RÉSISTANCES VOLUME II |
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Au début de juillet 44, alors que j'étais au bataillon d'instruction des Maquis (aux "4 chalets" à Giron *) le capitaine ** (aujourd'hui général en retraite à Orléans), me fit savoir que le colonel ROMANS (d'illustre mémoire) avait besoin d'une voiture et d'une machine à écrire. Je répondis aussitôt : "j'ai ton affaire, je vais aller 'piquer' la voiture du préfet de l'Ain (une 11/B4 toute neuve) et mettrai une machine dedans. Mais il me faut un bon conducteur pour sortir de la préfecture et de la ville 'sur les chapeaux de roue' ".
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le sergent X me fut accordé pour cette entreprise. Je prévins par des voies obliques le chauffeur du préfet, un garçon sympa nommé BOZONNET, disparu depuis longtemps.
Descendu à proximité de Bourg, nous y entrâmes à pied pour en sortir -l'espérions nous- en voiture. Entrés discrètement dans la citadelle, je dis à BOZONNET d'ouvrir la porte du garage et de se tenir prêt à ouvrir le portail donnant sur l'avenue d'Alsace-Lorraine. Entre temps, j'allais chercher la machine à écrire dans mon ex-bureau de la 1ère division.
BOZONNET faisait le guet pour que nous puissions jaillir de notre repaire entre deux patrouilles allemandes, ce qui fut fait à la vitesse grand V. Mais, il y eut un accroc. Ayant pensé avec sagesse et presque par hasard, de mobiliser un observateur à un point stratégique, je vis arriver mon cycliste rue de Grouy ***. Affolé, il signala qu'une patrouille allemande occupait le boulevard de l'Hippodrome, que nous devions emprunter avant d'accéder à la route Montagnat et ... la zone où régnait le maquis.
Perplexes, le sergent X me proposa d'emprunter un autre itinéraire. Je refusai cette solution dans l'ignorance où j'étais des positions-clé occupées par les allemands en retraite. Je ne pouvais risquer la vie de mon camarade (ni la mienne) pour une voiture légère, si désirable soit-elle.
"Rentrons à pieds par le chemin prévu" déclarai-je, en direction de Revermont, nous verrons bien. Nous vîmes en effet deux civils munis de vrais-faux papiers (j'étais précédemment au service qui faisait les cartes d'identité, vraies ou fausses, depuis des mois). Affronter les questions du Feldwebel **** commandant la section de la Wehrmacht.... Mensonges divers : "nous nous promenons, nous sommes des chômeurs en quête d'emploi, etc..." Nous fûmes probablement sauvés des mitraillettes braquées sur nous par ma connaissance de la langue allemande. J'avais compris l'essentiel de l'entretien du Feldwebel avec l'Unterrofizier **** : ils ne savaient pas vraiment quoi faire de nous.
L'armée allemande ne fusille qu'en combat. Il n'en eut pas été de même avec la Gestapo, à laquelle nous aurions pu être remis. Bref en pleine débâcle, nous étions un bien piètre gibier, et au bout d'un quart d'heure de tergiversations que nous trouvâmes fort long, surtout quand on pense que ce peut-être le dernier, le chef de section nous congédia d'un méprisant "Raus !".
Nous ne nous fîmes pas semblant de n'avoir pas compris et partîmes du pas mesuré de ceux qui ont la conscience tranquille.
Ah, que l'eau fraîche de la fontaine de Montagnat nous parût délicieuse tout comme le petit vin du Revermont d'un ami qui nous rapatria, penauds mais vivants.
Source : Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Ain
*** Itinéraire bien connu pour rejoindre le Boulevard de l'Hippodrome et sortir de la ville vers l'Est.

En 1943, je ne sais plus pour quelle raison, l'oral du baccalauréat avait été supprimé et remplacé par quelques matières supplémentaires à l'écrit. Aussi dès fin juin, étais-je disponible à la demande d'Élie DESCHAMPS (alias RAVIGNAN) * pour entrer à temps plein dans l'équipe du Capitaine ROMANS qui avait entrepris d'unifier et de structurer la résistance armée dans l'Ain en prenant le contrôle de tous les groupes maquis nés d'initiatives locales plus ou moins isolés. La réalisation de cet objectif exigeait de la petite équipe constituée autour de ROMANS une intense activité pour rechercher et prendre tous les contacts nécessaires avec les groupes et les personnalités susceptibles de participer ou d'aider à l'organisation et au soutien des Maquis.
Pour nous déplacer, nous utilisons le train lorsque c'était possible, très exceptionnellement un véhicule à moteur et le plus souvent nous nous déplacions à pieds ou à bicyclette, parcourant parfois dans la journée plus de 80 km par des chemins de montagne.
C'est dans ce cadre d'activité que le 14 août 1943 après-midi, je quittais le petit PC de Port pour rejoindre ROMANS chez le Docteur ROSETTE à Chavannes-sur-Suran **.
Là, je trouvai un groupe de résistants en pleine effervescence attendant la confirmation par Radio Londres d'un premier message radio annonçant un parachutage d'armes dans la nuit.
Lorsque cette confirmation arriva, ce fut bien sûr une explosion de joie.
Pour ma part, je n'avais encore jamais assisté à un parachutage aussi étais-ce une occasion rare que pour rien au monde je n'aurais manqué.
Bien qu'il eut été plus raisonnable d'aller me coucher tôt car je devais, le lendemain, dès le lever du jour, faire une liaison à Bourg-en-Bresse.
Je n'aurais pu m'endormir avant la fin du parachutage, c'est à dire, la fin de la récupération de tout le matériel parachuté.
Je ne me souviens plus à quelle heure je m'éveillai mais n'ai sans doute pas dormi plus de deux heures avant de partir à bicyclette pour Bourg.
Là, je devais prendre contact devant un magasin Casino près de la tréfilerie avec une personne dont on ne m'avait donné qu'un vague signalement mais avec laquelle je devais échanger quelques mots de passe.
En fait, il s'agissait de RAVIGNAN, qui m'avait lui-même recruté pour le Maquis et qui avait des informations à transmettre à ROMANS.
Par la même occasion, il me présenta à "ROBERT" le gérant de la succursale Casino dont le magasin était un point de liaison importante.
L'entrevue fut courte et je repartis dare-dare pour Chavannes afin de rejoindre le Camp Maquis de Nivigne où devait avoir lieu une prise d'armes marquant l'inauguration du camp et son passage sous l'autorité de ROMANS en présence de Didier CHAMBONNET, responsable Maquis régional et de son adjoint VERGAVILLE.
Dès la fin du frugal repas pris en commun sur l'herbe qui suivit la cérémonie, je devais repartir à bicyclette pour une longue journée de repérage de différents sites en compagnie de Noël PERROTOT, alias MONTRÉAL.
Il faisait très chaud ce qui n'avait rien d'étonnant pour un 15 août. Mais la fatigue et le manque de sommeil rendaient la chaleur difficilement supportable.
Aussi n'est-ce pas sans une certaine envie que poussant nos vélos à l'approche du haut de la côte de Corvessiat, nous vîmes les trois grands patrons revenant de Nivigne nous doubler en voiture.
Devinant un peu ce que je devais ressentir, MONTRÉAL essaya de me réconforter en me disant qu'après tout il valait mieux se déplacer à pieds ou à bicyclette ; ce qui était plus sûr et plus prudent et ce qui apprenait à mieux connaître le terrain.
Nous en étions là de nos réflexions sur les meilleures façons de nous déplacer lorsque, arrivant à proximité de Thoirette, nous aperçûmes la voiture des grands patrons abandonnée à l'ombre, à l'écart de la route.
Un rapide tour d'horizon nous révéla alors un spectacle inattendu et cocasse : nos trois grands patrons complètement nus dans la rivière, hélés par deux gendarmes plantés près des vêtements des baigneurs.
Nos patrons n'avaient pas résisté à la tentation d'un bain rafraîchissant dans un endroit apparemment désert.
Dans le simple appareil où ils étaient, ils paraissaient bien penauds et mal à l'aise, se demandant quelle attitude adopter.
C'est évidemment avec un immense soulagement qu'ils nous virent surgir, pistolet au poing, derrière les gendarmes qui a leur tour se sentaient mal à l'aise.
Ces derniers réalisèrent très vite qu'ils avaient à faire à des Résistants, mais sans se douter que durant quelques instants ils avaient eu à leur merci les trois principaux responsables régionaux des Maquis.
Nous assurant de leur patriotisme et de leur sympathie pour la Résistance, ils s'excusèrent en disant que c'était le caractère quelque peu attentatoire à la pudeur de la situation qui les avait fait intervenir.
Par précaution, MONRÉAL et moi restèrent avec les gendarmes, le temps suffisant pour permettre à nos hauts responsables de prendre le large en voiture par une des multiples routes rayonnant autour du Pont de Thoirette.
Après avoir invité les gendarmes à rester sur place encore une trentaine de minutes, nous reprîmes à notre tour notre route qui par Coiselet, Dorian et Oyonnax devait nous amener à La Cluse pour revenir finalement à Oyonnax.
À Dorian, mon pneu arrière étant crevé, il fallut nous arrêter pour le réparer à la fontaine.
Pendant que je réparais ma roue, MONTRÉAL, très fatigué lui aussi, s'était assis le dos appuyé au muret du bassin de la fontaine.
La réparation terminée, il dormait à poings fermés, ce qui m'incita à me reposer aussi quelques instants en m'asseyant près de lui.
Et ce sont des vaches venant boire à la fontaine qui finalement nous réveillèrent, je ne sais combien de temps plus tard.
Ce n'est que vers minuit que se termina notre périple et que je pus enfin retrouver mon lit chez mes parents à Oyonnax avant de repartir tôt le lendemain matin pour une nouvelle et longue journée à parcourir les routes et les bois du département.


Arrêté le 25 juillet 1944 par des miliciens en civils, ils m'amenèrent à leur siège où immédiatement ils commencèrent "l'interrogatoire", c'est-à-dire coups de pieds, coups de poings, coups de matraques et de nerf de bœuf.
Devant mon silence, mes tortionnaires me conduisirent au siège de la Gestapo en compagnie de quatre personnes qui avaient été arrêtées en même temps que moi.
En présence des nazis "l'interrogatoire" reprit avec beaucoup plus de violence encore. Les Allemands regardaient et les miliciens frappaient.
Un de ceux qui nous frappait regarda avec attention un de mes compagnons d'infortune et lui dit soudain : "toi, je te reconnais, en 1936 tu vendais l'Avant-Garde Place des Cordeliers et avec tes camarades vous m'avez flanqué une raclée et en plus tu es juif". Là dessus, il s'acharna sur le malheureux qui s'écroula, un flot de sang lui sortit par la bouche, il avait cessé de vivre.
Jusqu'au soir et afin de nous faire parler, les coups succédèrent aux coups. À la tombée de la nuit ils me descendirent à la cave, car j'étais dans l'impossibilité de marcher. Je venais de subir une fracture du crâne, deux vertèbres cervicales abîmées, un testicule écrasé ainsi que de nombreuses contusions sur tout le corps.
Dans ce réduit, 8 ou 9 personnes, entièrement nues, à cause de la chaleur, mangées par la vermine, allongées à même le sol, attendaient, espérant qu'on les oublie, car elles ne savaient que trop ce que signifiait un appel-police ! Cela voulait dire "interrogatoire". Le soir lorsque les gardiens ramenaient "l'interrogé", son pauvre corps était méconnaissable. Très souvent, les premiers mots qu'il prononçait étaient : "je n'ai pas parlé".
Que de tristes souvenirs, nous les rescapés de Montluc, avons-nous gardés de cette période. Cinquante ans après ils nous oppressent encore tant il est vrai qu'après notre sortie de cette prison plus rien n'a été tout à fait pareil.
De ma mémoire embrumée des images remontent, telles celles de ce 20 août 1944 : violents bruits de bottes dans les couloirs, des portes qui claquent, des cris, des noms, c'est notre tour ! notre porte s'ouvre, la tête d'un S.S. apparaît, il nous crache trois noms au visage : "VIAL - VÉRON-LACROIX - DENAVIT, police bagage !"
Cela signifiait "départ sans retour" et la porte se referme, laissant ainsi aux trois malheureux le temps d'enfiler leurs vêtements.
Je regarde le visage de mes compagnons, il est vert, ils savent ce qui les attend, ils ont compris qu'ils arrivent au bout du chemin. Quelques secondes leur ont suffit, ils reprennent le dessus.
DENAVIT s'approche de moi et doucement, comme s'il ne voulait pas que nos gardiens derrière la porte puissent entendre, il me dit : "j'appartiens à Témoignage Chrétien, ma femme est enceinte, si tu t'en sors va la voir, dis-lui que je l'aime , que je souhaite pour notre fils - car se sera un fils - qu'il puisse vivre libre et en paix, c'est pour cela que j'aurai donné ma vie. Dis-lui d'embrasser tous les miens, mes camarades, mes amis, dis-lui encore que je mourrai en bon chrétien et que je ne montrerai pas ma peur à mes bourreaux."
VÉRON-LACROIX me dit à son tour : "je suis aussi de Témoignage Chrétien". Puis c'est au tour de VIAL : "je suis communiste, en tendant ma poitrine à mes assassins, je crierai 'Vive la liberté, vive la France !' ". Voici la dernière image que je conserve de ces trois martyrs, qui furent massacrés, et leurs corps brûlés avec 117 autres à Saint-Genis-Laval.
Il convient de rappeler, qu'entre le 15 juillet et le 20 août 1944, près de 450 prisonniers du Fort-Montluc ont été exécutés dans les environs de Lyon.
Quatre jours après, dans la matinée, nous avons entendu pas très loin de la prison des explosions et des coups de feu. Nous espérions, nous souhaitions que cela annonçait notre libération.


En octobre 1936, à l'âge de 22 ans, je fus appelé sous les drapeaux pour une durée de 2 ans. Libéré en octobre 1938, je rejoignis ma famille pour 5 mois. Le 20 mars 1939, je fus rappelé comme réserviste pour une période de 21 jours qui hélas dura 6 ans : en août 1939, la guerre est déclarée, je suis envoyé sur le front. La ligne Maginot * résiste, HITLER lance une grande offensive en mai 1940, nous reculons de 250 kilomètres. Les pertes sont lourdes de part et d'autre ; privés de munitions, les combattants de mon régiment sont obligés de se rendre.
Notre groupe grossit d'heure en heure. Le 20 juin 1940, nous fûmes rassemblés à 4 heures du matin pour rejoindre Neuf-Brisach. Au cours de ces 3 jours de marche, beaucoup de mes camarades trouvèrent la mort. En septembre 1940, je fus transféré au camp disciplinaire du Stalag 12-D ** pour avoir voulu démoraliser des soldats allemands. Là, levé à 4 heures du matin, je passais mes journées à faire la queue pour avoir une louche de soupe, et quelquefois rien du tout.
Après une quinzaine de jours, je fus envoyé chez un riche propriétaire vinicole de Mülheim qui avait besoin de main d'œuvre. Là, avec camarades et espion anglais qui possédait un poste émetteur, nous organisons un réseau de résistance. Jouissant de la confiance des allemands, je pouvais apporter des informations, et parfois des armes.
Mais tout a une fin : je fus soupçonné, arrêté, puis conduit dans les locaux de la Gestapo de Koblenz (Coblence). Je me retrouvai dans un cachot, boulet au pied, sans aucune notion du temps. Je réalisai plus tard que mon séjour avait duré 17 jours. La délivrance arriva sous forme d'un bombardement : je fus évacué de la prison puis avec d'autres camarades jeté dans un wagon plombé.
Le train roula des jours et des nuits. À l'arrivée un spectacle horrible nous attendait : des hommes squelettiques en habit rayé travaillaient à construire une route et une voie ferrée. On nous expliqua que nous étions à Buchenwald **. Je compris que je n'en ressortirai pas.
Nous passâmes 40 jours au Petit Camp soit à transporter des briques d'un tas à un autre, soit en appels interminables pendant lesquels il fallait soutenir les camarades morts ; et surtout, nous manquions d'eau et de nourriture.
Au 41ème jour, un commando de mille personnes fut envoyé au camp de Schaozen ** ; nous étions en novembre 1944, l'hiver était terrible, nous ne comptions plus les morts de froid et de faim. Je me liai d'amitié avec un camarade russe, NICOLAIEV. Malgré toutes nos souffrances, nous gardions espoir...
Mars 1945 : les alliés avancent, les allemands prennent la décision de nous ramener à Buchenwald. Après 8 jours passés sans aucune nourriture, un commando de 5000 personnes est rassemblé. Nous prenons la direction de la gare de Weimar distante de 9 km. Les morts jonchent la route. Le convoi est formé, nous ne sommes plus que 3500 prisonniers. Avec NICOLAIEV, nous sommes embarqués dans un wagon sans toit. Le train part vers une destination inconnue... Nous traversons Namburg, Dresden, Zatec, Placee...
Au fil des jours, dans notre wagon, la liste des morts s'allonge.
Après 10 jours et 11 nuits, avec NICOLAIEV, nous décidons de tenter l'évasion. Nous entassons les morts dans un coin du wagon puis... bonne chance! Profitant de la nuit et du passage sous un tunnel, je me hisse sur les cadavres et bascule dans le vide. La vitesse me projette dans un ravin où coule une rivière. Là je bois, puis, passant ma main sur mon visage, je sentis que j'étais blessé. Je me mis à gravir le remblai. Arrivé sur la voie ferrée, l'horloge d'un village sonnait minuit. Après avoir marché sur une centaine de mètres j'aperçus en contrebas une route que je me mis à suivre. Je traversai un passage à niveau. À ce moment-là, j'entendis des hennissements dans une écurie. En chancelant, j'y pénétrai. Dans un coin, j'aperçus un tas de paille. Je m'endormis aussitôt.
À l'aube, les allemands sellèrent leurs chevaux dans la cour. Je les laissai s'éloigner puis me mis à chercher à manger. Je trouvai une boule de pain, de l'avoine, une trousse à raser et un sac de toile de jute que je transformai en robe pour cacher mon habit de prisonnier. J'étais sur le point de partir lorsqu'un bruit m'obligea à me jeter dans ma cachette : c'était une femme qui apportait à manger aux cochons. Après son départ, j'ai partagé leur repas. Par la fenêtre de l'étable, j'aperçois les bois...
Huit jours se passèrent à errer dans la forêt en tentant de m'approcher des villages, quand un matin m'apprêtant à me cacher dans une meule de paille je découvris avec une immense joie mon ami NICOLAIEV endormi. Nous avions commencé une rude épreuve ensemble, nous devions la terminer. Nous n'avions rien pour fêter ces retrouvailles, la faim nous tenaillait, mais maintenant nous étions deux.
À bout de ressources nous entrâmes avec mille précautions dans la cour d'une ferme, il y avait là un clapier... Un vrai festin ! Des habitants du village de Drezen nous avaient repérés ; ne sachant à qui nous avions affaire nous restions sur nos gardes. En passant à la lisière du bois, ils laissaient tomber à notre intention des victuailles. Nous n'osions pas y toucher. Mais la faim... Nous nous décidâmes à y avoir recours.
Une dizaine de jours s'écoulèrent ainsi. C'est alors que des résistants de la région nous découvrirent. Parmi eux se trouvait un gendarme qui parlait allemand, ainsi nous apprîmes que nous étions en Tchécoslovaquie. Nous leur racontâmes notre épopée et notre évasion du train. On nous apprit que ce train avait été détruit avec les malheureux camarades survivants par les allemands. Une fois de plus nous étions passés très près de la mort. Puis les femmes nous apportèrent à manger. On nous fabriqua un abri avec des branches au plus profond de la forêt ; on nous apporta même un matelas et un poêle pour nous chauffer.
Lorsque je suis retourné dans cette forêt 27 ans plus tard, elle avait bien changé, mais le poêle était toujours là, rouillé, mais intact, symbole de respect, de souvenir et d'amitié. Nous sommes restés là environ un mois, nourris et soignés. Tant que je vivrai, je n'oublierai jamais la gentillesse de ces gens qui nous sauvèrent la vie et pour qui j'éprouve une immense reconnaissance.
Le 9 mai 1945 arriva, jour de la libération de la Tchécoslovaquie. Une voiture tirée par deux chevaux vint nous chercher, escortée par les habitants de Lite (Líté ? N.d.l'É.), pour Dolni Bele (Dolní Bělá ? N.d.l'É.), et d'autres villages dont j'ai oublié le nom. On nous conduisit à Lite chez Monsieur et Madame PUTA. On nous lava et on nous procura des vêtements propres, nos habits de prisonniers furent brûlés. Notre état de santé donnant quelques inquiétudes, le directeur Vaclav SYROKY dont le père organisait alors l'aide aux victimes de guerre décida de nous emmener au village de Dolni Bele où l'école avait été transformée en Lazaret.
Le lendemain russes et alliés se rencontraient sur la place du village et se serrèrent la main. Ce fut un très grand jour. Les soldats russes nous rendirent même visite au Lazaret. Le docteur JACENKO sut me redonner confiance et m'encouragea à retrouver mon énergie. Nous fûmes très bien soignés par sœur Germaine qui est aujourd'hui Madame JACENKO, et les autres infirmières. Grâce aussi aux visites de nombreux amis tchèques qui nous réconfortèrent, notre état de santé s'améliora de jour en jour.
Le 30 mai 1945, dans la nuit, la radio annonça que les américains rapatriaient les prisonniers par avion de Pilzen à Lyon. Le docteur JACENKO après m'avoir consulté constata que j'avais grossi de 15 kg en un mois et m'autorisa à rentrer dans mon pays. Le 1er juin fut le jour du départ, le cœur serré et les larmes aux yeux, je quittai les amis venus m'accompagner, en leur promettant de revenir un jour en Tchécoslovaquie.
Après deux jours d'attente au camp d'aviation de Pilzen, je pris l'avion pour Lyon puis le train pour Chamalières-sur-Loire. Tout au long du parcours, la population française nous saluait et nous offrait des friandises. La gare de Chamalières était noire de monde, tous étaient venus m'accueillir selon la coutume, pleins de joie et de sourires ; l'émotion fut telle que ces sourires s'évanouirent, pour se transformer en larmes. Ma chère femme et mes parents eux-mêmes avaient des difficultés à me reconnaître, je leur faisais - je crois - un peu peur.
Enfin de jour en jour ma santé s'améliora grâce aux bons soins de mon entourage. Lorsque je fus remis, je pus postuler pour un emploi. Les prisonniers de guerre étant prioritaires, on me proposa un poste de gendarme ou un poste de facteur. Le port de l'arme, l'exécution d'ordres qui risquaient de ne pas me satisfaire ne m'intéressaient pas ; je choisis donc le poste de facteur. Je voulais vivre tranquille désormais. Les débuts furent difficiles. Je fus conduit à prendre un deuxième emploi la nuit. Puis les années passèrent, ma situation financière s'améliora, alors que la santé se détériorait.
Ma jeunesse ! non seulement je n'en avais pas eu, mais maintenant, elle pesait sur mes vieux jours. Maintenant, je suis grand-père, retraité, et puis... pensons au temps passé, mais n'en parlons plus ; regardons l'avenir, place aux jeunes comme dirait BRASSENS poète et chanteur français. Je n'ai jamais eu de nouvelles de NICOLAIEV ; il y avait la barrière de la langue, les adresses relevées trop rapidement, que l'on ne peut plus déchiffrer, et puis la négligence... Je regrette... peut-être un jour...
L'année où un de mes fils faisait son service militaire, j'ai revu quelque uns de mes amis qui m'ont sauvé la vie. Malheureusement beaucoup n'étaient plus des nôtres, je leur rends hommage. Ce voyage pèlerinage a été très émouvant tant pour ma famille que pour moi. Cependant l'histoire de ces quelques années de ma vie restera gravée dans ma mémoire, avec une force et un impact extraordinaires ; jamais je n'oublierai.


Si la revue 1945-1995 publiée par le professeur Anton POSSET * et son épouse, traitant des cinquante années écoulées depuis la libération, recueillit de très nombreuses félicitations venues du monde entier, elle ne fit pourtant pas l'unanimité en France et moins encore outre-Rhin où une grande partie de cette période fut longtemps occultée dans les écoles.
Bien sûr, tout le monde a entendu parler de Dachau, Buchenwald, Ravensbrück, Auschwitz ** et de tant d'autres lieux où l'innommable fut commis.
Mais les commandos qui dépendaient de ces camps sont encore trop souvent passés sous silence. C'est en 1995 que le professeur Anton POSSET me révéla son projet. Il avait eu une idée formidable, mais qui lui valut ainsi qu'à son épouse d'essuyer durant plusieurs années inimitiés et intimidations. Passant outre les sacrifices de son temps, de son argent, les injures, les menaces de mort, les déprédations, les embûches professionnelles (son salaire fut arbitrairement amputé, il fut rétrogradé, muté le plus loin possible de son domicile. Il dût même se soumettre à un examen psychiatrique afin de prouver qu'il était sain d'esprit) il s'obstina avec l'intégrité et la constance qui le caractérisent, à mener à bien ce combat qu'il savait juste.
Connaissez-vous la charmante petite cité bavaroise de Landsberg-sur-Lech ?
Monsieur et Madame POSSET nous y convièrent, mon épouse et moi, à l'occasion de la date anniversaire de la libération des camps, le 26 avril 1998.
À l'invitation, se joignait le plan remarquablement précis d'un itinéraire passant par la Suisse et un petit mot me demandant d'amener un drapeau Français. Celui de l'amicale ferait parfaitement l'affaire.
La veille du Jour J, à midi, nous sommes à Landsberg, et nous attablons dans un petit restaurant. Pas un mot de français sur le menu, nous devons choisir les plats au hasard de la carte (je n'ai jamais appris l'allemand, je ne l'ai connu que dans les hurlements et les insultes). Sur un coup de fil, Anton vient nous rejoindre en vélo, nous le suivons jusque chez lui, une jolie villa dans un coin apparemment tranquille. Madame POSSET nous guide jusqu'à la chambre pour déposer les bagages et le drapeau. "Nous avons beaucoup de choses à faire". Déclare le professeur.
Aussitôt, nous partons dans sa petite voiture. Je me demande, vu sa taille, comme Anton peut conduire avec les genoux sous le menton. Nous nous dirigeons vers des bois. La voiture s'arrête à proximité d'une clairière. Il me semble y être déjà venu, il y a très longtemps. Plus loin, nous pénétrons dans un pré clos. "Il y avait douze camps juifs de toues les nationalités à Landsberg. Certains ne dépendaient pas de Dachau, mais de la municipalité. Ici c'était un camp de femmes. Voilà ce qu'il en reste". Trois bâtiments à demi enfouis dans le sol ; la toiture en brique et ciment a la forme d'un dôme. Plus loin, quelques vestiges de l'emplacement des douches. Des milliers de personnes sont mortes dans cette forêt : violences, froid, faim, épuisement, maladie, la peur au ventre. Tout ça aux portes de la ville.
"Regardez ! Voilà le coin où on mettait les morts. Les paysans d'ici ont déversé dans cette fosse toutes sortes de saletés. J'ai décidé de protéger ce site. C'est pourquoi j'ai créé une association et avec mon équipe, nous avons acheté le terrain. Maintenant il nous appartient. Sinon, tout allait disparaître".
Aux abords du camp, dans les bois, il y a aussi un cimetière juif, également entretenu par Anton POSSET : les anciennes fosses communes. Au moins 14.500 victimes ont été entassées dans ces fosses. La nuit commence à tomber. Il faut revenir en ville où la délégation parisienne nous attend dans un hôtel. J'y retrouve Marcel MIQUET et fais la connaissance des libérateurs Gérard TIMSIT, Simon DARGOLS qui se trouvaient alors dans l'armée américaine, Maxi LIBRATI, Charles BARON, le Docteur BENICHOU et leurs épouses.
Au cours du dîner, DARGOLS me raconte son odyssée : dans la France occupée, il est arrêté puis relâché. Il part d'abord pour Casablanca, puis à la Havane où il devint tailleur de pierre. Il arrive enfin aux États-Unis, s'engage dans l'armée, devient citoyen américain. Le 20 octobre 1944, il débarque à Marseille et file sur l'Allemagne avec le 411ème régiment de la 103ème division de chars où il libère les camps de concentration de Landsberg-Kaufering **.
Le lendemain matin, Anton POSSET nous demande si nous connaissons le "cimetière des assassins". Face à notre perplexité, il nous conduit, Sydney et Jean-Marc CHOURAQUI, mon épouse et moi, à la périphérie de la ville. Une chapelle entourée d'un mur en pierre de taille d'un mètre environ.
À quoi pense-t-il, lui qui découvrit par hasard les camps de concentration alors qu'il se dirigeait en jeep vers Berchstesgaden *** ? L'après-midi a lieu la cérémonie en souvenir des douze camps de Kaufering-Landsberg. Anton POSSET, premier secrétaire de l'association des citoyens du XXème siècle de Landsberg, accueille sur le terrain du camp SS les invités et personnalités allemandes et étrangères : le ministre de l'environnement Thomas GOPPEL, le Président du Conseil Général Erwin FILSER et le député du Landsberg Irmling BERG. Le Consul de France en poste à Munich Olivier NICOLAS procède à l'inauguration de la stèle française du souvenir. Les représentants consulaires de Pologne, de Russie et les délégués des associations d'Auschwitz et de la Résistance déposent une gerbe. Charles BARON, survivant du KZ Kaufering, Marcel Miquet et moi-même, combattants de la Résistance et anciens détenus au camp de travail SS de Landsberg, Sidney CHOURAQUI, libérateur du camp de Landsberg ainsi que Gérard TIMSIT déposons comme témoins du temps, les souvenirs de notre passage au KZ Kommando de Landsberg. La Marseillaise et une minute de silence et de recueillement en souvenir des millions de victimes du nazisme clôturent cette cérémonie pleine de dignité.
En sauvant de l'oubli ces lieux de douleur, Anton POSSET a su rendre aux pierres la mémoire des hommes. Certains ne le lui pardonnent pas car le nazisme n'a malheureusement pas encore disparu. Le Président de la République française lui-même lui a rendu hommage en répondant à son appel. Quant à moi, je ne peux que souligner et saluer fraternellement son courage, sa droiture et sa ténacité, le remerciant pour tout ce qu'il a fait et enduré afin que soit préservé et respecté cette mémoire encore vive.


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SOMMAIRE
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Chaque année, à l'initiative du Maire et de son Conseil municipal la population de Neuville est invitée a se souvenir et à rendre hommage à ses martyrs et notamment à Mr Joseph RYNOIS, Maire de l'époque, en fleurissant les stèles portant leurs noms.
11 JUILLET 1944 ...
Journée noire et funeste, tragique et douloureuse. Pour ce village riant des bords de l'Ain. probablement la plus dramatique de son histoire :
- M. Joseph RYNOIS, Maire, abattu,
- 9 fusillés :
7 hommes, fonctionnaires ou employés à l'École militaire d'Autun, 2 habitants de Neuville : Joachim PERRET, Georges CHAMPEL, Francisque AZEMARD, blessé par une patrouille, achevé d'une rafale de mitraillette, Henri ANCIAN, torturé à mort.
Perquisitions répétées, pillages en tout genre : vivres, linges, argenterie, argent, valeur, automobiles, bicyclettes, postes de T.S.F., mobilier détruit. Treize immeubles complètement incendiés. La station de pompage d'eau potable de la commune mise hors d'usage par des grenades jetées dans la chambre des machines.
11 JUILLET 1944 ... Ce jour-là Neuville fut le lieu de combats intenses et meurtriers, Deux mille cinq cents allemands, fortement armés, auto-mitrailleuse, canons, mitrailleuses, avions, transportés par une colonne d'environ 150 véhicules, attaquèrent moins de deux cents maquisards et résistants ne disposant que d'armes individuelles.
La stèle érigée à la mémoire de Bernard GANGLOFF, jeune maquisard du camp des Enfants de Troupe de l'École militaire d'Autun en porte témoignage.
Cependant les éléments de ce camp ne sont pas les seuls à y avoir participé.
L'engagement principal, le choc le plus rude, fut la résistance acharnée opposée au franchissement du Pont de Neuville, au passage par l'Allée des Tilleuls pour atteindre Bosseron afin d'ouvrir la route en direction de Nantua.
Ce sont les éléments de l'A.S. de Neuville, de l'A.S. de Poncin, renforcés par quelques éléments du Groupe I.S. Godard (Jean DARGAUD) de Pont-d'Ain qui, en majorité, firent front.
Ces combats furent sans doute le prétexte des représailles allemandes infligées à la population civile.
L'A.S. de Neuville est composée pour sa majorité d'hommes originaires de la commune et de ses hameaux. D'autres proviennent des communes environnantes, et quelques-uns de l'extérieur.
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FORMATION DE L'A.S.
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Le 11 Novembre 1942 les allemands envahissent et occupent la zone libre. Ils défilent à Bourg-en-Bresse, sous les yeux de Jean PEILLOD, dont le bureau de la préfecture où il travaille, surplombe l'avenue Alsace-Lorraine.
Il n'accepte pas. Quelques jours plus tard il rentre en relation avec Bob FORNIER, directeur de la Brasserie de Bourg, fournisseur de sa famille.
Jean MOULIN vient de réussir l'unification des différents mouvements de Résistance : les M.U.R. (Mouvement Unis de Résistance). Les Groupes-Francs de chacun des mouvements vont former l'Armée Secrète. Le Général DELESTRAINT, résidant à Bourg, en est nommé Chef national par le général de GAULLE, et
nommera Bob FORNIER Chef départemental.
Jean PEILLOD contacte René GOUILLON de Thol. Lucien GUICHARD de Saint-André, Henri GRENIER instituteur à Neuville, Alfred BLATRIX à Saint-Martin-du-Mont. Ce dernier développera son groupe qui deviendra l'A.S. de Saint-Martin-du-Mont, mais il agira toujours en étroite collaboration avec l'A.S. de Neuville.
Francisque JULLIERON à Poncin agit déjà en résistant : distribution de tracts, de journaux clandestins. Il n'a pas de contacts directs tout en étant en relation avec Jean DARGAUD. Par Jean PEILLOD il forme l'A.S. de Poncin.
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ACTIONS DE L'A.S.
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Les débuts furent modestes. Pas d'actions spectaculaires. Propagande, contacts, distributions de tracts et de journaux clandestins, plasticages de collaborateurs.
L'A.S. départementale ayant donné l'ordre d'une manifestation d'ensemble, la même nuit, sur tout le département, par le plasticage de collaborateurs connus, un certain magasin de Neuville en fut la cible.
Neuville sera le lieu de stockage des explosifs de l'A S. départementale.
Dissimulé à Bourg, Bob FORNIER craint pour leur sécurité. Une nuit chargé dans une camionnage de la Brasserie conduite par Mr TRIBOUILLET (concierge), Bob FORNIER et Jean PEILLOD, le stock est transporté dans une grotte. presque invisible, dans la falaise de Bosseron, près de la carrière. D'où il répartira suivant la demande, sur l'ensemble du département, par vélo ou car.
Il n'est pas encore question de maquis, même si leur création est envisagée. Bob FORNIER l'expose à Jean PEILLOD qui demeure perplexe.
Le 16 Février 1943 paraît le décret instituant le S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) qui va amplifier l'action de l'A.S. Elle s'emploie à fournir aux jeunes qui refusent de partir en Allemagne de faux papiers, et à leur rechercher un refuge dans des fermes acceptant de les accueillir. Henri GRENIER et Maurice BLONDIN (garde-champêtre) sont les "Messieurs faux papiers".
Bientôt cela sera insuffisant. L'afflux des réfractaires et des résistants recherchés par la Milice ou l'occupant devient trop important. Un embryon de maquis, créé par l'A.S. départementale, s'installe dans une grotte a Chougeat. Des jeunes pilotés par DEMIA, d'Ambérieu, se réfugient dans les bois de la région de Corlier.
ROMANS arrive dans l'Ain début 1943. Commence alors sous son impulsion et ses directives la véritable organisation des Maquis de l'Ain, dont la Direction régionale de R.1 (1) l'a nommé chef.
Le soutien aux maquis s'amplifie au fur et à mesure de leur développement. L'A.S. de Neuville y participe massivement. Bob FORNIER est arrêté le 27 octobre 1943. ROMANS est nommé par la Direction régionale de R.1 chef départemental de l'A.S., responsabilité qu'il cumulera avec celle de chef des maquis.
ROMANS prend contact avec tous les chefs de secteur A.S. Il rencontre Jean PEILLOD sur la route de Bosseron à La Dronière. Il désire connaître le terrain de parachutage du groupe. Accompagné de XAVIER (chef de la mission inter-alliés parachuté depuis quelque temps) et de Paul DEBAT, chef départemental du S.A.P. (2) qui sera arrêté en février 1944. Jean PEILLOD les conduit sur les lieux pour qu'ils puissent en juger des qualités. Ce terrain est la plaine s'étendant entre Thol et Saint-André, à l'écart des axes principaux de circulation et de localités importantes, dissimulé par les bois qui l'entourent (plus nombreux qu'actuellement), homologué par Londres depuis de nombreux mois sous le nom de code "Cerf-volant". La lettre de reconnaissance à émettre au passage de l'avion en morse "U" et les "messages personnels" choisis sont : "Le soleil nous réchauffe", "La lune est blafarde", "L'égoïste n'a pas d'énergie".
Ce terrain sera utilisé plusieurs fois.
En mars ou avril 1944 la radio de Londres diffuse par trois fois le "message personnel" : "Le soleil nous réchauffe deux fois" (c'est à dire : deux avions). Aucun avion ne se présente. Et pourtant ils étaient attendus. Robert LACROIX, chef du S.A.P, et Jean TRIOMPHE, chef régional du S.A.P., sont présents. (Le deuxième avion était destiné au service de ce dernier).
Par contre, annoncé par le message personnel "La lune est blafarde", l'opération sera entièrement réussie dans la nuit du 5 au 6 mai 1944. Onze containers, deux paquets, 145 livres anglaises d'explosifs, 48 mitrailletes Sten, 9 fusils, 15 pistolets, 120 grenades, 36 gammons, 2 grenades incendiaires, 4 fusils-mitrailleurs Brens, 2 bazookas, 140 livres anglaises de matériel médical, produits alimentaires et divers, seront réceptionnés.
Chargés sur leur camion ces armes seront pour leur presque totalité remises au camp des Enfants de Troupe.
L'action de l'A.S. en faveur des maquis s'intensifie en fonction du développement de ceux-ci : renseignements, ravitaillement, cache pour les armes ou les approvisionnements, refuges pour les maquisards malades ou blessés.
Romans a désigné comme son adjoint pour l'A.S., le Capitaine BLANCHARD, officier du 10ème B.C.P caserné à Thol et dissous. Il habite aux Sapins à Neuville.
Jean PEILLOD en sera la "boîte aux lettres" jusqu'en février 1944, date à laquelle le capitaine BLANCHARD renonce à assumer des risques qu'il juge trop dangereux pour lui-même et sa famille.
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6 JUIN 1944 : LE DÉBARQUEMENT
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Convoqués (?) Pourquoi (?) Jean PEILLOD et René GOUILLON se trouvent, au matin du 6 Juin , dans les bois de Priay, au camp des Enfants de Troupe. En cours de repas le poste a galène (baptisé poste "biscuit" (3)) annonce le débarquement. C'est le délire !
Retour à Neuville, c'est le grand branle-bas.
Depuis quelques mois l'A.S. de Neuville s'est considérablement renforcée par l'arrivée de nouveaux volontaires.
Claudius CHURLET de Planche, vers mars 1944 coupait du bois entre Rignat et Gravelle. Un matin arrivant sur les lieux il aperçoit, accrochés aux branches. deux parachutes. D'autres sont dispersés dans le pré attenant. Il décroche ceux suspendus, les rassemble avec ceux du pré, et avec l'aide de son frère les enterre. Il s'agit probablement d'un parachutage égaré. Il en parle à Marcel BUIRET qui a rejoint le groupe.
Quelque temps avant le débarquement, une nuit, transportés par Fernand COLLET et son chauffeur Marc GRANDCLÉMENT avec l'un de ses véhicules, ces armes sont récupérés et entreposés sous la scène de la Salle des fêtes.
La journée du 7 juin se passe à les dégraisser.
Le 8, en ordre. armée, l'A.S. de Neuville, rejoint par d'autres volontaires mobilisés par l'annonce du débarquement, rejoint ses emplacements de combats.
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MISE EN PLACE DE L'A.S.
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Les groupes, tous commandés par des chefs habitant Neuville, prennent position sur la falaise dominant Bosseron.
L'INTENDANCE
Les premiers jours deux restaurateurs de Neuville, Messieurs THOMAS et FAYOLLE, s'offrent à assurer les repas.
C'est une charge assez lourde pour eux. Il est décidé de créer une cuisine indépendante. Une cuisine "Muletière" est récupérée au Camp de Thol. Elle est installée au "Chalet des Joutes". Georges PICART de Thol en sera le chef à la satisfaction de tous.
DU 8 JUIN AU 11 JUILLET
Chaque groupe s'installe, prépare ses emplacements : position de tir, protection, camouflage.
Ordre est donné de barrer les routes d'accès à Neuville par des obstacles : abattages d'arbres depuis Thol jusqu'à Neuville, creusement de fossés en travers des routes ; Sous-Roche (abri naturel : N.d.l'É.) après le P.C. vers Poncin, complété par des poteaux en ciment du T.A.
- À La Dronière avec abattage d'arbres.
- À la sortie est du Pont de Neuville, le plus conséquent et qui se révélera le plus efficace lors de l'attaque allemande.
Ces travaux effectués en majorité par des habitants requis, sont dirigés par Antoine PASCAL.
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ACTION ET VIE
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Les tours de garde sont établis. La plupart des volontaires sont fils d'agriculteurs.
C'est la période des gros travaux : fenaison, moisson. La mécanisation n'est pas ce qu'elle est cruellement. Il faut des bras. Aussi à tour de rôle chacun rejoint sa famille pour un jour et reprend sa fonction au retour.
Les groupes sont envoyés en embuscades ou au plasticage des voies ferrées.
11 JUILLET 1944
Vers 7 h.30 (4) du matin des rafales d'armes automatiques claquent dans la vallée et réveillent la population. Le groupe des Enfants de Troupe en position au Château de Chenavel a ouvert le feu sur un convoi allemand qui débouche d'Oussiat.
Arrêté par le barrage d'arbres il est bloqué par les tirs des fusils-mitrailleurs.
L'alerte est donnée. Déjà des habitants de Thol fuient sur Neuville et préviennent.
Les Maquisards non présents a leur poste le rejoignent rapidement.
LES COMBATS RIVE GAUCHE
Jean PEILLOD fait déplacer le groupe Marcel BUIRET qui s'installe au-dessus de Bosseron. Il prend en enfilade l'allée des Tilleuls et contrôle le débouché du pont. Il se révèlera terriblement efficace.
Le 10 Juillet le groupe Alfred BLATRIX a reçu l'ordre de relever un groupe de l'A.S. de Poncin installé en surveillance au Cruix à proximité de Pont-d'Ain.
8 h. 30 : Les allemands ayant réussi à dégager la route des obstacles arrivent à Neuville. Les hommes de garde tirent sur l'auto-mitrailleuse qui se presente au pont. Les fusils sont évidemment sans efficacité. Par contre les tirs de l'auto-mitrailleuse le sont et contraignent ces hommes à se replier par le jeu de boules en utilisant l'abri de l'allée des Tilleuls.
Les allemands installent des mitrailleuses de chaque côté du pont : une en face de l'Hôtel Thomas, l'autre à côté du Restaurant Fayolle. Une pièce d'artillerie est mise en batterie au carrefour, entre la maison Impérialy et le café Perret.
Les engins motorisés allemands sont bloqués par le fossé à la sortie du pont.
Décision est prise de le combler. Les allemands réquisitionnent les rares hommes restés au village, des femmes, des jeunes filles. lls utilisent des matériaux proches. Puis ils décident d'aller chercher avec un véhicule les sciages stockés à la scierie Lacombe (entrée de Neuville sur la R.N. 84).
Marcel BUIRET, à la jumelle, s'est rendu compte que des civils sont employés à combler le fossé. Il en a même reconnu certains. Jean PEILLOD également. Il hésite. Après quelques minutes de réflexion il donne l'ordre de tirer. Les tirs se révèleront particulièrement meurtriers pour l'ennemi. Un officier sera mortellement touché. Par chance aucun civil ne sera atteint.
Le véhicule au retour de la scierie se présente en arrière pour déverser son chargement dans le fossé, Les tirs dirigés sur lui seront inefficaces.
Les fantassins allemands ont franchi le pont. Ils s'infiltrent de chaque côté de l'allée des Tilleuls et le long de l'Ain vers la maison Lagnier, à côté du barrage de l'Ain.
Le Groupe Charles BLONDIN contrôle le côté est et freine leur progression. Il mitraille également les abords de la tranchée vers l'entrepôt des Ponts et chaussées.
Jean DARGAUD avec une partie de son Groupe est arrivé en renfort. Il prend position sur le chemin du Poyeux. Il contrôle l'infiltration ennemie côté sud de l'allée des Tilleuls. La maison Collet sous les tilleuls brûle.
Se repliant de CHENAVEL un groupe du camp des Enfants de Troupe prend position au côté du groupe Marcel BUIRET. Rapidement pris à partie par les mortiers allemands, il subit des pertes et doit se replier sur Poncin.
Les allemands ont réussi à atteindre BOSSERON. Les groupes sur la falaise ne peuvent les atteindre. Par contre le carrefour est sous le feu des armes automatiques des groupes de l'A.S. de Poncin, installés rive droite, en avant de La Colombière, notamment le F.M. servi par Roger GAILLARD qui en a une vue particulièrement dégagée.
Une anecdocte pour illustrer la violence des tirs : Marc PEILLOD n'a pas voulu quitter son domicile. Sa femme et sa belle-mère sont près de lui. L'officier allemand leur a donné l'ordre de se placer sur le trottoir. À un moment donné devant l'intensité des tirs l'officier les fait rentrer à l'abri dans le couloir joignant la route à la cour intérieure.
Le groupe René GOUILLON, depuis "La Toupie" ne peut intervenir sur le pont et l'allée des Tilleuls. Mais il est parfaitement bien placé pour contrôler la rive droite de l'Ain. Les allemands progressant à l'abri par La Rochette et le chemin partant de l'actuel local "Fanfare", sont à proximité de La Craz. Ils s'infiltrent le long de l'Ain. De là ils veulent gagner les hauteurs de La Colombière pour déloger les groupes qui se trouvent en avant. Au delà de l'actuel H.L.M. les pentes sont cultivées en blé ou paturage. Les bois ne descendent pas aussi bas qu'actuellement. "La Toupie" en plusieurs fois les bloque sur place.
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L'ÉPISODE POPEYE
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Le P.C. du camp des Enfants de Troupe envoie en renfort le groupe "Bazooka Popeye" (Bernard GANGLOFF) et ses deux servants. Jean PEILLOD les prend en charge au barrage "Sous-Roche". Il les conduit, par les pentes, pour les installer face au pont. La progression est difficile. Des buissons, des buis, il n'y à cette époque que peu de végétation pour se dissimuler. Conscient de la cible offerte par quatre hommes en mouvement, Jean PEILLOD donne l'ordre de s'arrêter.
Quant à lui seul, il va repérer l'endroit qui lui paraîtra le plus favorable pour l'action envisagée : détruire l'A.M. lorsque fossé comblé, elle s'avancera sous les tilleuls.
Une fois la chose faite, il revient chercher le groupe. Il découvre BARIL tué, POPEYE très grièvement blessé et immobilisé.
TOM légèrement touché est parti avertir.
Jean PEILLOD remonte sur la falaise où se trouve le Groupe Charles BLONDIN, en pleine action à ce moment là. Il envoie Joannès BLATRIX chercher POPEYE.
Celui-ci le charge sur son dos, remonte sur la falaise, traverse un bois jusqu'à la lisière d'un grand pré. Il ne peut traverser le pré, mitraillé par les avions allemands qui sont arrivés.
Exténué il dépose POPEYE pour aller chercher de l'aide. N'en trouvant pas il le cache dans un buisson, lui demande de lui remettre son revolver. Il entend parler les allemands qui s'infiltrent sur le plateau.
Il réussit à rejoindre ses camarades. Il reviennent vers POPEYE. Il ne peuvent arriver jusqu'à lui. Les allemands sont là dans le bois proche.
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LE DÉCROCHAGE
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Vers 11 heures 30 / 12 heures : le fossé du pont est comblé.
Le groupe de Jean DARGAUD, installé sur le chemin du Poyeux, violemment pris à partie par les mitrailleuses et les canons allemands, subit des pertes. La position devient intenable.
Jean DARGAUD ordonne le décrochage et se replie sur le plateau. Il freinera encore la progression allemande permettant le regroupement des groupes de l'A.S. Neuville en vue du repli ordonné par Jean PEILLOD.
Il est environ 15 heures, 15 heures 30. Le repli s'effectue en bon ordre, dans le calme, sans affolement. Pourtant le mitraillage des avions continue.
Les couverts sont rares, peu de bois, mais des paturages et des haies. Les allemands nous talonnent. Envoyé au P.C. pour vérifier qu'il ne reste personne Georges FAYOLLE ne pourra l'atteindre. Les Allemands s'y trouvent déjà.
Le Groupe de La Dronière s'est replié et se remettra en position de tir jusqu'à 19 heures. Le Groupe de "La Toupie" sera le dernier à rejoindre vers 16 heures. Il n'a jamais été repéré. Sa position en est probablement la principale raison.
Le repli s'effectue par Menestruel. Des groupes allemands déjà à Poncin menacent les éléments qui gagnent Breignes, s'y arrêtent, avant de poursuivre sur Mérignat.
Le groupe de La Dronière de Jacques PEILLOD resta complètement isolé toute la journée. Replié par Chavanel, il emprunta par hasard le même itinéraire, mais de Breignes il redescendit sur la R.N. 84 et reprit position à gauche de la route, en compagnie du groupe poncinois à droite, jusqu'à 19 heures ou plus. Ensuite la retraite se fit par Préau.
Le repli s'effectue par Menestruel. Des groupes allemands déjà à Poncin menacent les éléments qui gagnent Breignes, s'y arrêtent, avant de poursuivre sur Mérignat.
Les groupes se réinstallent sur la route de Mérignat à Pont-de-Préau. ils tirent sur l'ennemi qui essaie de progresser par la plaine de Leymiat.
Vers 18 heures, 19 heures, ordre est donné de rejoindre la route du col de Montrattier. Par une pente impossible à grimper sans l'aide des arbres et des arbustes où il faut s'accrocher, l'A.S. y trouve deux camions qui l'emmènent a Châtillon-de-Cornelle. Les habitants les accueillent et les réconfortent de lait et de paille pour dormir dans les granges et écurie.
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LES COMBATS RIVE DROITE
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L'A.S. de Poncin occupe cette rive, Le groupe SAHUC est de garde dans la nuit du 10 ou 11 au nord de Neuville. Il ouvre le feu sur le pont de Neuville.
Le groupe relevé par celui d'Alfred BLATRIX au Cruix à rejoint Poncin. Le 11 au matin Kiki JULLIERON leur donne ordre de prendre position loin en avant de La Colombière. Il arrose de ses tirs le pont de Neuville.
La riposte allemande est vigoureuse. Les tirs ennemis sont nourris et précis. Une mitrailleuse serait installée dans le clocher de l'église de Neuville. La progression se fait le long de l'Ain.
Le F.M. de Roger GAILLARD qui tient sous son feu Bosseron est repéré à la suite d'une imprudence de son serveur qui sera d'ailleurs blessé.
L'infanterie allemande déborde son emplacement. Encerclé il restera camouflé jusqu'a la nuit, ne pouvant qu'observer les allemands qui passent à quelques mètres de lui.
Un F.M. du camp des Enfants de Troupe arrivé en renfort s'est installé sur Le Mont.
Les deux groupes de l'A.S. Poncin s'y réinstallent après avoir décroché vers 11 heures. Ils s'y maintiendront jusqu'à environ 13 heures. Repli vers le pont de Poncin. Un F.M. s'installe à la sortie du pont rive gauche, dont il interdira le passage jusqu'a environ 16 heures.
Lorsque le décrochage général sera ordonné les allemands occupent Poncin. Le P.C. du camp des Enfants de Troupe s'est replié. Il ne reste que les éléments de l'A.S. qui rejoindront les hauteurs dominant la plaine de Leymiat.
Lucien BAL ayant récupéré un F.M. s'installe avec quelques camarades sur la falaise d'ou il arrosera jusqu'à épuisement des munitions, les vannes de la scierie Trolliet où se sont installés les allemands.
L'A.S. de Poncin passera la nuit dans la région de Bôches - Saint-Alban ; Jacques PEILLOD sur la route après Leymiat avant de se retirer par Préau vers 19 h 30.



| A.S. NEUVILLE A.S. PONCIN GROUPE GODARD ENFANTS DE TROUPE Total : | 25 15 28 128 |
| A.S. Enfants de Troupe | Tués 5 |
Blessés 5 |






Jusqu'au débarquement, il participe à divers coups de main dont celui organisé conjointement avec les F U J.*, le but étant de s'emparer d'un camion d'essence à Mas Pommier. Les deux groupes prennent position, la consigne est de ne pas faire de bruit et surtout ne pas se montrer. TOTOR du groupe BOBY passe outre, se lève, un coup de feu claque tiré par des G.M.R.** qui sont aussi sur place. Il est tué sur le coup.
Après un échange de tirs plusieurs G.M.R. sont tués. Cernés, il se rendent en pleurnichant : "j'ai une femme.", dira un G.M.R. Un autre : "Moi j'ai des enfants." ils sont minables. Les G.M.R. sont désarmés, BOBY leur demande de déposer à terre ceintures ou bretelles, avant de les laisser partir. Il désigne deux des leurs pour transporter le corps de son camarade jusqu'à Saint-Martin-du-Mont, où il sera inhumé. Pendant l'échange de coups de feu le camion d'essence passa tranquillement escorté par des gendarmes français.
Pour le transport, il y a accord : pas de voiture automobile ce qui obligerait à prendre le blessé à l'entrée de hôpital et les risques augmenteraient sérieusement. La solution retenue : sortir par l'arrière de l'hôpital pour rejoindre le pré. Il faut donc trouver un véhicule agricole. DUPUPET ABEL pense à un cultivateur qui ravitaille la compagnie et exploite une ferme à l'intersection des rues de La Providence et de Bouvent. Il est chargé de le convaincre. Monsieur PARISOT accepte volontiers et propose son "rodalier" et son cheval, un "rodalier" n'étant rien d'autre qu'une bétaillère.
DUPUPET est désigné conducteur de l'attelage, on lui demande de ne pas oublier de mettre beaucoup de paille, afin que le blessé ne soit pas trop secoué pendant le transport ; celui-ci se fera par des chemins de traverse donc très caillouteux.
La préparation de ce coup de main étant assez longue, l'opération aura lieu en début d'après-midi. Le groupe franc ZOZIO prend la direction de Bourg à pied en évitant les voies départementales. Parmi eux LEVRIER, GEOFFRAY HENRI, PERNAUDAT, RAZUREL, GEOFFRAY LÉON, Jeannette VENET infirmière de la compagnie, DUPUPET, etc... DUPUPET passe prendre l'attelage et rejoint le groupe comme convenu, le long du canal. Ceux qui resteront pour assurer la protection feront en sorte de s'occuper dans le pré, en bons paysans.
PERNAUDAT et GEOFFRAY HENRI se dirigent vers la Conciergerie, enfilent les blouses banches et se dirigent vers l'entrée de hôpital. Sans armes, ils rentrent, montent au 1er étage et pénètrent dans un grand dortoir empli de malades. BOBY est étendu sur son lit, la jambe en traction. Pas de gardien, la milice sait bien que dans son état il ne peut s'évader. Nos deux faux infirmiers le détachent, l'installent sur le brancard et l'emmènent vers la sortie, les autres malades ne réagissant pas. Une fois arrivés en haut des escaliers, ils se demandent comment les descendre avec le brancard. GEOFFRAY prend dans ses bras le blessé qui gémit car son camarade est obligé de le serrer contre lui et à chaque marche les secousses lui font très mal.
PERNAUDAT laisse le brancard sur place et prend une civière qui se trouve sur le palier. Arrivés à la porte, ils chargent BOBY sur la civière, et traversent le Canal des Moulins pour rejoindre le gros de la troupe. Chargé sur le rodalier, Jeannette VENET lui administre une piqûre pour le soulager. Le convoi prend la direction du Col de France.

