devenus lieux d'internement).

    La 35e a dû adapter ses méthodes de combat à l'ampleur de son territoire et à sa nature campagnarde. Même si le terrain préférentiel reste ici aussi la ville par la guerilla urbaine, les zones boisées ou montagneuses deviennent riches en maquis. "On demeure confondu par le nombre, l'efficacité, l'audace des actions entreprises" (Serge Ravanel, Colonel F.F.I.). En effet, la 35e totalise 826 opérations sur l'ensemble des départements dont 282 opérations militaires sur Toulouse (220 soldats allemands tués, 7 agents de la Gestapo exécutés dont le chef adjoint de la Gestapo de Toulouse).

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  • B. F.T.P.-M.O.I. un combat organisé

    a) Un combat intensif

    "Aucune des formes d'actions de la Résistance ne leur a été inconnue, et toutes sont ici évoquées, car ce sont des combattants en France avant d'être des étrangers. La guerilla urbaine est sans doute l'activité des étrangers qui a le plus modifié le cours de la Résistance en France... Quelle que soit la forme du combat des étrangers, ce qui frappe c'est son extrême intensité".
    François Marcot résume ainsi en quelques mots-clés, l'importance qu'a revêtue l'action armée des immigrés.

    En effet, la guérilla urbaine - pratiquée essentiellement par les F.T.P.-M.O.I., est une spécificité de la Résistance française. Dans la plupart des pays européens, les combats ont été menés dans les forêts, les montagnes, partout où il était possible de "se retirer" après les attaques. En France, les coups les plus durs ont été portés en ville, au cœur même du dispositif ennemi. Les ordres de bataille des F.T.P.-M.O.I., les archives départementales et de l'armée dénombrent plusieurs milliers d'opération importantes.

    Et pourtant des centaines d'entre elles ne figurent pas dans les ordres de bataille de ces unités. Pourquoi ? Il faut savoir que durant la dernière année de guerre, par exemple, les opérations étaient incessantes, et les hommes finissaient par ne plus faire de rapports, ce qui explique que bon nombre d'entre elles n'apparaissent pas dans leurs recensements, (mais on les retrouve dans les archives de la police), et ce qui explique aussi que d'autres aient pu ultérieurement s'attribuer sans vergogne leurs exploits.

    Les actions de sabotage du complexe industriel servant la machine de guerre nazie

    En 1942-43, en plein cœur de la guerre, les combattants sont peu nombreux (quelques dizaines) et leurs moyens d'actions sont frustres et précaires : ils n'ont pas encore partout de véritables "services de renseignements" si bien que chaque responsable doit organiser ses propres investigations et prévoir les meilleures conditions possibles pour l'attaque.

    Pour cela, il fallait prévoirs le trajet d'approche, les voies d'accès à l'usine, le repérage des machines et des stocks, le scénario de l'opération, sa durée probable ainsi que le chemin de repli. Une équipe armée devait donc, sans se face remarquer, pénétrer dans l'usine et repérer parfaitement les lieux. Cette reconnaissance pouvait durer plusieurs heures, parfois toute une nuit : tout était fonction de l'importance de l'objectif et de la complexité de la situation. Rien n'était laissé au hasard pour assurer la plus grande sécurité du groupe d'attaquants et des ouvriers de l'usine. Mais Il est clair que de telles actions nécessitaient bien plus que les 3 hommes initialement prévus.

    C'est ainsi que le "Colonel Gilles" (Joseph Epstein) préconisa une nouvelle tactique, nécessitant un nombre de combattants plus important, mais qui permettait de renforcer le service de protection des attaquants.

    Les destructions du système ferroviaire

    Le déraillement est l'une des opérations militaires - (n'employons pas le terme "attentat" utilisé par la propagande vichyste afin de faire passer les résistants pour des criminels hors-la-loi mettant la vie des civils en danger : ce qui ne fut jamais le cas) - l'une des opérations militaires donc, qui fut le plus souvent répétée. Pourquoi ? Parce que, d'une part, le déraillement a pour but d'éviter le pillage systématique de la France et, d'autre part, parce que les chemins de fer étaient le moyen de communication le plus utilisé par l'occupant et qu'il fallait le rendre moins fiable ...

    Toutefois, il faut savoir que ce type d'actions n'avait pas partout la même intensité. En effet, dans la région Rhône-Alpes ou dans la région toulousaine, les déraillements furent très fréquents, car les possibiités étaient plus grandes. Les combattants pouvaient sortir de la ville pour ces opérations en rase campagne et revenir (malgré les dangers). Cela n'était pas aussi simple dans la région parisienne, beaucoup plus étendue en superficie.

    Les attaques contre les troupes d'occupation

    Les F.T.P.-M.O.I. manquaient cruellement d'armes. Il fallait donc bien en "récupérer" : pour cela, ils n'avaient pas d'autre solution que de les prendre à l'ennemi, lors de "patrouille en ville".

    En effet, contrairement à ce que l'on voit, lit ou entend trop souvent, les parachutages en armes et subsistances furent pour eux "La Belle Arlésienne". Ils en entendirent parler, mais ne les virent jamais.

    Les patrouilles en ville, même si elles étaient fréquentes, étaient éminemment dangereuses, malgré toutes les mesures de protection prises pour éviter de mettre en danger la vie des combattants et des citoyens. Aussi à chaque fois que le chef de groupe annonçait : "cet après-midi patrouille en ville", les cœurs battaient plus vite et les estomacs se nouaient car outre le danger que cela représentait, ces jeunes hommes savaient qu'au allaient devoir tuer

    ... et cela allait à l'encontre de toute leur éducation et de leur psychologie.

    Les attaques contre les collaborateurs

    Les miliciens et les collaborateurs de tout poil eurent aussi des comptes à rendre aux F.T.P.-M.O.I.

    Ainsi à Grenoble le 26 août 1943 André Georges, secrétaire général de la Milice du département de l'iIsère est abattu par les combattants du détachement "Liberté". Le 26 septembre 1943, c'est au tour du secrétaire général de la Milice de la Drôme Marius Blanc.

    En outre, trois hauts magistrats des tristement célèbres "Sections spéciales" qui avalent fait condamner des résistants, furent â leur tour exécutés par les F.T.P.-M.O.I.

    Ainsi, ceux de "Marat" exécutèrent-ils le magistrat Verdun à Aix-en-Provence. La 35e Brigade de Toulouse "régla son compte" à Lespinasse qui avait fait condamner à mort Marcel Langer, l'un des fondateurs de cette brigade. Enfin à Lyon, après que leur camarade Simon Frid ait été guillotiné, les F.T.P.-M.O.I. de "Carmagnole" organisèrent-ils l'exécution du conseiller Faure-Pinguely (Président des "Sections spéciales" de Lyon).

    Après la mort de ces trois fidèles serviteurs des nazis, il est devenu impossible au gouvernement de Vichy de trouver de nouveaux magistrats acceptant de jouer ce rôle, sauvant ainsi la vie de certains résistants.

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  • b) Un combat au quotidien

    Tout le monde connaît, après avoir lu À l'Ouest Rien de Nouveau (E.M. Remarque), Les Croix de Bois (R. Dorgelès), les angoisses, les terreurs, les souffrances des soldats de la Première Guerre Mondiale. Mais qui, parmi vous, a eu l'occasion d'entendre ou de lire le témoignage de l'un de ces "soldats de la liberté" de la Deuxième Guerre Mondiale ?

    La plupart, rappelons-le, avaient à peine 20 ans. Ils avaient toujours vécu au sein de leur famille, entourés de leurs amis. Et tout d'un coup, la guérilla urbaine les plonge dans une vie solitaire à laquelle ils n'étaient pas habitués.

    Les règles strictes de la clandestinité leur enjoignaient de ne pas se retrouver en groupe (en dehors des opérations). Rester seul quand on n'a pas 20 ans, quand on a peur, quand on a besoin de parler, de partager ses angoisses, d'écouter une voix amie est en soi une épreuve ; il leur était déconseillé de contacter ou d'écrire â leur famille - ceci afin de ne pas les mettre en danger et afin qu'on ne retrouve pas leurs traces à eux.

    Essayons d'imaginer ce petit jeune qui, dans la même Journée a attaqué un garage qui réparait des camions allemands, puis une scierie qui fabrique des baraquements de bois pour les soldats allemands et enfin des feldgendarmes pour récupérer leurs armes : tout cela en plein jour et à visage découvert ... ses oreilles sont pleines d'explosions et ses yeux pleins de sang.

    Il rentre se détendre un peu dans sa petite chambre, en regardant d'abord partout dans la rue avant d'arriver, en sautant du tramway entre deux arrêts ; il s'arrête tous les 200 m et fait semblant de se recoiffer devant une vitrine afin de regarder discrètement s'il n'est pas suivi ... ne pas courir ... ne pas se retourner ... ne pas trembler ... rester naturel ... surtout si cet homme là, sur le trottoir le regarde avec un peu trop d'insistance.

    Il faut casser le mythe réparateur de conscience qui consiste à faire croire que ces "soldats de l'ombre" bénéficiaient de la complicité tacite sinon du soutien actif de la population. N'oubliez pas que des primes très importantes étaient promises par les autorités allemandes et françaises à ceux qul feraient arrêter un "terroriste".

    Il rentre enfin dans sa chambrette. Il s'allonge sur le lit, harassé, le cœur palpitant. Il essaie de lire, mais les lignes se brouillent. Voilà 10 jours déjà qu'il a entamé Le Gauchisme, La Maladie Infantile du Communisme (Lénine) et il en est toujours à la vingtième page ... À chaque fois qu'il l'ouvre, les images cauchemardesques de ses jours et de ses nuits passées en enfer, l'obsèdent. La page de son livre se crible comme le corps de ce soldat allemand tué l'après-midi ... son estomac se serre. Quelle est la part de stress et quelle est la part de la faim ?

    Soudain, une voiture freine devant son immeuble et s'arrête. Les portes claquent. Des bruits de pas sur le trottoir. Des éclats de voix. Il se dresse en sursaut, sa bouche est sèche, son coeur bat à tout rompre, une goutte de sueur froide coule le long de sa tempe. Il regarde par la fenêtre. Est-ce la milice ? La Gestapo ? non ... Les hommes rentrent dans l'immeuble d'en face ... Il souffle, mais pour peu de temps. Au bout d'un moment avant le couvre-feu, il se lève et ressort : il a rendez-vous: cette nuit, il fera dérailler un train avec ses compagnons ... et demain ... demain ... s'il est encore en vie ... il recommencera.

    Et peut-être, avec un peu de chance, d'ici quelques temps, s'il n'a pas été filé, arrêté, blessé, pourra-t-il aller au maquis. Ne serait-ce que 48 heures, retrouver "les copains", sentir leur fraternelle affection, se ressourcer.

    En attendant, il reste seul et il a peur : il n'a pas 20 ans. Il veut vivre, vivre libre. Il est, comme le chante Aragon, "amoureux de vivre à en mourir". Et il connaît parfaitement les risques qu'il encourt. Il sait que la mort le guette à chaque fois qu'il rentre ou sort de chez lui, à chaque fois qu'il est en opération. Il ne se passe pas un jour sans qu'un 'AVIS' soit affiché sur les murs des villes. Il y a toujours un nom étranger dans la liste des fusillés. Demain, peut-être y aura-t-il le sien ... Il le sait, il s'y prépare sans cesse.

    Son obsession : est-ce que je saurai me taire sous la torture ? (ainsi sur les 97 morts des F.T.P.-M.O.I. de la région Rhône-Alpes, 52 sont morts après avoir subi effroyables tortures : aucun n'a parlé ... pour certains on n'a même pas retrouvé leur corps). Il y pense jour et nuit, Il se conditionne ... non, il ne parlera pas, il le sait ... Et pourtant il a peur, il n'a pas peur 24 h sur 24, mais 26 h sur 24, car il est des heures où la peur compte double.

    Sa jeunesse aussi est un danger en soi : il a l'âge d'être requis pour le Service du Travail Obligatoire en Allemagne et il risque à chaque instant d'être contrôlé par les forces de police ... et sa fausse carte d'identité, fabriquée avec des moyens de fortune (les tampons sont parfois découpés dans des pommes de terre !) fait tellement faux qu'elle ne résisterait pas à un examen un tant soit peu attentif. Et être contrôlé par la police, quand on a un accent étranger à couper au couteau et des papiers français ... quelle terreur !..

    Comment pouvait-il assurer sa vie quotidienne puisqu'il était sans cesse en action ? Il faut savoir qu'au moment de leur engagement, ces jeunes garçons devenaient militaires à temps complet : ils touchaient donc une maigre solde qui leur permettait de vivre chichement.

    Au début, cet argent leur était versé par les instances de la M.O.I. qui le collectait auprès des travailleurs immigrés (qui manifestaient ainsi leur solidarité). Par la suite, étant plus aguerris, ils le "récureraient" eux-mêmes dans les banques qui finançaient l'industrie de guerre travaillant pour les nazis. En 1942 et jusqu'au 1943, le salaire perçu oscillait aux alentours de 1.500 francs par mois (quand il y en avait assez), mais comme cette somme ne permettait pas de vivre, elle fut progressivement portée à 2.500 francs, avec lesquels il fallait se nourrir, se loger, se vêtir, se blanchir et payer leurs frais de transport. Cela était encore fort peu, et durant ces années, la faim fut leur fidèle compagnon.

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  • c) Un combat réprimé

    Si les F.T.P.-M.O.I. portèrent à l'occupant les coups les plus rudes, ils reçurent en retour les coups les plus durs : "Morts sous la torture, fusillés ou décapités, les étrangers payèrent un lourd tribut". (Ralph Schor). La collaboration n'a jamais aussi bien fonctionné entre les autorités françaises et l'occupant qu'en ce qui concerne la répression. Il faut rappeler et insister au moment où a lieu le procès Papon, que les services de Vichy (tant administratifs que judiciaires ou policiers) ont déployé un zèle absolu - devançant même les désirs des allemands dans la chasse aux opposants politiques et aux juifs (les étrangers étant bien souvent les deux à la fois).

    Si le symbole de la répression menée durant quatre anées contre la Résistance rayonne encore dans les mémoires du sinistre nom de Gestapo, il ne faut pas omettre que sans l'aide - ô combien efficace - et même l'initiative de l'administration et de la police française, elle eût été très nettement moins puissante. Elle n'avait ni la connaissance du milieu géographique, ni celle des opposants.

    Par contre les services français avalent une longue expérience de surveillance et de traque, dont l'organisation remontait aux années 30. Depuis mars 1940, une "Brigade spéciale" de la répression anticommuniste avait êtê créée par les Renseignements généraux. Elle fut dédoublée en 1942 : la BS1 ciblait les politiques et la BS2 "les terroristes".

    Depuis août 1941, les Sections spéciales, mises en place par les autorités françaises, commençaient elles aussi leur sinistre besogne. Leurs jugements prononcés par les magistrats français, étaient sans recours et immédiatement exécutoires. Après l'exécution de trois de ces magistrats, ce furent des tribunaux de la Milice (créée en 1943) et des miliciens cagoulés qui firent office de "cour martiale". Leur arrivée dans les prisons où ils venaient "juger" était précédée de celle des cercueils des futurs condamnés.

    Mais ne nous leurrons pas : la collaboration dans le domaine de la répression ne passe pas que par des structures particulières créées tout exprès au moment de la guerre. Cette collaboration passe par tous les rouages de l'administration et de la police. Bon nombre de F.T.P.-M.O.I. ont été raflés, arrêtés et même battus par la police française, avant d'être livrés à la milice ou aux allemands.

    Ainsi, tout le monde a entendu parler des 23 étrangers de l'Affiche Rouge ... Mais on a tant écrit de choses confuses voire fausses à leur sujet qu'il paraît nécessaire de rappeler rapidement les circonstances de leur triste fin.

    C'est après presque un an de surveillance et de filature par la police française que les F.T.P.-M.O.I. parisiens tombèrent. Ces policiers étaient spécialement entraînés dans l'art du portrait et capables de reconnaître leurs cibles de dos ou de profil dans la rue. C'est ainsi qu'ils purent patiemment reconstituer le puzzle des contacts des résistants surveillés et donc l'organigramme de leur organisation.

    La première des grandes filatures démantela l'U.J.J. (janvier-mars 43). La deuxième permit l'attestation de 71 combattants de l'U.J.R.E. (mars-juin 43 et la 3ème traque aboutit aux 68 arrestations des F.T.P.-M.O.I. parisiens (juillet-novembre 43).

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    Etienne GOLBERGER

    Etienne GOLBERGER

    Étienne GOLBERGER
    Arrêté et torturé par la police française, fusillé par la Milice
    Il n'a même pas avoué son propre nom et a été enterré sous le nom de Daloz

    Troisième filature F.T.P.-M.O.I.
    (juillet - novembre 1943)

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    Troisième filature FTP-MOI Juillet-novembre 1943

    Soixante-huit arrestations parmi les F.T.P.-M.O.I. et les membres de son appareil de logistique. Le rapport de synthèse de la Brigade spéciale du commissaire Barrachin constate que sur les soixante-huit résistants arrêtés à la suite du troisième coup de filet, il y a trente-trois "aryens" dont dix-neuf étrangers, trente-cinq juifs dont trente étrangers. Dans cet ensemble on compte vingt et une femmes.

    Le 16 novembre 1943, un vaste coup de filet est lancé. Les premiers à être arrêtés sont Manouchian (responsable militaire régional) et Joseph Epstein, juif d'origine polonaise, ancien officier des Brigades internationales et responsable F.T.P.F. et F.T.P.-M.O.I. interrégional - le supérieur hiérarchique de Manouchian - alors qu'ils avalent leur rendez-vous à la gare d'Evry Petit-Bourg.

    Epstein par sa position est en contact avec l'État-major F.T.P.F., qui lui-même est en contact avec la direction du P.C.F. S'il parle, c'est tout le Comité militaire national et toute la tête du P.C.F. qui tombent !

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    Joseph EPSTEIN
     



    Joseph Epstein (Colonel Gilles) Commandant en chef de tous les F.T.P.F. et de tous les F.T.P.-M.O.I. de la région parisienne. "Inventeur" d'une tactique de guérilla urbaine qui a permis de porter des coups très durs à l'occupant. Arrêté avec Manouchian Il fut atrocement torturé.

       



    Les nazis ne réussirent même pas à lui faire avouer son nom. Il fut fusillé le 11 avril 1944 au Mont-valérien. Ses supérieurs hiérarchiques le désignent aujourd'hui comme "Le plus grand officier de la Résistance armée française".


    Mais alors qu'il fut littéralement "massacré" par les Inspecteurs de la Brigade spéciale, (il a eu le visage complètement déformé par "le masque de torture") il n'a pas lâché un seul nom. Il n'a même pas livré sa véritable identité ! Il ne fut fusillé que le 11 avril 1944, soit un mois et demi après ceux de l'Affiche Rouge, et enterré sous un faux-nom.

    Ses compagnons "d'infortune" avaient été fusillés au Mont Valérien depuis le 2l février 1944 : "Ils étaient 23 quand les fusils fleurirent, 23 qui criaient "La France" en s'abattant". (Aragon).

    En réalité, ils n'étaient que 22. La seule femme Olga Bancic, responsable du dépôt d'armes fut décapitée à la hache à Stuttgart le 10 mai 1944, le jour de ses 32 ans !

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  • d) Un combat qui a contribué à la libération de la France

    Les étrangers occupent une place importante et longtemps négligée par les politiques et les historiens dans les combats pour la libération de la France.

    Une fois encore, il ne s'agit pas ici de faire le tour de toutes les actions - trop nombreuses - mais d'évoquer rapidement la part prise par les F.T.P.-M.O.I. dans l'insurrection de plusieurs villes comme Paris, Villeurbanne ou Marseille."Ces immigrés se battaient jusque là EN France et POUR la France. Ils le font dès lors AVEC la France. Ils SONT la France". (Le Sang de l'Étranger).

  • Ainsi, à Paris, les F.T.P.-M.O.I. qui ont survécu aux grandes rafles et de nombreux jeunes qui sentent la victoire, se dépensent sans compter, à partir de la mi-août 1944, en ville, mais aussi en banlieue, où ont commencé des embuscades et des combats de rue, en plein jour. Leurs unités ont combattu dans plusieurs secteurs "chauds" : assauts contre la Chambre des députés, les Tuileries, la Kommandantur, et en même temps elles ont continué à harceler les unités allemandes en retraite.
  • À Marseille, la coalition des forces F.T.P.F. et F.T.P.-M.O.I. du bataillon Marat, ainsi que l'armée française, est remarquable : la ville est libérée avec 27 Jours d'avance sur les plans alliés...
  • Le 24 août 1944, après une opération militaire, les combattants de Carmagnole sont obligés de se replier sur Villeurbanne. Là, la foule les accueille avec des cris enthousiastes ! C'est le délire ! Ils viennent en effet d'entendre à la radio que Paris est libéré !! Et de Gaulle n'a-t-il pas déclaré : "La libération nationale ne peut être séparée de l'insurrection nationale". Quelques heures après, des barricades se dressent sur toutes les routes d'accès à la ville. Pendant 3 jours les combattants F.T.P.-M.O.I., aidés par la population, tiennent tête à l'armée allemande. Mais devant la menace de bombardement à l'artillerie lourde, les combattants sont contraints de se retirer. La guérilla urbaine continue quand même. Leur lutte n'a pas été vaine : devant le mur de la sinistre prison du Fort-Montluc, où officiaient Klaus Barbie et ses sbires, un monument rappelle que : "Ici souffrirent sous l'occupation allemande 15.000 internés victimes des nazis et de leurs complices. L'insurrection populaire F.F.I. libéra 950 survivants le 24 août 1944".
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  • CONCLUSION

    Le combat des F.T.P.-M.O.I. ne s'est pas arrêté aux chaudes journées de la Libération. Faisant partie des F.F.I., ils furent intégrés dans l'armée française.

    Ainsi à Paris, Boris Holban, ancien commandant militaire F.T.P.-M.O.I. de la région parisienne, forma "le Premier Régiment de Paris". Le régiment fut transformé en Bataillon 51/22 de l'armée régulière. Chacun de ces immigrés brûlait du désir de poursuivre le combat jusqu'à l'ébrasement final des puissances de l'Axe. Mais c'est en vain que Boris Holban demanda à toutes les instances leur envoi sur le front.

    Les autorités militaires préférèrent les laisser dans les casernes plutôt que de les envoyer au combat. Le 8 Juin 1945, les mêmes autorités décidèrent la dissolution de ce bataillon. Et le 21 juillet 1945, ils furent démobilisés.

    À Lyon, en septembre 1944, les bataillons Carmagnole et Liberté furent incorporés au 1er régiment du Rhône qui partait combattre les troupes allemandes sur la frontière italienne. Mais là encore, les autorités militaires ne leur laissèrent pas cet honneur. Ils durent soit s'engager dans la Légion étrangère, soit quitter l'armée. Ceux qui voulurent absolument continuer le combat dans l'armée française durent - et c'est le comble - utiliser une fois encore les faux-papiers qui leur avaient servi pendant l'occupation.

    Si Boris Holban obtint, ipso facto, la nationalité française, ce ne fut pas le cas pour beaucoup de combattants étrangers qui durent longtemps lutter pour l'obtenir.

    À la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, le 11 Novembre 1945, sous l'Arc de Triomphe, le Général de Gaulle salue la mémoire de 15 combattants - 15 corps qui sont alors le symbole de cinq années de sang et de combat : "Groupés autour de celui dont Dieu seul sait le nom qui sous la flamme sait représenter la fleur de notre race abattue dans les premiers combats de cette guerre de 30 ans". (de Gaulle). Parmi ces 15 combattants inhumés au Mont Valérien, aucune place n'est faite, comme le rappelle M. Barcellini, aux résistants d'origine étrangère. En 1945, la Résistance est française ... et elle l'est longtemps restée.

    La "guerre froide" qui éclate en 1947 amplifie ce phénomène : pour ne pas avoir d'ennuis, beaucoup de résistants (à plus forte raison les F.T.P.-M.O.I. qui étaient politiquement très "marqués" choisirent le silence, évitant de parler de leurs états de service, alors même qu'ils réclamaient la nationalité française. C'est ainsi que pour beaucoup d'entre eux, leurs actes héroïques disparurent dans la nuit et le brouillard.

    Plusieurs décennies après, ils découvrirent que leurs combats ne figuraient même pas dans les livres d'histoire ou bien y figuraient de façon déformée. Pour lutter contre cette occultation, cette injustice historique, ils l'investirent dans le combat de la mémoire : des amicales d'anciens combattants aux cheveux blancs travaillèrent sans relâche pour que soit reconnue et honorée leur participation à la Résistance française. Et aujourd'hui enfin, après 5O ans de silence, l'Éducation nationale, consciente elle aussi que "La mémoire ne vaut pas que pour le souvenir, elle vaut aussi pour le devenir", déchire la page blanche de nos livres d'histoire pour y insérer à jamais la page rouge du sang des étrangers versé pour la France car :

    "Qui sait si l'Inconnu
    Qui dort sous l'arche immense
    Mêlant sa gloire épique
    Aux orgueils du passé
    N'est pas cet étranger
    Devenu Fils de France
    Non par le sang reçu
    Mais par le sang versé".


                                     Pascal Bonetti
    Gilda LANDINI
    Professeur d'histoire
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  • V- Donner sa véritable place à la résistance des juifs de la M.O.I.
    Introduction de Max WEINSTEIN
    en préalable de l'édition de ce texte - 22 mai 2009

    MRJ-MOI

    J'attire votre attention sur le fait que [ce qui suit] n'a qu'un lointain rapport avec "l'Affiche rouge". Il s'agit surtout, avec cet article de dépasser l'ostracisme dont nos organisation de résistance sont l'objet depuis maintenant fort longtemps.

    Il faut distinguer, concernant la M.O.I., deux axes.

    L'un concerne les FTP de la M.O.I. dans lesquels se sont engagés de nombreux jeunes juifs originaires de l'Europe de l'est; des originaires d'autres pays européens sont venus les rejoindre au fur et à mesure du déroulement de la guerre (espagnols, italiens, grecs et autres).

    L'autre concerne la seule résistance des juifs issus de la M.O.I. d'avant guerre, qu'il faut donc distinguer des F.T.P., comprenant, après que le mouvement "Solidarité" ait été créé après la dissolution par le gouvernement de l'époque des organisations du P.C.F. dont la M.O.I. avec cette branche juive, au dénominateur commun: le parler yiddish. Elle se transforma en mouvement "Solidarité", semi-clandestin puis entièrement clandestin. En 1942, en raison du développement des hostilités, ce mouvement donna naissance aux quatre organisations de Résistance dont il est question dans l'article concerné.

    À condition de bien préciser cela, je suis entièrement d'accord pour que vous repreniez l'article en question, sans faire confusion avec l'Affiche Rouge qui est une autre glorieuse histoire.

    -------------------------

    Il y a, de ce point de vue, beaucoup à faire, écrire et dire, tant la présence dans la Résistance des juifs issus de la branche juive de la M.O.I. d’avant guerre a été largement occultée. Y compris par un certain nombre d’historiens qui se sont évertués, s’ils y faisaient allusion, à réduire à peu de choses ce qu’elle fut réellement.

    Alors, grâce au Patriote-Résistant,
    (Cliquer pour ouvrir le site dans une nouvelle fenêtre - Note de l'éditeur) l’occasion est offerte de rappeler à ses lecteurs ce que fut en réalité l’épopée des ces organisations juives.

    Lorsque le gouvernement de l’époque prononça en 1939 la dissolution du Parti Communiste Français, les organisations qui y étaient de près ou de loin rattachées furent également contraintes à la clandestinité, à l’illégalité.

    Ainsi en fut-il de la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), créée dans le courant des années 1920 par le PCF pour permettre aux militants de différentes nationalités présents en France, de se regrouper dans ce que l’on a appelé les "Groupes de langue" au sein de la M.O.I. Il s’y trouvait les groupes de langue Espagnol, Italien, Grec, Arménien, Polonais, etc. ainsi que ce groupe un peu particulier constitué de juifs originaires de l’est européen, polonais, hongrois, lituaniens, etc. dont le dénominateur commun était la langue : le yiddish.

    D’autres organisations existantes à l’époque furent également contraintes à l’illégalité, la F.S.J.F (Fédération des Sociétés juives de France) laquelle regroupait des originaires de ces pays en sociétés de villages ou de villes, le Yask (Yiddisher Arbeiter Sport Klub / Club Sportif des Travailleurs Juifs - note de l'éditeur)organisation sportive, ainsi que d’autres associations de type culturel, groupe théâtral, chorale, ou syndical, comme le syndicat C.G.T. des casquettiers.

    Dans ces milieux de l’immigration juive récente de langue yiddish, celle qui avait suivi la fin de la première guerre mondiale, il y avait une vie culturelle, politique, syndicale et sportive intense.

    Il existait alors un journal quotidien de langue yiddish, la Naïe Press au tirage important, qui rayonnait alors dans toute l’Europe de l’ouest, dont le mensuel actuel La Presse Nouvelle magazine (Cliquer pour ouvrir le site dans une nouvelle fenêtre - Note de l'éditeur) est l’héritier spirituel.

    C’est dans ces conditions que les dirigeants de la branche juive de la M.O.I. réagirent. À commencer par la création du mouvement "Solidarité" qui, comme son nom l’indique, pratiquait la solidarité active en direction des familles juives en difficulté. Solidarité matérielle, mais aussi solidarité d’alerte face aux dangers qui menaçaient les juifs.

    Il faut savoir que dès le début de ces évènements, les dirigeants de la branche juive de la MOI, au moment du pacte germano-soviétique, ne s’étaient pas laissé écarter de l’objectif principal et essentiel selon eux : la lutte contre le danger fasciste nazi. En témoigne un éditorial prémonitoire d’Adam Rayski dans la Naïe Press avant son interdiction, rappelant que le danger essentiel pour les juifs était l’hitlérisme.

    Les juifs de la branche juive de la M.O.I. avaient plus de raisons que les autres groupes de langue de s’organiser et d’agir sans attendre. Ils étaient les plus exposés avec l’ensemble des juifs vivant en France, en raison des persécutions antisémites des nazis et de l’antisémitisme propagé par le gouvernement installé à Vichy, dirigé par le maréchal Pétain qui avait fait "don de sa personne à la France", dès l’automne de 1940. Même et y compris si tous les juifs ne se sentaient pas directement concernés, ceux des familles complètement intégrées dans la société française de longue date par exemple.

    Cela n’empêchera pas le régime de Vichy, comme complice des nazis, de leur faire subir le sort qu’ils réservaient aux juifs, à tous les juifs qui tombaient entre leurs mains.

    Le mouvement "Solidarité", semi-clandestin puis entièrement clandestin assez rapidement a poursuivi ses activités, surtout en région parisienne, lieu d’une grande concentration de familles juives jusque dans le courant de l’année 1942, également en province, tout particulièrement à Lyon, où il s’était baptisé "Secours Populaire" pendant un temps.

    Avertis de la préparation de la grande rafle du "Vel d’hiv" de juillet 1942, les dirigeants multiplièrent les activités pour mettre en garde la population juive des quartiers populaires de Paris et lui demander de se mettre à l’abri, avec des tracts, des visites et autres initiatives. On sait aujourd’hui ce qu’il en fut.

    Pour des raisons de sécurité, les dirigeants de "Solidarité" se replièrent sur Lyon qui devint le centre de ses activités.

    Malgré la situation de clandestinité, les responsables de la branche juive de la M.O.I. sont restés en relations avec les responsables généraux de la M.O.I. clandestine, toutes sections de langues confondues, elle-même en relation avec la direction clandestine du P.C.F., en l’occurrence, Jacques Duclos. Les relations étaient relativement difficiles en raison de cette situation et parfois assez longues pour avoir le contact, cela se comprend aisément.

    Toujours est-il que, sur recommandation de la direction clandestine générale de la M.O.I., la décision a été prise, en raison de l’évolution de la situation en général et l’évolution de la guerre à l’est de l’Europe, de transformer le mouvement clandestin "Solidarité" en une série de mouvements destinés à rassembler le plus grand nombre possible de juifs pour développer la lutte active contre l’occupant et ses alliés, ce qu’on appelait alors les organisations de masse.

    Il faut savoir cependant que, sans attendre la constitution de telles organisations, des activités de résistance s’étaient développées dès l’entrée des armées nazies en France, sous des formes diverses. Les jeunes communistes juifs de Paris s’étaient engagés dans ces actions dès le mois d’octobre 1940. Ils en payèrent le prix fort. Des plaques fleurissent sur un certain nombre d’immeubles parisiens qui en rappellent le sacrifice. C’est sur ce terreau d’activités que, tout naturellement, les décisions furent prises de diversifier, d’intensifier et de multiplier les activités.

    Il y eut comme chacun sait les F.T.P. de la M.O.I. qui s’illustrèrent par leur audace et leur combativité, leurs succès, et leurs pertes aussi. Ils furent d'abord surtout constitués de jeunes juifs auxquels des combattants d’autres nationalités se joignirent au fil des mois et des années : le groupe Manouchian à Paris, Carmagnole à Lyon et Liberté à Grenoble, la 35ème brigade de Marcel Langer à Toulouse et d’autres, à Marseille et ailleurs. Chacun se souvient de la célèbre Affiche Rouge…

    Et il y eut parallèlement, c’est très important de le savoir, les mouvements issus directement de "Solidarité" : l’U.J.R.E. (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide), organisation mère, qui créa rapidement ses propres Groupes de Combat ; l’U.J.J. (Union de la Jeunesse Juive), laquelle, à l’image de son aînée, initia ses Groupes de Combat ; l’U.F.J. (Union des Femmes Juives) plus particulièrement chargée du sauvetage des enfants et le M.C.R. (Mouvement contre le Racisme) devenu rapidement M.N.C.R. (Mouvement National Contre le Racisme).

    Ce dernier mouvement deviendra en 1947 le M.R.A.P., créé à l’initiative de l’U.J.R.E. qui lui offrit son journal issu de la clandestinité "Droit et Liberté".

    Ce sont surtout ces mouvements de résistance qui ont été et sont victimes de l’ostracisme auquel il est fait état ci-dessus. Le vocable FTP-MOI en a servi de prétexte. Cela évitait de rendre leur place dans l’ensemble de la Résistance à ces mouvements, composés essentiellement de personnes qui avaient fait de la France leur seconde patrie après avoir fui pogroms et persécutions. Des gens pour qui la France était la patrie des droits de l’homme.

    Il est intéressant de noter la spécificité de ce que fut la résistance des juifs communistes. S’il est vrai que la direction de la branche juive de la MOI clandestine se replia à Lyon, il n’en reste pas moins qu’elle était la direction nationale du mouvement dont il existait des ramifications à travers le pays, en zone nord comme en zone sud. Mais sa présence en zone sud va accélérer le développement de l’organisation et ses activités résistantes.

    S’il existait un fort noyau en zone nord, plus particulièrement à Paris et ses environs, en raison de la présence d’une grande concentration de familles juives de langue yiddish, les mouvements se ramifièrent rapidement dans les principales villes de la zone sud, surtout dans les villes où existaient des communautés de langue yiddish : Lyon, Grenoble, Megève, Limoges, Périgueux, Toulouse, Marseille, Avignon, Nice, etc.

    Une presse clandestine active et diversifiée a vu le jour, aussi bien dans la zone nord que dans celle du sud :

    • Unzer Wort en yiddish parut à 36 reprises de décembre 1940 à décembre 1941 ;
    • Notre Voix organe de la section juive de la MOI, 76 parutions de l’été 1942 à juillet 1944 ;
    • Notre Parole organe de la section juive de la MOI, quatre numéros connus de juin 1941 à Mars 1943 ;
    • Droit et Liberté organe de l’UJRE zone sud parut 9 fois de Janvier à juillet 1944 ;
    • En avant organe des jeunes communistes juifs parut 6 fois du début 1943 à Juin 1943 ;
    • Fraternité, organe du MNCR zone nord, 26 parutions de l’été 1942 à août 1944 ;
    • Lumières, organe des intellectuels du MNCR, quatre parutions du printemps à août 1944 ;
    • J’accuse, organe du MNCR zone nord, parut à 22 reprises d’octobre 1942 à août 1944 ;
    • Jeune Combat, organe de l’U.J.J. zone sud, 22 parutions entre mai 1943 et août 1944 ;
    • Clarté, organe des jeunes du MNCR parut 3 fois à partir d’avril 1944 ;
    • Le Combat Médical organe des médecins antiracistes puis organe du MNCR, parut 4 fois de mars à août 1944.
    • Il y eut également le bulletin de l’UFJ (Union des Femmes Juives) de la zone sud, l’édition de papillons en allemand destinés aux soldats allemands au titre du TA (Travail Allemand), ainsi qu’un grand nombre de tracts et appels destinés principalement aux familles juives, mais pas seulement.

    C’est considérable. Bien peu de mouvements de Résistance peuvent se glorifier d’un tel bilan éditorial.

    On peut ainsi mesurer, par la seule existence de la presse clandestine initiée par les organisations issues de la branche juive de langue yiddish de la MOI d’avant-guerre, et du mouvement "Solidarité" qui lui a succédé, l’importance et l’efficacité des mesures prises à l’automne 1942 visant à la création de cet ensemble d’organisations clandestines.

    De nombreux juifs, communistes ou non, bravant les difficultés de l’heure, ont rejoint ces organisations. Il y en eut de plus en plus au fur et à mesure que les mouvements se déployaient à travers le pays et que la guerre évoluait. Ils et elles furent des milliers à s’impliquer et à prendre part à la lutte et aux actions contre l’occupant et ses affidés. En particulier dans la région parisienne avec des groupes organisés dirigés depuis Lyon où se trouvait alors la direction de l’UJRE, dans Lyon et ses alentours et les autres villes de la zone sud.

    Dans ces conditions, comment comprendre le silence assourdissant qui a entouré la réalité de la résistance de ces juifs de la MOI, autre que celle des FTP de cette même MOI ?

    On ne peut invoquer l’ignorance, encore que… Le plus souvent, semble-t-il, c’était la volonté de minimiser le rôle des communistes en général, sinon de l’ignorer, qui anime et animait un certain nombre de personnes, pour des raisons politiques, mais pas seulement. C’était aussi pour donner le beau rôle, parfois bien mérité certes, à d’autres forces qui s’étaient impliquées dans la Résistance et éviter de reconnaître sous des prétextes divers, ce qu’a eu de décisif et d’important la lutte des communistes en général, ceux issus de la MOI en particulier dans la Résistance intérieure. Sans négliger pour autant les diverses autres formations, groupes et autres réseaux qui ont lutté pour la libération de la patrie.

    65 ans après la fin de ce conflit dramatique, on aurait pu imaginer que ces pesanteurs auraient disparu. Il n’en n’est rien ! Il y a toujours des personnes pour prendre le relais dans leurs écrits et leurs discours que plus rien ne saurait justifier aujourd’hui.

    Ne serait-il pas temps d’en finir avec ces blocages, d’en revenir à la réalité de ce qui s’est réellement passé, sans arrière-pensées !

    C’est ce que nous essayons de faire avec la création de l’association MRJ-MOI, au 14, rue de Paradis à Paris, lieu historique s’il en fut, qui a abrité depuis la Libération de nombreuses organisations et associations juives issues de l’immigration yiddish, en particulier l’UJRE qui y siège encore aujourd’hui et les descendants de la CCE, Commission Centrale de l’Enfance créée par l’UJRE , aujourd’hui AACCE, Association des Amis de la CCE.

    Cette nouvelle association a l’ambition de créer un espace de mémoire ouvert et éducatif dans les locaux du 14 de la rue de Paradis, afin de perpétuer la mémoire et les activités de ces juifs qui ont agi, lutté et pris des risques inouïs pendant les années noires. Elle bénéficie pour ce faire de l’appui de la municipalité de Paris et son maire, Bertrand Delanoë, et du Musée de la Résistance Nationale de Champigny.

    Max WEINSTEIN
    Ancien résistant de l’UJJ zone sud
    Vice-président de M.O.I.-M.R.J.
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  • VI- Cérémonie Ivry - 22 février 2009
    Georges DUFFAUT-EPSTEIN

    "Vous étiez vingt et trois quand les fusils fleurirent" disait Aragon dans son célèbre poème (Strophes pour se souvenir 1955 (Note de l'éditeur)). Mais les fusils ne fleurirent pas seulement pour ce que la légende a appelé le "Groupe Manouchian-Boczov". Au Mont Valérien, la liste est longue de ceux qui furent fusillés par les Nazis. Sur le Monument du Souvenir réalisé par le plasticien Pascal Convert, 1014 noms sont gravés dans le bronze. Ce sont les noms des hommes tombés en ce lieu qui a le triste privilège d’être l’endroit en France où ont été abattus le plus grand nombre de martyrs.

    Quand l’on parle habituellement du Mont Valérien, viennent immédiatement à l’esprit, les noms du catholique Honoré d’Estienne d’Orves et du communiste Gabriel Péri, immortalisés par Paul Eluard dans La Rose et le Réséda.

    On pense ensuite aux 23 de l’Affiche Rouge mais tous les autres semblent occultés dans la mémoire collective. Résister n’était pas réservé aux seuls noms connus. De nombreux autres, moins célèbres ont donné leur sang pour notre liberté. Les énumérer tous serait fastidieux mais nous devons leur rendre hommage avec la même ferveur.

    Ils venaient de pays très différents. Originaires de Pologne, de Hongrie, d’Arménie, de Roumanie, de Bulgarie, de Tchécoslovaquie, de Russie, des pays du Maghreb, d’Espagne, d’Italie et d’ailleurs ils ont leur nom sur la Cloche (c’est devenu l’identité du monument). Souvent ils avaient dû quitter leurs pays alors sous le joug de régimes dictatoriaux et pour certains fascistes et ils continuaient leur combat sur le sol de notre territoire. Parfois leur trajet avait commencé dans les Brigades Internationales en Espagne.

    Avec leurs compagnons français, ils n’avaient qu’un seul ennemi "l’idéologie nazie". Ils ne se battaient pas contre le peuple Allemand, c’est pourquoi avec eux se trouvaient des Allemands antinazis. Je voudrais citer ici Karl Schoonar jeune résistant Allemand fusillé à l’âge de 17 ans à la suite du procès dit "Maison de la Chimie". Certains d’entre eux étaient juifs ce qui bien sûr en faisait une cible prioritaire pour les occupants et les collaborateurs du régime de Vichy. Certains étaient catholiques, d’autres protestants, quelques-uns musulmans, la grande majorité ne croyait en aucun dieu.

    Leurs engagements politiques exprimaient la même diversité : gaullistes, communistes, socialistes ou non-engagés politiquement, souvent militants syndicaux, ils luttaient ensemble pour un monde meilleur. Toutefois les fusillés du Mont Valérien ont une particularité, ils étaient dans leur grande majorité communistes. Ils avaient tous résisté, sous des formes multiples. Propagande, distribution de tracts ou de journaux clandestins, sabotage, renseignement, lutte armée ou tout autre forme de combat, c’est ce qui leur était reproché.

    Pour les nazis, tous ceux qui s’opposaient à leurs actions devaient disparaître. On trouvait parmi eux des otages dont certains d’origine juive étaient internés dans le camp de Drancy. Ces otages n’étaient pas choisis au hasard Comme ceux de Chateaubriand ils avaient tous eu avant leur arrestation une attitude antifasciste.

    Souvenez-vous, il suffisait d’avoir appartenu au Parti Communiste pour être accusé d’ "activité antinationale" et de ce fait susceptible d’être exécuté. La police française, collaborationniste, les arrêtait et les livrait aux Allemands. Le réservoir d’otages était ainsi alimenté sans discontinuer.

    La machine d’élimination fonctionnait en permanence. Les camions bâchés arrivaient au Mont Valérien chargés de "vivants" et repartaient en emportant les morts. L’isolement du lieu permettait l’exécution de la sinistre besogne en toute tranquillité - si l’on peut s’exprimer ainsi. Pour les sépultures, il fallait faire de même.

    Si au cimetière Parisien d’Ivry ont été enterrés près de 840 corps dont ceux des héros de l’Affiche Rouge, les nazis dans leur souci permanent de faire disparaître les traces de leurs forfaits enterraient les suppliciés dans de nombreux autres cimetières de la région parisienne. Il était ainsi plus difficile pour la population de mesurer exactement l’ampleur de la répression.

    Nous qui sommes présents ici nous savons qu’ils se battaient tous, quelles que soient leurs origines et leurs convictions personnelles, pour la démocratie et le progrès social, contre tous les racismes et tous les communautarismes. Ce combat leur était commun, qu’ils soient communistes, gaullistes, ou autres. Ils aimaient "la vie à en mourir" comme le dit le beau titre du livre édité sous l’égide du Musée de la Résistance nationale de Champigny, contenant une sélection de lettres de fusillés.

    Nous leur devons "notre liberté" et pourtant ils ont failli disparaître des mémoires. Au Mont Valérien jusqu’en 2003 il n’existait que le Mémorial de la France Combattante inauguré en 1958 par le Général de Gaulle. Les fusillés n’avaient droit ni à un monument ni à une cérémonie officielle. Seules les associations telles l’ARAC, l’ANACR, la FNDIRP avec d’autres comme le Parti Communiste et la CGT, leurs rendaient hommage dans la clairière une fois par an. Il fallut attendre que le sénateur Robert Badinter fasse adopter à l’unanimité par le Sénat un projet de loi pour que la réalisation d’un monument soit décidée.

    Le 20 Septembre 2003, près de 60 ans après la libération de la France, le Monument du Souvenir des Fusillés du Mont Valérien était enfin inauguré. Jean Pierre Raffarin, premier ministre, Robert Badinter et moi-même au nom des familles de fusillés, dévoilions ce monument en forme de cloche portant les noms des 1014 fusillés identifiés à ce jour.

    Il fallait faire plus et ce que réclamaient toutes les associations depuis de nombreuses années va enfin prendre corps. Le Mont Valérien va devenir un réel lieu de recueillement et de mémoire grâce aux travaux entrepris dont la première tranche doit être terminée a la fin du premier semestre 2009. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Le "Chemin des fusillés" oublié pendant si longtemps, va enfin être de digne de ceux qui sont tombés dans ce site. Nous pourrons les honorer dans un lieu à la hauteur de leur sacrifice.

    Je dois vous dire que c’est avec beaucoup d’émotion que je m’exprime aujourd’hui devant vous, car derrière moi à côté de la tombe de Missak et Mélinée Manouchian se trouve la tombe de mon père Joseph Epstein. Plus connu sous le pseudonyme de Colonel Gilles il était Commandant Militaire des Francs Tireurs et Partisans Français de la Région Parisienne. À ce titre il assumait la responsabilité des FTP-MOI dont le groupe de l’Affiche Rouge faisait partie.

    Et pourtant ni son nom ni son portrait ne figurent sur la célèbre affiche alors qu’il fût arrêté avec Missak Manouchian le 16 Novembre 1943 à Evry Petit-Bourg. Malgré d’effroyables tortures il na même pas livré son vrai nom à ses tortionnaires. Il fut donc fusillé sous un pseudonyme à consonance française. De ce fait il ne pouvait pas servir à la propagande nazie et il n’eut pas l’honneur de figurer sur les murs français avec Les glorieux combattants de l’Affiche Rouge que nous honorons ce matin. La dernière lettre qu’il m’adressait quelques heures avant de mourir résume bien le combat qu’ils menaient tous ensemble. Il m’écrivait:

    "Je meurs pour ton bonheur, pour celui de toutes les mamans et de tous les enfants".

    Oui ils n’avaient pas de haine contre un peuple mais la volonté de construire un monde meilleur, libéré de toutes les oppressions. Ses derniers mots, écrits en travers de la page, montraient avec force le sens de sa lutte permanente.

    Lui le Juif Polonais son ultime message était "Vive la France, vive la liberté".

    Quelle leçon pour l’avenir. Il nous indiquait ainsi le sens que nous devons donner à notre action pour perpétuer la mémoire de tous ces combattants. Nous ne pouvons tolérer toutes les formes de "négationnisme". Les propos d’un soi disant humoriste ne nous font pas rire. De même, c’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la réhabilitation par le pape Benoît XVI d’un évêque négationniste.

    Il est impossible de composer avec cette idéologie. Notre honneur c’est de continuer le combat pour un monde de fraternité et de liberté dans lequel tous les racismes et tous les communautarismes n’auront pas droit de cité. Nous serons ainsi fidèles à la mémoire de tous ceux qui payèrent de leur vie ce combat.

    Georges DUFFAUT-EPSTEIN
    Président de Les Amis du Musée de la Résistance nationale
    Champigny-sur-Marne
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  • VII- Entrée de Missak et Mélinée MANOUCHIAN au Panthéon
    Hommage aux 23 FTP-MOI
    21 février 2024

    Manouchian - Entrée au Panthéon
    CONTENU DE CETTE CONTRIBUTION
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    Discours de Fabien ROUSSEL (Source PCF)

    Monsieur le vice-président du Sénat, cher Pierre Ouzoulias,
    Mesdames, Messieurs les parlementaires,
    Madame la Secrétaire générale de la Confédération Générale du Travail, chère Sophie Binet,
    Mesdames, Messieurs les présidents d'association,
    Mesdames, Messieurs,

    Nous sommes rassemblés ici, rue de Plaisance, devant ce lieu où, clandestins, Missak et Melinée Manouchian vécurent au plus dur de la guerre. Une petite rue toute simple, comme il y en a tant dans notre pays, une rue où frémissait un amour, une rue où grandissait un espoir, celui, formidable, de la Résistance à l'oppresseur et du triomphe de la liberté.

    Nous sommes ici pour rendre hommage à cet homme, Missak Manouchian et à cette femme, Mélinée Manouchian ; à leurs frères et à leurs sœurs de combat : Celestino, Olga, Joseph, Georges, Rino, Thomas, Maurice, Spartaco, Jonas, Emeric, Léon, Szlama, Stanislas, Cesare, Armenak, Marcel, Roger, Antoine, Willy, Amedeo, Wolf, Robert et les dizaines de milliers d'autres, ceux qui furent arrêtés plus tôt, ceux qui furent arrêtés ensuite, ceux qui furent déportés et qui ne revinrent jamais, ceux qui survécurent. Tous ces hommes et ces femmes, nés ici ou ailleurs, qui coururent tous les risques pour que nous vivions libres et debout. En pleine humanité.

    Dans sa dernière lettre à Mélinée, Missak Manouchian écrivait : "Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement."

    Regarde, Missak. Combien tu avais raison. À travers Mélinée et à travers toi, c'est toute la mémoire de tes camarades, de Joseph Epstein, des FTP-MOI que la Nation salue avec infinie reconnaissance. Celle de tous ces étrangers, Polonais, Roumains, Italiens, Arméniens, ces athées, ces croyants, ces juifs, ces agnostiques, francs-maçons, unis pour défendre leur liberté, la liberté, celle de la Grande Révolution, celle de la République contre la nuit fasciste.

    Cher Missak, dans cette cohorte fraternelle qui croyait si fort à l'unité du genre humain, à l'égalité des hommes et à l'universalité de leurs droits, je veux avoir un mot particulier de tes camarades juifs : il y avait si peu de juifs dans la France de cette époque ; ils furent pourtant si nombreux à tes côtés malgré la haine plus féroce encore qu'ils devaient affronter à travers l'entreprise génocidaire nazie et ses fidèles soutiens vichystes français. Avec toi, avec tous, au sein du PCF, ils étaient au combat pour la liberté, pour l'égalité, pour la grande fraternité humaine.

    À travers toi, Missak, c'est l'étranger, l'Arménien amoureux de la France des Lumières, de Hugo et Rolland que nous célébrons. C'est le poète amoureux des mots, autant que de la Révolution française.

    Cette fascination, Mélinée la décrira plus tard : "Paris, ce nom évoquait en lui tout un univers de choses possibles, d'espérances vécues, de rêves réalisables. Il se répétait les noms de Marat, Robespierre, Danton, Saint-Just, les grands encyclopédistes qui avaient été les prophètes et les artisans de la grande Révolution."

    Telle était la France dont tu rêvais et qui nous anime encore aujourd'hui.

    Avec tes camarades, vous aviez toutes et tous l'internationalisme chevillé au corps. Un sens aigu de l'humanité, qui te fit proclamer, quelques heures avant de mourir sous les balles allemandes : "Je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. [...] Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre, qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous..."

    Bonheur, ce mot de Saint-Just qui court, intact, jusqu'à tes lèvres, à quelques heures de la mort et nous pousse encore aujourd'hui.

    Menuisier à La Seyne puis ouvrier chez Renault, Missak, tu partageais la vie des travailleurs étrangers en France ; celle de la classe ouvrière.

    Tu en explores la belle fraternité, la solidarité entre ouvriers français et étrangers face aux concurrences attisées par le patronat. Tu affrontes aussi la xénophobie, le racisme, qui montent comme une mer terrible avec la crise des années 30 avant de devenir idéologie d'État avec l'arrivée de Pétain au pouvoir.

    Dans ton poème Restons éveillés, dédié "aux travailleurs immigrés", tu soulignes à quel point ceux-ci doivent se prémunir en permanence contre le poison des haines raciales. Prenons garde de ne pas oublier ce message.

    L'affiche rouge, les FTP MOI. 20 et 3 étrangers et nos frères pourtant.

    Il en fallait du courage à ces partisans pour entreprendre une guérilla en plein Paris, notamment en cette année 1943, quand le rapport des forces dans la capitale leur était si défavorable.

    Ils étaient jeunes et rien ne les destinait à la guerre.

    Je pense à ceux de ma région que nous honorons tous les ans, à la même période, l'italien Eusébio Ferrari, jeune résistant communiste de 22 ans abattu à Anzin avec ses camarades, le polonais Tadeus Cichy et le français René Denys. Leur premier fait d'arme fut d'accrocher en haut d'un pylône électrique un drapeau rouge sur lequel est écrit : "Courage et confiance, nous vaincrons". C'était le 30 juin 40, quelques jours après l'appel de De Gaulle et Tillon.

    Plus tard, ils furent à l'origine d'une attaque à Lille au cours de laquelle deux officiers allemands furent tués.

    À Paris, dans le Nord, à Marseille, dans les Cevennes, partout en France, une jeunesse résistante s'est levée.

    Ces jeunes hommes, ces jeunes femmes, épris de justice, farouches partisans de la paix et du respect de la dignité humaine se voyaient avant tout comme les soldats d'une armée de Libération de la France. Ils n'étaient pas animés par la haine.

    À ce titre, le combat dans la Résistance ne s'est jamais confondu avec du terrorisme, avec des attaques contre des civils, des femmes, des enfants, qu'ils soient Français ou même de nationalité allemande.

    Ils avaient un sens aigu de l'humanité et de leur engagement, y compris jusque dans les choix de leur cible, quand bien même les crimes nazis furent parmi les pires que l'Humanité ait connus.

    Cette humanité préservée au cœur de l'horreur n'a pas empêché les Allemands de les qualifier, eux, ces Résistants, ces soldats de la liberté et du bonheur, de "terroristes", de "dangereux communistes", de "juifs", tous ces mots ayant la même valeur d'insulte dans la langue nazie.

    Je veux aussi parler de Mélinée Manouchian qui t'accompagne ce jour, au Panthéon. Je veux, à travers elle, saluer le rôle des femmes dans la Résistance et dans les FTP-MOI. C'est Olga Bancic, cette Roumaine au courage infini, qui traque et livre des armes au groupe Manouchian, dont celle qui tue le colonel SS Julius Ritter. C'est aussi Cristina Boïco qui repère les dignitaires nazis, identifie leur adresse, leurs horaires de départ, de retour, donne toutes les informations qui permettent les coups d'éclat qui retentissent dans tout le pays. Olga et Cristina donnent au peuple cet espoir sans lequel il n'y a pas de combat. Les résistantes tinrent tous les rôles. Elles vécurent toutes les répressions. Car les nazis ne les épargnèrent pas, ces femmes, arrêtées, déportées, décapitées. Elles méritent toute la reconnaissance de la Nation.

    Mes chers amis, mes camarades, si nous saluons aujourd'hui le soldat Manouchian, nous sommes aussi fiers de l'appeler camarade. C'est un si joli nom, camarade.

    Car dans dans la France des années trente, celle des ligues factieuses mais aussi celle du Front populaire, Missak Manouchian fait le choix de l'antifascisme et de la démocratie. Il fait le choix de rejoindre le Parti communiste.

    C'est dans le fond de son histoire, dans l'espoir de ce combat communiste, qu'il se forge une conscience politique à même de le tenir debout quand l'Occupation survient.

    Cette trajectoire, il la partage avec tant de militantes et de militants communistes. C'est pourquoi cette entrée au Panthéon, je la vis comme un honneur mais aussi comme une réparation. Pour elles toutes. Pour eux tous.

    Un honneur car elle rend hommage, enfin, à ce peuple travailleur, à ce monde du travail, à ces hommes et femmes qui, sans distinction d'origine, de couleur, de religion, firent le choix de s'unir contre l'occupant. Que le PCF soit représenté par Missak Manouchian, l'ouvrier, le poète, l'arménien, le communiste est un immense honneur pour nous. Une fierté.

    C'est une réparation aussi car la Résistance communiste était jusqu'ici comme tenue en lisière des hommages républicains. Malgré tous les combats, malgré tous les morts. Enfin, aux cotés de Jean Zay, Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Simone Veil, Jean Moulin, Josephine Baker, les communistes, morts pour la France, retrouvent la place qui est la leur dans l'histoire de la Nation.

    Nous sommes fiers d'avoir participé à la libération de la France, d'avoir contribué à l'union des mouvements de résistance et à la création du Conseil national de la Résistance. Avec Jean Moulin, le gaulliste, avec Robert Chambeiron, l'ami de Pierre Cot, le ministre radical du Front populaire, avec Louis Saillant, le syndicaliste, le socialiste, avec Gaston Tessier, le catholique, avec tant d'autres, nous dessinions, dans la pénombre de la clandestinité, la France nouvelle à naître.

    Nous sommes fiers de notre camarade Pierre Villon, celui qui a proposé ce texte qui va devenir, avec l'apport de tous, le programme de la Résistance tout entière : les Jours heureux.

    Car l'engagement héroïque de ces hommes et de ces femmes a été nourri par le formidable espoir placé dans la construction de ce programme incroyablement ambitieux, qui imaginait la France dans laquelle ils rêvaient de vivre alors que le pays était encore occupé. Quelle audace fallait-il pour réaliser cela tout en étant pourchassé.

    Merci à toutes celles et tous ceux, militants et élus communistes, citoyens de progrès, historiens, d'Albert Ouzoulias au lendemain de la guerre, à Pierre Ouzoulias, son petit-fils et sénateur, tous ceux qui ont amené le Président de la République à prendre cette juste et grande décision. Et je l'en remercie.

    Merci à Eluard, Aragon, Ferré, à tous ces artistes qui ont écrit et chanté la légende.

    Merci à Henri Krasucki, déporté lui-même et aux dirigeants de la CGT d'avoir toujours fait vivre cette mémoire, aux côtés des communistes, de ces militants qui, tous les ans depuis 1944, honorent leur mémoire.

    Oui, Missak, Mélinée, vous avez tant mérité l'hommage de la nation française.

    La France est votre pays. Qu'elle est belle quand elle a vos visages, le visage de l'amour, de la vie, de la liberté. Le visage de l'humanité en plein soleil.

    Discours de Sophie BINET (Source CGT)

    Mesdames, Messieurs, les Parlementaires ;
    Mesdames, Messieurs, les Président.es d’associations ;
    Monsieur le Secrétaire National du PCF, Cher Fabien ;
    Monsieur l’ancien Secrétaire Général de la CGT, Cher Bernard ;
    Cher.es Ami.es, Cher.es Camarades,

    Il y a 80 ans jour pour jour, le 21 février 1944, étaient fusillés au mont Valérien 22 membres des Francs-Tireurs et Partisans de la Main d’œuvre Immigrée, rejoints ensuite par la roumaine Olga Bancic, seule femme de leur réseau, décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944. "23 étrangers et nos frères pourtant" comme l’a écrit Louis Aragon dans le magnifique poème qu’il leur a dédié.

    Notre émotion est à la mesure de l’évènement que va constituer dans quelques heures, l’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian et l’inscription en lettres d’or du nom des 22 autres membres des FTP-MOI torturés puis fusillés, l’arménien Armenak Arpen Manoukian, l’Espagnol Celestino Alfonso, les Italiens Rino Della Negra, Spartaco Fontanot, Cesare Luccarni, Antoine Salvadori et Amedeo Usseglio, les Français Georges Cloarec, Roger Rouxel et Robert Witchitz, les Hongrois Joseph Boczov, Thomas Elek et Emeric Glasz, les Polonais Maurice Füngercwaig, Jonas Geduldig, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Marcel Rajman, Willy Schapiro et Wolf Wajsbrot, et la Roumaine Olga Bancic. A leurs noms s’ajoute celui de Joseph Epstein, dirigeant FTP-MOI, polonais arrêté en même temps que Manouchian, fusillé le 11 avril 1944.

    Par ma voix, je tiens à exprimer la reconnaissance de toute la CGT envers celles et ceux qui ont oeuvré à faire entrer au Panthéon Missak et Mélinée Manouchian et les 23 FTP MOI. Vous êtes membres d’associations ou de fondations mémorielles. Vous êtes universitaires. Vous êtes élu-e-s de la République. Vous vous êtes battus pour qu’enfin ces femmes et ces hommes soient reconnus par la Nation et puissent prendre place dans ce lieu réservé aux grandes personnalités de notre pays. Nous vous remercions chaleureusement. Cette victoire vous honore.

    Enfin, la place des étrangers et du mouvement ouvrier dans la Résistance est reconnue. La résistance, les étrangers l’ont payé au prix fort. Les membres des FTP MOI représentent près d’un quart des fusillés du Mont Valérien, fusillés parce que résistants, fusillés parce qu’étrangers, fusillés parce que communistes et fusillés souvent aussi parce que juifs.

    Pourtant, il aura fallu 80 ans pour qu’ils et elles soient reconnus comme étant "morts pour la France".

    Leur entrée au Panthéon démontre que la France a toujours été riche de sa diversité, que la France n’est pas une communauté d’origine mais bien une communauté de destin.
    Sans immigration, pas de Marie Curie, pas de Josephine Baker, pas de Missak et Mélinée Manouchian.
    Sans immigration, pas de reconstruction d'après-guerre, pas de croissance démographique et économique, pas de métissages et d'enrichissements culturels successifs.

    Sans le mouvement ouvrier, pas de FTP MOI, ni de Conseil National de la Résistance, présidé après Jean Moulin et Georges Bidault par notre camarade Louis Saillant.

    La panthéonisation de Missak et Mélinée c’est la réparation de cette injustice. C’est un message universel qui souligne combien les idéaux d’égalité des droits, sans distinction de naissance, de croyance ou d’apparence pour lesquels Manouchian et ses camarades ont donné leurs vies, peuvent soulever le monde entier.

    Mais ce nouvel unanimisme autour de leur mémoire ne doit pas dénaturer ou dépolitiser leur héritage.

    Elles et ils fuyaient les persécutions, l’antisémitisme, le génocide des arméniens, le fascisme de Franco et Mussolini ou encore le nazisme d’Hitler. D'origine et de confessions diverses elles et ils avaient vécu des histoires différentes. Mais elles et ils avaient cette conscience de classe qui en faisait des humanistes, des internationalistes.

    C’est d’abord au sein de la CGTU qu’un certain nombre d’entre elles et eux ont trouvé la possibilité de militer sans renier leur histoire et leurs origines. C’est là qu’elles et ils purent s’organiser dans la Main d’œuvre Etrangère, la MOE, créée dès 1923 par la CGTU et qui deviendra la MOI un peu plus tard. A cette période, après l’hécatombe de la grande guerre, la France a besoin de main d’œuvre et organise l’immigration de travailleurs et de travailleuses. Mais ils n’ont aucun droit et sont surexploités par le patronat. La CGTU comprend aussitôt l’enjeu de les organiser pour lutter contre les mises en opposition et créer une solidarité de classe entre français et étrangers. L’organisation en "groupe de langue" italien, yiddish, polonais, espagnol, arménien… permet de rassembler dans un combat unifiant pour les libertés et les droits sociaux sans nier la pluralité des identités et des cultures. La lutte syndicale, hier comme aujourd’hui, permet de rassembler quelque soit l’origine, la religion ou le genre, à partir de batailles concrètes, à partir de son travail et de la défense de ses intérêts face à son employeur.

    C’est d’autant plus important qu’après la crise de 1929 et ses violentes conséquences économiques et sociales, le racisme, l’antisémitisme et les ligues d’extrême droite gangrènent notre pays. Si en France nous n’avons pas eu Hitler mais le Front populaire, c’est notamment grâce à la CGT et aux MOI qui jouent un rôle très important dans la lutte contre le fascisme, notamment dans la grande manifestation du 12 février 1934, et dans les luttes sociales des années 30 à commencer par les grandes grèves de 1936. Pourtant, à l’époque, les étrangers n’ont pas le droit de diriger des syndicats. Pourtant, ils et elles n’ont pas les mêmes libertés syndicales et risquent le licenciement et l’expulsion dès qu’ils se mobilisent. Malgré ces énormes difficultés la CGTU compte autour de 30 000 syndiqués étrangers dans les années 30, chiffre qui atteindra 400 000 avec l’élan du front populaire.

    La MOI, c’est là que commence à militer Henri Krasucki, membre de la direction parisienne des organisations de jeunes de la section juive de la MOI, résistant à Paris, torturé et déporté à Auschwitz qui deviendra ensuite secrétaire général de la CGT.

    Les camarades de la MOI, à l’image de Missak et Mélinée sont profondément internationalistes. Ils et elles sont les premiers à s’enrôler comme volontaires dans les "brigades internationales" pour combattre aux côtés des républicains espagnols l’armée de Franco et la légion Condor envoyée par Hitler. D’autres ont participé activement à l’accueil des réfugiés fuyant le franquisme. Aguerris à la clandestinité et au combat armé au regard de leurs parcours militants, ils furent parmi les premiers à s’organiser dans la résistance, combattant au péril de leur vie l’occupant allemand et les milices de Vichy.

    C’est le travail de la CGT et des MOI qui permet d’organiser le grand mouvement de grève de 100 000 mineurs de mai juin 1941, dans laquelle les polonais ont joué un rôle majeur. Les mineurs du Nord Pas de Calais le paieront au prix fort en étant les premiers déportés.

    Nous n’oublions pas les nombreux résistants fusillés comme otages à Chateaubriant, Nantes, Voves, Rouillé, Souge et dans tant d’autres lieux. Nous n’oublions pas celles et ceux, juifs et/ou résistants, qui ont été déportés dans les camps de la mort dont un très grand nombre n’est jamais revenu. Nous n’oublions pas que si nos 23 camarades ont été assassinés par les nazis c’est à cause du régime de Pétain qui a permis leur arrestation. Nous n'oublions pas la rafle du Vel d'Hiv, la déportation puis l'extermination de 12 884 femmes, hommes et enfants juifs organisée par le régime de Vichy dont les héritiers osent aujourd’hui s’inviter au Panthéon.

    "Ils n’avaient demandé la gloire ni les larmes, ni l’orgue ni la prière aux agonisants". Être à la hauteur de leur combat, c’est le perpétuer aujourd’hui à l’heure où nos démocraties vacillent et où l’extrême droite, en France comme dans de nombreux pays du monde n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Elles et ils, comme Missak, sont souvent entrés clandestinement en France. Auraient-ils, aujourd’hui, accès au droit d’asile ? Elles et ils, comme Missak et Mélinée ont été exploités et souvent licenciés, le seraient-ils encore aujourd’hui ?

    Elles et ils comme Missak qui a demandé à deux reprises, sans succès, à être naturalisé français ont été victimes de nombreuses discriminations, seraient-ils dans la même situation aujourd’hui ?

    Rappelons-nous ces mots de Missak face au tribunal militaire allemand et aux cris de haine de la presse collaborationniste : ""Quant à vous, vous êtes français. Nous, nous avons combattu pour la France, pour la libération de ce pays. Vous, vous avez vendu votre conscience et votre âme à l’ennemi. Vous avez hérité de la nationalité française. Nous, nous l’avons méritée".

    Nous ne saurons jamais si, en de pareilles circonstances, nous aurions eu leur courage. Mais ce que nous savons, c’est ce que nous faisons aujourd’hui pour défendre l’héritage du conseil national de la résistance qui n’a jamais été aussi menacé. Ce que nous savons c’est ce que nous faisons pour défendre la sécurité sociale, la liberté de la presse, le statut de la fonction publique, la direction de l’économie par les travailleuses et les travailleurs qui sont aujourd’hui remises en cause par les puissances de l’argent. La CGT sera au Panthéon tout à l’heure pour honorer nos camarades et nous serons notamment représentés par Aliou Ka Moctar, un des 502 grévistes mobilisés depuis bientôt 4 mois pour obtenir leur régularisation. Ce sont eux les héritiers des MOI. Ce sont eux qui démontrent que sur les principes fondamentaux, sur le droit du sol, le droit d’asile et l’égalité des droits, il ne peut y avoir de "en même temps" et de compromission dans les calculs politiciens.

    "Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre" écrivait Primo Levi. Puisse cette Panthéonisation contribuer à ce que chacune et chacun, à commencer par la classe dirigeante, se rappelle que l'on ne peut faire de compromis sur nos valeurs et principes essentiels, sur cet humanisme radical qui fondait l'alliance de la rose et du réséda, de ces résistants de tous horizons, syndicalistes, communistes, socialistes, chrétiens, gaullistes

    Aujourd’hui des ouvriers, des employé-e-s entrent au Panthéon. Elles et ils étaient des immigré-e-s et ont donné leur vie pour nous offrir la liberté. La CGT ne l’oubliera jamais.

    Aujourd'hui, nous nous inclinons avec humilité pour honorer leur combat humaniste et antifasciste.

    Nous leur disons solennellement qu'ils peuvent compter sur nous pour reprendre le flambeau de la résistance et de la lutte contre le fascisme d'hier et d'aujourd'hui. Pour que La France soit un pays de Liberté, de Paix et de Progrès Social. Pour que, comme nous y invitait Missak, nous puissions vivre heureux.

    Vidéo du 21 février 2024
    Réalisation : Jean Yves GUILLIN
    Rue de Plaisance - Paris


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    Fin de RÉSISTANCES VOLUME I
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